Coup d’État au Burkina Faso : La vengeance de Blaise sur Issoufou ?

Le 24 janvier, alors que la CEDEAO est loin d’avoir trouvé une voie de sortie dans le labyrinthe malien, le Burkina Faso tombe aussi dans une situation d’exception. Le Président Roch Marc Christian Kaboré est déposé par les militaires. Au Niger, l’évènement a davantage secoué au sommet du pouvoir que partout ailleurs. Pour cause, l’éviction du Président Roch Kaboré est pratiquement une seconde mort pour feu Salifou Diallo, ami et homme-lige des tenants du pouvoir de Niamey. Depuis sa brouille et la démission collective qui les a conduits, lui, Roch Kaboré et Simon Compaoré, à tourner le dos à Blaise Compaoré, feu Salifou Diallo a établi son quartier général dans la capitale nigérienne. À partir de Niamey, Salifou Diallo avait toujours gardé un ?il sur ce qui se passe dans son pays et y menait ses activités depuis Niamey. Selon de fortes rumeurs qui ont circulé au lendemain du soulèvement populaire qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir, c’est lui qui aurait été l’artisan principal, avec le soutien politique et financier de l’ancien président nigérien, Issoufou Mahamadou. Selon ces rumeurs, c’est à Niamey que Salifou Diallo a obtenu les moyens financiers avec lesquels le soulèvement populaire burkinabè a été financé.

Le 24 août 2017, c’est un Issoufou Mahamadou et un Bazoum Mohamed bouleversés qui atterrissent à Ouagadougou pour les obsèques de leur ami commun, Salifou Diallo, décédé cinq jours, au paravant, à Paris, en France.

Bazoum Mohamed n’est pas de la partie par hasard. C’est par lui, dit-on, que l’ancien président nigérien a fait la connaissance du défunt avec lequel ils ont fréquenté, ensemble, l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. À l’occasion de ces obsèques, Bazoum Mohamed, celui qui préside actuellement aux destinées du Niger, « assure au président du Faso qu’ils seront toujours à ses côtés pour faire triompher les idéaux de l’homme ».

MACH AGITECH NIGER SA, la société par laquelle feu Salifou Diallo a obtenu ses moyens de «guerre»

Plus que partout ailleurs, la thèse d’un financement du soulèvement populaire au Burkina Faso est abondamment soutenue à Niamey. La raison ne sort pas d’un roman à l’eau-de-roche. Elle est adossée à des faits. Installé à Niamey à partir de 2012, Salifou Diallo crée, dès en juillet 2013, avec notamment Tefridj Abdallah, Mukuri Maka Daniel et une certaine Hugot Céline, la société MACH. À peine née, la société rafle le jackpot, avec un contrat de 29 milliards de FCFA pour la mise en service d’équipements de contrôle de la qualité et de la facturation du trafic téléphonique au Niger. Un projet jugé hasardeux et incertain, dénoncé d’ailleurs par le FMI du fait de son incertitude et de son caractère frauduleux.

À Niamey, on n’en a cure. Pour acquérir le matériel requis par MACH AGITECH NIGER SA, c’est l’État qui va débourser les fonds nécessaires en entraînant l’ARTP dans une procédure irrégulière d’avance de trésorerie portant sur 20 milliards de FCFA qui seront versés à Salifou Diallo et à ses collaborateurs.

Officiellement,c’est pour doter le contingent militaire nigérien au Mali d’équipements appropriés. Alors que cette charge incombe à la Minusma.

C’est au lendemain des obsèques de Salifou Diallo que des indices probants de l’histoire sont venus éclairer davantage ce qui a pu se passer entre le défunt et son mentor de Niamey. Dans une édition datée du 15 juillet 2019, le journal burkinabè Le Dossier, titrait « Les trois milliards de la discorde » ?

À la Une, une photo des deux anciens présidents, Issoufou Mahamadou et Roch Marc Christian Kaboré. Selon le journal burkinabè, le président nigérien réclamerait un crédit de 3 milliards à Roch ». Une dette que son interlocuteur ne reconnaît pas du tout. Roch Christian Kaboré lui a simplement rétorqué qu’il n’a jamais été mis au courant d’un tel prêt, à plus forte raison y être associé.

