Tournées du président Mohamed Bazoum à l’intérieur du pays : Des périples coûteux et inefficaces

Dans un pays pauvre comme le Niger, de telles pratiques doivent cesser. Pour ce faire, il revient au Président de la République de réfléchir mille fois avant de se décider à effectuer une sortie en région. Surtout, il doit d’abord s’appesantir sur la pertinence des enjeux qui le font sortir. Pour exemple, la toute dernière sortie du Président Bazoum dans la région de Tahoua ne nous semble reposer sur aucune préoccupation concrète…. Notre peuple a faim et il subit de plein fouet le martyr du terrorisme.

Les visites d’un Président de la République sont très onéreuses du fait qu’il draine toujours derrière lui une importante délégation et en région, elles suscitent une grande mobilisation du budget communautaire. Ce sont des réalités que le commun des mortels a du mal à appréhender tant elles sont subtiles, noyées par la communication en amont, pendant et en aval sur l’événement. Voyezvous, presque tous les services de la présidence se mettent en action pour préparer une sortie du Président. En premier, le protocole qui doit établir la liste de l’équipe accompagnante qui comporte deux composantes : les officiels et les cadres administratifs et le personnel de sécurité. Sur la base de cette liste établie, le service financier effectue ses calculs et attribue à chacun sa prise en charge ; qu’elle soit payée en avance, pendant le périple ou au retour, la prise en charge concerne toute personne qui effectue le déplacement avec le Président. Dans ce groupe, il faut compter les chauffeurs et autres maintenanciers ; c’est dire que le garage présidentiel est aussi concerné par le partage de la manne. Les véhicules sont révisés et apprêtés et les chauffeurs répertoriés sur une liste qui elle aussi sera traitée par les services financiers. L’occasion est alors toute trouvée pour les fausses factures. C’est très certainement de ce genre d’opportunités qui ont permis à Ibou Karadjé et ses acolytes de saccager plus de huit milliards de francs. Sur la question de prise en charge, le Président de la République lui-même est concerné. Eh oui ; le patron aussi a son perdiems qui s’aligne sur le nombre de jours de la sortie, au même titre que les autres membres de la délégation.

Comme mentionné plus haut, les sorties du Président de la République sont aussi des occasions qui saccagent les budgets communautaires. Certes, il y a des élus locaux, députés et conseillers municipaux qui mettent la main à la poche pour la préparation de l’accueil du Président de la République. Il s’agit pour eux de justifier les avantages mirobolants dont ils bénéficient, que ce soit à l’Assemblée Nationale ou dans les communes. Ils marquent ainsi des points quant à la stratégie de rapprochement ou de fidélisation des militants. Du reste, n’est-ce pas la fonction politique de l’élu que de participation aux activités que financent le parti ? Ces efforts déployés par les élus locaux sont accompagnés par ceux de certaines bonnes volontés, des commerçants surtout, qui se plaisent à investir pour la formation politique. Pour eux, il s’agit de témoigner leur gratitude au parti qui leur facilite l’obtention des marchés ; ce sont les privilégiés qui reçoivent des marchés de gré à gré ou des facilitations complices quant à l’obtention d’un appel d’offres. Personne n’est innocent et c’est la réponse du berger à la bergère. D’ailleurs, si les élus locaux ou les commerçants rechignent à participer, il y a des maires et des préfets zélés qui n’hésitent pas à les rappeler à l’ordre ; et le plus souvent ça marche car sentant la menace implicite, le concerné s’empresse de réagir à la hauteur ou au-delà de ce qui lui a été demandé ; des fois, les administrateurs les plus véreux formule des requêtes écrites dans lesquelles la contribution est définie en une valeur concrète. Toujours dans leur machiavélisme, certains administrateurs adressent des requêtes en bonne et due forme à certaines sociétés privées. Aucune n’est épargnée, surtout celles qui disposent d’une santé financière plausible. C’est le cas de compagnies de communication qui s’exécutent sans coup férir. Celles qui se rétractent auront la visite méchante et systématique du service des impôts. La complicité est tacite et efficace.

Ce qui précède plus haut relève de la mobilisation des ressources privées au niveau communautaire pour le financement de l’accueil du Président. Le volet qui suit cette fois-ci relève du public. Tout d’abord, les tout premiers budgets sollicités sont ceux de la mairie et de la préfecture. Les caisses de ces deux services sont les toutes premières à être sollicitées. La mobilisation des fonds d’accueil par ces structures est systématique et inconditionnelle. Elle s’accompagne de celle des autres services communaux et départementaux relevant de la commune. De la douane, à la police, la gendarmerie, le juteux service des impôts, tous sont concernés.

