Entretien avec Mahamane Hamissou Moumouni, président du PJD Hakika : ‘’La CEDEAO est un machin aux mains des Français’’

Le journal Monde d’Aujourd’hui ouvre ses colonnes à Mahamane Hamissou Moumouni, président du PJD Hakika. Il a principalement été question des sanctions de la CEDAO contre le Mali, de la lutte contre le terrorisme et l’impunité...

La CEDEAO vient d’imposer des sanctions au Mali. Pensez-vous qu’elles sont justifiées ?

Ces sanctions n’ont aucun sens d’autant qu’elles touchent directement le peuple et beaucoup moins les dirigeants. Dans un espace qui cherche l’intégration des peuples et l’harmonisation des économies, il est inadmissible d’isoler un peuple frère. En plus, il est à se demander d’où sortent les textes et les prérogatives qui ont permis aux chefs d’Etats de la CEDEAO de prendre de telles sanctions. Ils n’ont aucune compétence. C’est carrément du « banditisme ». Ils ont profitent de leur position pour terroriser le peuple malien. Seulement la mise en oeuvre de ces sanctions sera difficile.

Vous estimez que ces sanctions ne vont pas prospérer ?

Evidemment ! Elles ne peuvent même pas être mise en oeuvre. Vous remarquerez que trois pays frontaliers avec le Mali se sont rapidement désolidarisés de ces décisions. Il s’agit de l’Algérie, de la Mauritanie qui ne sont pas membres de la CEDEAO et de la Guinée Conakry pourtant membre de cette organisation. Ce qui est marrant dans le comportement et surtout dans l’attitude des dirigeants est qu’ils mettent en avant la défense de la démocratie. Pourtant nombre d’entre eux n’ont pas de référence, de logiciel démocratique. Certains parmi eux sont arrivés au pouvoir par le tripatouillage des Constitution, la fraude électorale, d’autres n’ont jamais gagné les élections. Ils sont vraiment disqualifiés pour donner des leçons de démocratie aux militaires Maliens surtout que ces derniers ont le soutien de leur peuple. Et le soutien du peuple malien est uniquement consécutif à des préoccupations réelles : l’insécurité, l’impunité. Il est convaincu que seuls les militaires sont en mesure d’y mettre fin. Et déjà l’Armée malienne commence à sortir la tête de l’eau et à engranger des victoires. Les terroristes sont en entrain de fuir vers le Niger et le Burkina.

Alors pourquoi nos chefs d’Etats prennent-ils de telles décisions ? Pensez-vous, comme le disent certains observateurs, qu’ils au service de la France ?

Evidemment ! Rappelez-vous que la ministre française des Armées a dit, avant la réunion des chefs d’Etats de la CEDEAO, que le Mali sera sanctionné. Et l’organisation sous régionale est allée dans ce sens. Comme le disait un président français à propos de l’ONU, la CEDEAO est devenu un machin aux mains des Français. C’est écoeurant, nos dirigeants sont manipulés. En sachant que la France doit en grande partie sa puissance à l’Afrique, il est normal qu’elle s’accroche. Sinon comment comprendre l’entêtement de vouloir rester dans des pays qui ne veulent pas de votre aide. Le Mali ne demande rien d’autre que la diversification de sa coopération économique et militaire. La France n’en veut pas. Il va falloir punir le Mali pour prévenir la contagion. Et on met à contribution la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne et les Nations Unies. Si pour cette dernière organisation c’est un camouflet, même en Europe, il y a de voix dissonantes. L’Italie ne suit pas aveuglément et considère d’ailleurs que la politique française est à l’origine de certains problèmes que vivent les pays de l’Europe. En empêchant le développement des pays africains, la France contribuerait grandement à la crise migratoire que connaît, avec plus d’acuité, l’Italie. Qu’est ce qui se passe ? La France considère que les ressources du sous-sol africain constituent des réserves. Les pays ne peuvent les exploiter qu’en respectant le timing voulu par ce pays. Aujourd’hui l’uranium nigérien permet à a France de disposer de l’énergie à suffisance alors que les ménages nigériens n’en disposent pas. C’est pourquoi la France muselle toute velléité d’émancipation des pays africains. Vous verrez qu’elle fera tout pour y demeurer. Elle utilisera tous les moyens à sa disposition. Il suffit d’écouter la presse pour se faire une idée. Moi, je n’écoute plus France 24 et RFI quand j’ai compris c’est des médias au service de la politique étrangère française.