« Les trois milliards de la discorde »

L’histoire, selon toujours le confrère burkinabè, remonte aux élections couplées de 2015, au Burkina Faso à l’occasion desquelles le président nigérien octroie un prêt de trois milliards au MPP (Mouvement patriotique du peuple). Un pactole qui, rapporte le journal, a été très précieux pour les dissidents du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès). C’est après ce magot, informe Le Dossier, que courrait l’ancien chef de l’Etat nigérien. Salif Diallo, c’est certain, a pu prendre sa revanche sur Blaise Compaoré avec les insurrections de fin octobre 2014 qui ont sonné le glas du régime et emporté son pouvoir, grâce aux appuis conséquents de Niamey.Selon le journal burkinabè, c’est à partir de Niamey que feu Salif Diallo a trouvé les milliards qu’il cherchait pour faire partir Blaise Compaoré. Des milliards avec lesquels les dissidents du CDP ont arrosé des organisations de la société civile et mobilisé les populations burkinabè. Si le Président Roch affirme ne pas reconnaître une dette à laquelle il n’a jamais été partie prenante, l’ancien président, Issoufou Mahamadou, n’a eu d’autre alternative que d’oublier, pour toujours, ces milliards qu’il a mis gracieusement à la disposition d’un ami politique dans la conquête du pouvoir dans son pays. Mais une question demeure : où est-ce que Issoufou Mahamadou a trouvé autant d’argent pour en prêter à titre personnel, au MPP, un parti politique qui venait à peine de voir le jour au Burkina Faso et qui est dirigé par feu Salifou Diallo, Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré, notamment.

Laboukoye

 

Lire aussi >>> Niger – Burkina : Mahamadou Issoufou, entre Salif Diallo et Blaise Compaoré Comment le président nigérien Mahamadou Issoufou a-t-il résolu le dilemme de la rupture entre son ami Salif Diallo et son allié Blaise Compaoré ?

La rumeur les dit fâchés depuis la démission de plusieurs cadres du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) au mois de janvier, parmi lesquels Salif Diallo, l’ex-bras droit de Blaise Compaoré. «Il n’en est rien, assure un proche du président burkinabè. Au contraire, leurs rapports sont excellents. Ils s’appellent régulièrement, discutent de tout : de la situation sécuritaire dans le Sahel, de la politique intérieure…»

Il y a sept mois, quand son ami Diallo a rompu avec son allié Compaoré , Mahamadou Issoufou a été confronté à un véritable dilemme. Qui soutenir ? Diallo, un intime qui fait office de conseiller officieux à la présidence nigérienne depuis son élection et qui a fait de Niamey, où il a créé une société, son principal port d’attache en 2012 ?

Ou Compaoré, l’homme qui l’a aidé, au nom de la solidarité socialiste, à créer son mouvement, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), au début des années 1990, qui lui a fait rencontrer l’ex-»Guide» libyen, Mouammar Kadhafi, et qui n’a jamais cessé de le soutenir quand il était dans l’opposition ?

Intérêts convergents

Le 5 février, un mois à peine après la démission de «Diallo and Co.», Issoufou a semble-til tranché en rendant visite à Compaoré à Ouagadougou.

Les deux présidents ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde, notamment en ce qui concerne la question touarègue.

Mais ils sont liés par des intérêts convergents. Issoufou sait en outre que si Hama Amadou, son principal opposant, connaît bien Compaoré, il est surtout en très bons termes avec Roch Marc Christian Kaboré, le chef de file des démissionnaires du CDP.

Issoufou et Compaoré disposent par ailleurs d’une courroie de transmission de premier ordre en la personne de Mustapha Chafi. Le Mauritanien est l’un des conseillers les plus influents du président burkinabè.

C’est moins connu, mais il conseille également le président nigérien. S’il a pour principe de ne pas s’impliquer dans la politique intérieure des pays dans lesquels il active ses réseaux, Chafi n’en reste pas moins un homme d’influence capable de servir de relais.

22 juillet 2014 à 09:54

Par Rémi Carayol

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