Ainsi, toute cette manne est réunie et mise à la disposition de la commune chargée de l’accueil. Ce qui se passe au niveau de la Commune est représentatif des pratiques au niveau supérieur. Cela se passe exactement de la même façon au Niveau du Gouvernorat et de la Mairie régionale. Ces deux maillons fonctionnent exactement de la même façon qu’au niveau commune. En somme, on assiste à de véritables raquettes à travers lesquelles on rançonne à fond les contribuables. Les sommes réunies vont ainsi largement au-delà des besoins du budget établi. Où va le reste, Dieu seul le sait ; lui et peutêtre certains administrateurs communaux qui acceptent de jeter des miettes à leurs collaborateurs immédiats ; histoire de leur clouer le bec. Comme on le voit, quand le Président se déplacent dans une région, cela offre des occasions en or de dilapidation des ressources du budget régional. Les acteurs privés qui subissent la pression de l’administration sont aussi durement éprouvés par ce phénomène. Dans un pays pauvre comme le Niger, de telles pratiques doivent cesser. Pour ce faire, il revient au Président de la République de réfléchir mille fois avant de se décider à effectuer une sortie en région. Surtout, il doit d’abord s’appesantir sur la pertinence des enjeux qui le font sortir. Pour exemple, la toute dernière sortie du Président Bazoum dans la région de Tahoua ne nous semble reposer sur aucune préoccupation concrète. Certes, le Président Bazoum est aujourd’hui sur une démarche populiste, impulsé qu’il est par la politique du culte de personnalité de l’ex président Issoufou Mahamadou. Tahoua reste certes la zone de prédilection du PNDS Tarraya ; il faut alors la visiter de temps à autre, histoire de prouver aux électeurs que l’on est avec eux. Toute occasion est alors mise à profit pour ces sorties qui donnent l’occasion aux individus indélicats de rançonner d’innocentes sociétés. Un tronçon de route à inaugurer, un pont ou une activité quelconque en direction des populations est toujours un alibi pour sortir. Pour nous, cette dernière sortie du Président Bazoum ne se justifie absolument pas. Il a certes besoin de consolider les acquis du parti dans cette région en termes de fidélisation des électeurs. Cependant, nous sommes encore loin des échéances électorales. De plus, nos populations souffrent aujourd’hui énormément du déficit céréalier consécutif à la mauvaise campagne agricole. Ce dont elles ont besoin n’est nullement le visage du Président Bazoum Mohamed ; moins encore de discours de lamentations sur leur sort. Ces populations n’ont pas besoin que l’on vienne à chaque instant leur indiquer du doigt les maigres réalisations qui leur ont été faites. C’est comme celui qui change un cadeau fait à une personne ; même aux yeux de Dieu, cette action n’a plus aucune valeur.

Ceci dit, à chaque fois qu’il a l’intention de sortir pour l’intérieur du pays, le Président de la République doit peser le pour et le contre. Nous sommes persuadés que l’argent mobilisé pour cette sortie pourrait résoudre d’énormes préoccupations qui éprouvent durement le peuple qui a été convié pour son accueil. Là aussi, vous devez le savoir. Quand le président se déplace, c’est un véritable budget qui est conçu pour le transport et même l’hébergement des populations vivant dans les villages de la commune. Ce sont des centaines de délégations qui arrivent dans le chef-lieu de la Commune pour attendre l’arrivée du Président qui ne se hasarde pas dans les petits villages. Et l’on claironne que le Président a rendu visite aux populations de tel village alors même que ce sont ces villages qui se déplacent vers la commune pour aller rendre visite au Président. Chaque village se déplace à ses frais, renforcés par ceux dilapidés au niveau du Gouvernorat, du Département ou de la Commune. Le pauvre, toujours lui encore au centre d’une exploitation qui ne dit pas son nom. Décidément, si Dieu ne se penche pas sur le sort du pauvre citoyen Nigérien, personne ne le fera. En tout cas pas nos politiciens véreux qui créent chaque jour des subterfuges pour saccager les maigres ressources de l’Etat au détriment du contribuable.

Kaillo

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