Élections Présidentielles 2021 : L’opposition n’a pas dit son dernier mot…

On la disait résignée, la patte dans les jambes, depuis l’investiture du président Mohamed Bazoum, l’opposition politique nigérienne, regroupée au sein de la Coalition pour une Alternance Politique (CAP 2021), de l’Alliance des Candidats pour le Changement (ACC) et du Front pour la République et le Changement (FRC) et Alliés, a rendu publique une déclaration, le week-end dernier, pour marteler à tous qu’elle n’a jamais a renoncé à revendiquer la victoire de son candidat, Mahamane Ousmane, aux élections présidentielles de 2021. Par cette sortie médiatique, les alliés du candidat Mahamane Ousmane affirment rester cohérents et logiques par rapport à leur revendication du départ, à savoir la nette victoire électorale du candidat du RPR Tchanji. En effet, comme vous le savez déjà, les dernières élections ont été très houleuses, les plus houleuses de l’histoire même, émaillées d’événements malheureux de nature à en mettre des doutes sérieux et justifiés sur leur régularité. Même la campagne électorale a été très électrique, de part et d’autre des deux camps politiques, au regard sans doute des enjeux qui se présentaient. D’un côté, l’on avait le président de la république sortant, Issoufou Mahamadou, dont la gestion politique durant ses deux mandats était mitigée, qui voulait, à tout prix, couvrir ses arrières en passant le pouvoir à un des siens ; de l’autre, il y avait cette profonde aspiration populaire à l’alternance politique de mettre aux oubliettes de l’histoire ces deux quinquennats désastreux. Et pour conserver le pouvoir, le régime de la renaissance était prêt à tout, et le moyen le plus commode pour y arriver passait par une mascarade électorale. De son côté, l’opposition politique était déterminée à faire respecter la véritable volonté populaire issue des urnes. Mais, face à la grosse machine de fraudes électorales mise marche, il était impossible pour Mahamane Ousmane et ses alliés d’empêcher la confiscation de l’expression démocratique du peuple nigérien, car disséminée dans toutes les institutions nationales intervenant dans le processus électoral. Que ce soit à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), ou à la Cour Constitutionnelle (CC), ou encore au Ministère de l’Intérieur, le régime de la renaissance avait réussi à tisser sa toile partout et sur tout, de telle sorte que tout participait à la réalisation d’un seul objectif : faire élire président de la république le candidat du parti rose et affidés. Et c’est pourquoi, en dépit des preuves tangibles sur de nombreuses irrégularités électorales, l’opposition politique nigérienne a été spoliée de sa victoire électorale, et au niveau national, aucune institution nationale n’a eu le courage de le reconnaître, y compris la Cour Constitutionnelle, l’arbitre suprême en la matière, et en principe neutre, qui avait brillé par des décisions aux motifs, souvent, contestables.

Alors, face à ce qui ressemblait à un déni de justice au niveau national, l’opposition politique n’avait d’autre choix légal que d’introduire un recours auprès de la juridiction régionale, en l’occurrence, la Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), aux fins de se prononcer sur le contentieux électoral qui l’oppose au pouvoir de Niamey. Comme vous le savez, l’audience délocalisée sur ce différend électoral est prévue pour le 25 octobre 2021, à Abidjan. Par cette requête, l’opposition politique montre par là toute sa classe en privilégiant le droit, uniquement le droit pour plaider sa cause. C’est, assurément là, une grande marque de responsabilité et de maturité politiques affichée par cette opposition, et aussi une leçon à l’endroit de toute la classe politique africaine de toujours privilégier les voies légales et autorisées pour régler les contentieux électoraux. Sûre de son bon droit, elle attend de cette juridiction régionale, de lire et de dire le droit, rien que le droit et tout le droit sur ce litige électoral, en toute indépendance et en toute souveraineté ! Au demeurant, en portant ce différend électoral devant cette Cour communautaire, Mahamane Ousmane et ses alliés poursuivent, en réalité, un autre but, à savoir celui de soumettre à l’épreuve cette institution qui n’a pas, souvent, la réputation d’être une justice au service des justiciables, mais bien à la disposition d’un ‘’syndicat de Chefs d’Etats africains’’ désireux de se maintenir au pouvoir par des moyens détournés. Le lieu même de la tenue de cette audience délocalisée, Abidjan, la capitale ivoirienne, est, en soi, révélateur de cette mise à l’épreuve avec le troisième mandat d’un Alassane Dramane Ouattara et le rejet de la candidature de Guillaume Soro par la Commission électorale ivoirienne. Comme vous le savez déjà, cette même Cour de Justice de la CEDEAO avait annulé l’exclusion de Guillaume Soro du processus électoral ivoirien de 2020 et ordonné la réinscription de celui-ci sur les listes électorales de son pays. Cependant, cette décision n’a jamais été appliquée par le pouvoir d’Abidjan. Mais, tout de même, c’était une décision courageuse de la part de cette juridiction et une avancée majeure pour l’Etat de droit dans l’espace ouest-africain, généralement caractérisé par des situations de non-droit ! Qu’elle ait donc le courage de lire le droit et de juger en toute impartialité dans ce contentieux électoral nigéro-nigérien, c’est déjà, en soi, un progrès immense vers la réalisation de l’Etat de droit et de la démocratie en Afrique de l’Ouest ; et quant à l’application de ses décisions, lorsque celles-ci n’arrangent pas les affaires des gouvernants en place, cette étape relèvera, de notre point de vue, d’une autre paire de manches, c’est-à-dire, quand les vrais démocrates seront aux commandes des Etats de cet espace communautaire !

Dan-mallam

 

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