Issoufou Mahamadou Vs Bazoum Mohamed : Vers qui ça va tanguer

Le binôme Issoufou Mahamadou/ Bazoum Mohamed n’a sans doute pas fini de surprendre les Nigériens. Mais il est certain qu’ils se font désormais une idée claire et nette du caractère insolite du gouvernail. Investi président de la République, le 2 avril 2021 à l’issue d’une élection fortement controversée, Bazoum Mohamed est encore, après 10 mois de pouvoir, à chercher ses marques. En vain. Outre le blocage auquel il fait face dans la réalisation de ses desseins, un combat qu’il a d’ailleurs perdu face à Issoufou Mahamadou, il s’est vu également obligé de partager sa place à l’international avec son prédécesseur. De plus en plus, la présence des deux hommes dans des rencontres internationales dédiées aux chefs d’État et de gouvernement est acceptée comme la norme à respecter dans le cas du Niger. A Oslo (Norvège, à Accra (Ghana), à l’Elysée (Paris-France) puis, hier, à Addis-Abeba (Ethiopie), le duo Issoufou-Bazoum a donné au monde entier l’image d’un pays dirigé par deux hommes. S’il n’est pas invité, il s’invite lui-même, portant ombrage à celui qui, officiellement, dirige le pays. Issoufou Mahamadou a réussi son coup, imposant de bout en bout un homme vis-à-vis duquel il semble avoir évalué ses chances de demeurer chef de l’Etat sans l’être sur le papier.

C’est une véritable confrontation entre deux logiques du pouvoir qui, tout en étant consubstantielles, semblent s’exclure

À l’occasion du sommet de l’Union africaine, tenu du 5 au 6 février 2022, dans la capitale éthiopienne, Issoufou Mahamadou a, de nouveau, réussi à se faire inviter en qualité de champion de la Zlecaf, ce projet illusoire de zone de libre échange qui semble éloigner les pays africains de la lutte pour la souveraineté monétaire. Bazoum Mohamed y était aussi. Les deux ont dû, chacun, défendre sa chapelle. En attendant de revenir au pays pour faire face à des attentes, à des préoccupations et à des soucis qui ne sont pas forcément convergents. Au pays, l’un, l’ancien président, vit dans un trou de rat, presque en cachette, redoutant tout contact humain avec son peuple. L’autre, l’actuel chef de l’État, avec tout ce qui a pu être relevé contre lui, vit plus en harmonie avec son peuple, certes sans grand crédit pour la réalisation des attentes des Nigériens, mais tout de même respecté dans ses intentions et ses initiatives. Au sommet de l’État, ça donne un cocktail détonnant, Issoufou Mahamadou incarnant une aile du pouvoir considérée comme celle des faucons du régime.

Selon des sources politiques diverses et concordantes, la volonté de Bazoum Mohamed de lutter contre la corruption et bien d’autres préoccupations nationales butent à la farouche opposition des dignitaires du Pnds Tarayya qui sont trempés dans maints scandales financiers. De l’avis d’un acteur de la société civile, Bazoum Mohamed ne peut, à moins de mettre à mort le système qui l’a vu naître, réussir quoi que ce soit. S’il n’y parvient pas, c’est le blocage total. Notre source indique que la situation est confuse puisqu’il est aujourd’hui difficile de distinguer les sources de décisions. C’est une véritable confrontation entre deux logiques du pouvoir qui, tout en étant consubstantielles, semblent s’exclure. Dans cette confrontation, subtile mais pleine de tragédies silencieuses, on se demande qui va l’emporter sur l’autre.

« Bazoum Mohamed ne pourrait ni s’y dérober, ni s’y opposer. Il doit faire avec ou payer le prix de son inconséquence »

Si, pour certains Bazoum Mohamed a déjà capitulé face aux faucons du régime, se pliant en quatre pour donner droit à leurs exigences, d’autres estiment qu’il veut plutôt les cueillir à froid en leur donnant l’impression de tenir le bon bout.

Nombre de cadres du Pnds Tarayya rêvent d’une rédemption de leur parti à travers une remise en cause de certaines pratiques dont Issoufou Mahamadou s’était fait le garant. Avec Bazoum Mohamed, ce courant pense qu’il est possible d’amorcer une transition heureuse à la fois pour le pays et pour le parti. Mais le prix à payer est fort puisqu’il suppose le sacrifice des auteurs d’actes répréhensibles en matière de gestion des deniers publics.

Il y en a tellement. Cependant, la plupart des observateurs estiment qu’il suffira pour le Président Bazoum de vider certains dossiers extrêmement sensibles pour gagner le pari de la lutte contre la corruption. Si, en sus, il accède à la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinion comme on lui en prêté l’intention, un moment, le Niger, à coup sûr, retrouvera la voie d’un dialogue politique propice à l’apaisement. Quant au Pnds Tarayya, il effacera du coup les stigmates d’un parti politique assimilé aujourd’hui à tout ce que le Niger subit comme conséquences de la corruption, du trafic de drogue, du terrorisme, des détournements massifs des deniers publics, etc.

La bataille n’est pas facile pour Bazoum Mohamed et on se demande bien comment pourra-t-il gagner face à Issoufou Mahamadou derrière lequel s’abritent tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, peuvent s’inquiéter d’une lutte contre la corruption. Les défaites successives qu’il a subies face aux faucons ne sont pas de nature à croire à une possible victoire du camp des colombes. Selon des sources politiques proches des milieux du Pnds Tarayya, les malentendus sont derrière eux et le Président Bazoum a plus que jamais compris qu’il a intérêt à se ranger sur les choix du parti. Tout lui serait dicté. « Il ne pourrait ni s’y dérober, ni s’y opposer. Il doit faire avec ou payer le prix de son inconséquence », précise-t-il. Quoi qu’il en soit, la lutte, feutrée, risque d’éclater au grand jour, les divergences et les enjeux dépassant largement le cadre strict de la lutte contre la corruption.

YAOU

 

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