Pouvoir et réseaux politiques : Bazoum Mohamed sur des braises ardentes

La lutte contre la corruption que le Président Bazoum Mohamed s’est engagé à mener sans merci a du plomb dans l’aile. Depuis l’éclatement de l’affaire Ibou Karadjé, il est sur la sellette dans son propre camp politique. Selon des sources politiques multiples, les premiers responsables de ce parti sont très irrités contre le Président Bazoum depuis l’arrestation d’un certain nombre de personnes mises en cause dans le scandale Ibou Karadjé. Ils redoutent de le voir aller plus loin en faisant arrêter les personnalités citées dans le dossier. La colère contre Bazoum serait à son paroxysme et le petit jeu de mégalomanie auquel l’ancien président, Issoufou Mahamadou, s’est adonné le 21 août 2021 à Tahoua, serait une dernière salve d’avertissement à l’encontre du Président Bazoum. Dès le départ de l’opération Ibou Karadjé, il aurait été mis en demeure d’abandonner ce combat auquel il tient tant. Une requête qui a rencontré une fin de non-recevoir catégorique de la part du Président Bazoum. Il y en a, autour de l’ancien président, qui lui ont toujours voué une haine viscérale que rendait cependant invisible le leadership d’Issoufou. Même le choix de ce dernier pour la candidature de Bazoum n’a pas suffi à émousser l’ardeur de ses opposants internes. Au contraire, la décision l’a quelque peu exacerbée, même si les plus irréductibles ont dû se résoudre à faire contre mauvaise fortune, bon coeur. Aujourd’hui au pouvoir, Bazoum Mohamed est loin d’avoir fini ce combat qui l’épuise. Il est même plus que jamais sur des braises ardentes, des sources politiques diverses faisant état de relations de plus en plus difficiles entre lui et son prédécesseur.

Selon eux, le Président Bazoum doit s’incliner devant leurs desiderata et faire exactement les choses selon leur volonté

Dans l’esprit et la logique de nombre de ténors du Pnds Tarayya, Bazoum Mohamed n’est toujours pas vu comme le président de la République, mais plutôt comme celui qui leur doit tout. Il doit par conséquent s’incliner devant leurs desiderata et faire exactement les choses selon leur volonté. Leur gourou, c’est Issoufou Mahamadou sous la direction duquel le Niger a connu un développement exponentiel de la corruption, érigée en mode de gouvernance au point où, président de la République, il a pris sous sa protection des proches impliqués dans de grands scandales financiers. Lors de ses vacances à Tesker, le Président Bazoum a été assailli de personnalités trempées dans de sales dossiers. Leur objectif était de le voir accéder à ce que faisait Issoufou face aux délinquants économiques. Il les prenait sous son aisselle. Et selon des sources multiples, les conditions de cette protection font froid dans le dos. Des scandales portant sur plusieurs milliards, voire des dizaines de milliards de francs CFA, ont ainsi été douchés par l’ancien président. Sans aucun souci pour le Niger qu’il a juré de servir avec loyauté et dévouement.

Ceux qui ont tenu à mettre Waziri à la touche sont là pour veiller à ce qu’il ne fasse plus surface.

Farouchement opposés à toute idée de lutte contre la corruption, les anciens dignitaires sous Issoufou se sont naturellement repliés vers ce dernier, histoire de constituer un bloc politique qui tordra, s’il le faut, le bras au Président Bazoum. C’est déjà arrivé avec l’affaire Ibrahim Waziri, du nom du conseiller en communication dont Bazoum a été contraint de se séparer sous la pression du clan Issoufou. L’issue de ce bras de fer a mis Bazoum Mohamed face à ses limites et a levé toute équivoque quant à sa capacité à tenir ses engagements. Il en est forcément diminué, même si des sources indiquent qu’il a fait le “mort” pour mieux sévir. Selon ces voix, Bazoum Mohamed aurait demandé à son conseiller de s’effacer quelque temps. Waziri s’est incliné, mais aurait-il vraiment la possibilité de revenir au-devant de la scène ? Ce n’est pas sûr. Ceux qui ont tenu à le mettre à la touche sont là pour veiller à ce qu’il ne fasse plus surface.

Une gouvernance par procuration

Selon de sources dignes de foi, ce sont deux jeunes loups que le journal le Monde d’Aujourd’hui se gardera de nommer qui sont à l’origine des misères de Waziri. Ensemble, ils ont décidé de son sort. Mais c’est l’un des deux, plutôt mieux côté que le second, qui en a fait une affaire personnelle. Il a finalement gagné son pari et le symbole de sa personne qui a lourdement pesé dans la balance fait dire à ceux qui sont dans les secrets des dieux que le Président Bazoum gouverne par procuration.

Issoufou Mahamadou détient toujours les rênes du pouvoir. Et selon des informations circulant dans certains salons feutrés de Niamey, depuis qu’il a été malmené et contraint à faire partir un de ses meilleurs collaborateurs, particulièrement tendu. On le dit très remonté contre ceux qui, autour d’Issoufou, complotent contre lui. Mais, a-t-il d’autre choix que de subir ? Selon un militant de première heure du Pnds, Bazoum marcherait sur des oeufs.

Le Président Bazoum est profondément déchiré dans son être. Il veut bien faire, se tailler une place de choix dans les coeurs de ses compatriotes, très attachés à cette lutte contre la corruption qu’il a promise, mais il est rudement limité pour s’imposer. Les délinquants économiques qu’il entend traquer sont dans son propre camp. S’il veut réussir son pari, il est obligé de briser le carcan des barrières partisanes, matérialiser le principe qui veut que le président de la République soit au-dessus de la mêlée populaire. Il doit toutefois savoir manoeuvrer, ceux qui l’attendent au tournant disposant encore d’une capacité de nuisance indéniable. Selon un militant de première heure du Pnds, Bazoum marcherait sur des oeufs. « Il se sait déjà sur des braises ardentes pour avoir provoqué le courroux du lion qui dormait », a-t-il souligné. Quoi qu’il en soit, le Niger est mal barré. Un Etat, deux présidents, c’est tout ce qu’il y a de plus insolite.

YAOU

 

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