Des médias conçus principalement pour l’Afrique ?

Essentiellement pour l’Afrique. En France, ils sont peu écoutés. Les politiques français ne s’y intéressent pas. La visibilité pour un homme politique français c’est TF1. Et ça, nos dirigeants africains ne l’ont pas compris. Ces médias ont été créés pour caporaliser les africains. Tous ceux qui voyagent en France savent que ces médias n’y sont pas écoutés. Ils sont même méconnus. Se sont des organes de propagande. France 24 a été créée par Jacques Chirac. Des dirigeants africains ayant compris la nécessité de produire l’information ont, longtemps avant, créé la Radio Africa No 1. on a laissé mourir cette radio et nos dirigeants d’aujourd’hui sont incapables de concevoir des organes d’information indépendants.

Monsieur le président, revenons au Niger. Depuis la prestation du président Bazoum, on a l’impression que dans le domaine de la gouvernance, on fait du sur place.

C’est l’impression que vous vous avez. Je vous comprends. Moi, je retiens que le président Bazoum, lors de son investiture, a fait un discours remarquable, extraordinaire. Deux points sont à retenir : la sécurité et l’impunité. Très malheureusement sur le plan sécuritaire, la situation ne fait que se dégrader. La menace est aujourd’hui aux portes de Niamey. Le Mali qui était, dans cette partie des trois frontières, considéré comme le maillon le plus faible est entrain de se ressaisir. Il engrange des victoires. L’Etat est entrain de marquer sa présence sur tout le territoire avec l’aide de ses nouveaux partenaires. De ce fait, les terroristes fuient le Mali pour le Niger et le Burkina. Aujourd’hui, les populations nigériennes des zone de conflit ne savent plus à quel saint se vouer. Elles n’arrivent plus à produire pour se nourrir, leurs enfants ne vont plus à l’école. L’Etat est complètement absent sur certaines parties du territoire. Et cela est du à la coopération avec la France. Je suis que si aujourd’hui le président Bazoum, socialiste qu’il est, révolutionnaire qu’il est, réoriente son amitié vers la Russie et la Chine, les données vont changer et c’est serait mieux. Les gens doivent comprendre que quelque soit celui qui gagnera les élections en France, ce sera toujours la même chose. Et cela que soit un candidat de la gauche radicale, la gauche modérée, socialiste, de la droite libérale ou de l’extrême droite.

Même si c’est Eric Zemmour ?

Avec lui, c’est clair. Il est contre l’immigration. Je suis d’accord avec lui. De la même façon que nous disons que la France a envahi notre pays, il a le droit de dire que son pays aussi est envahi. Je suis nationaliste. La présence de la France au Niger me dérange. J’estime que la France, dans la lutte contre le terrorisme, n’est pas très claire. Avec tous les moyens technologiques, on ne peut pas me prouver que les troupes françaises ne voient pas les terroristes.

C’est la question sécuritaire. Et celle de l’impunité ?

C’est là où la situation est plus grave. En entendant le discours d’investiture, j’étais persuadé, sûr et certain, que le président Bazoum allait faire ce qu’il a dit. Mais aujourd’hui, à la suite de comptes rendus, parus dans vos journaux, de la rencontre avec la société civile, je suis convaincu qu’il ne peut pas faire l’assainissement. On ne peut développer un pays avec l’impunité. Vous avez vu que récemment l’AJE, partie civile dans l’affaire du ministère de la Défense, s’est désistée. C’est très grave. Après avoir minoré les montants, l’Etat se désengage. Alors même que c’est un consortium international de journalistes qui a ébruité l’affaire.

Propos recueillis par Oumarou Modibo

 

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