Déclaration du Collectif des Comités de Lutte pour la Sécurité, la Paix et la Cohésion Sociale

Nigériennes, Nigériens,
Le Collectif des Comités de lutte pour la sécurité, la paix et la cohésion sociale s’est réuni ce jour 20 février 2022, à l’effet d’examiner la situation sécuritaire et politique de notre pays.
Il s’agit de :

  • l’aggravation continue de l’insécurité ;
  • la détérioration du cadre démocratique et de l’État de droit ;
  • la dislocation de la cohésion sociale.

Chers compatriotes,
En ce qui concerne la détérioration continue du contexte sécuritaire, la souffrance et la détresse des Nigériens sont immenses devant l’incapacité des gouvernants de notre pays et de leurs alliés occidentaux, notamment la France, à venir à bout du drame qui sévit depuis de longues années déjà sur des populations désemparées.
Quand le gouvernement dit qu’aucun coin du territoire n’est occupé par les terroristes, Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a pris des distances avec la vérité.

  • L’Anzourou est sous occupation.
  • Le Gorouol est sous occupation;
  • Banibangou est sous occupation;
  • Tondi kiwindi est sous occupation;
  • Diagourou est sous occupation;
  • Le Gourma est sous occupation ;
  • Les Départements de Loga, Doutchi, Tibiri et Falmey dans la région de Dosso sont actuellement menacés par l’insécurité ;
  • La région de Diffa et une bonne partie de la région de Tahoua sont sous Etat d’urgence depuis très longtemps….

Les morts civils et militaires ne se comptent plus.
Des villages entiers se sont vidés de leurs populations.
Les enlèvements et les exécutions sommaires ne font que se multiplier.
Les écoles et les formations sanitaires ferment à tour de bras. Rien que dans la région de Tillabéri, plus de 600 établissements scolaires ont été abandonnés, exposant ainsi plus de 62 000 enfants à la formation de la rue. Pire, les terroristes, après avoir incendié les greniers, détruit des biens publics et privés, opèrent désormais à visage découvert et font régulièrement des descentes intempestives au niveau des villages pour soit organiser des prêches, soit prélever des impôts et des dimes ou encore emporter purement et simplement le bétail.
Face à ce désastre, nous sommes au regret de constater que les pouvoirs publics et politiques restent indifférents, à tout le moins impuissants.
Ce désastre national montre entre autres la faillite de l’État. En témoignent aussi des initiatives de prise en charge par les populations civiles de leur propre sécurité, à travers la constitution de comités de défense dans certaines localités, notamment à Tillia (région de Tahoua) et à Banibangou (région de Tillabéri).
Force est de constater qu’à ce jour, la présence des forces étrangères sur notre territoire, en particulier les troupes françaises, n’a pas contribué à l’amélioration de la situation. Elle a même souvent été émaillée de drames dont Les tragiques évènements de Téra, en date du 27 novembre 2021, qui se sont soldés par la mort de trois jeunes gens et 17 blessés graves sous les balles de l’armée française.
Tout cela contribue fort bien au ressentiment des populations à l’égard de la France. Ces actes odieux et criminels ne seront jamais oubliés par le peuple nigérien souverain.
Notons bien que le Niger et son peuple n’ont aucune animosité à l’égard du peuple français. Par contre, la politique africaine de la France est un fiasco pour un pays qui se dit le chantre des Droits de l’homme.
Au demeurant, les autorités françaises se doivent de comprendre que l’Afrique a profondément changé.
En effet, les lignes ont bougé et le citoyen africain se positionne de plus en plus comme le défenseur de sa souveraineté.
Aujourd’hui, force est de constater que pour beaucoup d’africains, la France serait la main armée du terrorisme dans l’espace sahélo-saharien.
C’est pourquoi, estiment-ils, la présence de ses troupes n’a en rien jugulé le terrorisme qui, au contraire ne fait que gagner en intensité, en étendue et en gravité.

Chers Concitoyens,
S’agissant de la détérioration du cadre démocratique et de l’Etat de droit, de mémoire d’homme, jamais notre pays n’a connu un recul aussi pathétique et dégradant dans ce domaine. Les fondamentaux de la République sont bafoués :

  • la corruption a gangrené notre société.
  • L’impunité est devenue un logiciel de travail et la confiscation des libertés de manifestation et d’opinion est érigée en un système de promotion de la pensée unique.
  • L’injustice sociale est perceptible partout.

En effet, au moment où des criminels économiques ne sont nullement inquiétés, d’honnêtes citoyens croupissent injustement dans les geôles du pouvoir : ils sont de la société civile, de l’arène politique, des corps habillés et des médias. Ils sont plusieurs centaines à croupir en prison dans l’indifférence et le mépris total des princes qui nous gouvernent, sans aucun égard au respect de l’état de droit et des droits de l’homme.


Mesdames et Messieurs,
Quand vous vivez dans un pays fragilisé par une fracture sociale aussi prononcée, dominée par une insécurité grandissante avec son lot de drames sociaux, une justice à géométrie variable et l’effondrement des valeurs de la République, l’espérance laisse la place au désespoir, au repli sur soi et à un certain irrédentisme qui sont des facteurs de démantèlement de notre savoir vivre ensemble et de la mise à mort de la cohésion sociale.
Or, nous demeurons convaincus que la cohésion sociale est une condition essentielle de la sécurité démocratique. Les sociétés marquées par les divisions et les inégalités s'avèrent incapables de garantir la stabilité à long terme.
Au regard de tout qui précède, le Collectif des Comités de lutte pour la Sécurité, la Paix et la Cohésion sociale dans notre pays :

1) Tout en se réjouissant de la libération récente du camarade Amadou Harouna Maiga, Coordinateur du Comité « Union Tillabéri pour la paix, la sécurité et la cohésion sociale », exige la libération immédiate et sans conditions des défenseurs des droits du peuple comme Monsieur Anass Djibrilla de « Debout Niger » ainsi que de tous les autres détenus politiques et/ou d’opinion ;


2) Exige la publication des rapports d’enquêtes judiciaires et la poursuite des auteurs et co-auteurs des tueries de Téra ;


3) Exige le départ de toutes les bases militaires étrangères installées dans notre pays, particulièrement les troupes françaises, ces dernières ayant montré qu’elles font davantage partie du problème que de la solution ;


4) Exige la révision des accords de défense et la diversification de la coopération militaire avec des partenaires prompts à accompagner efficacement le Niger dans sa lutte contre le terrorisme, et ce, dans le respect strict de sa souveraineté et de son indépendance ;


5) Appelle à une union sacrée, toutes tendances confondues, oppositions comme majorité, structures de la société civile, syndicats, pour la lutte contre l’insécurité car la question sécuritaire concerne tout le monde.


6) Apporte son ferme soutien aux peuples frères du Mali et du Burkina Faso dans leur combat légitime pour la sauvegarde de leur souveraineté et de leur dignité, ainsi que pour la restauration de la sécurité, la paix et la cohésion sociale dans leurs pays ;


7) Invite les organisations sous régionales et régionales telles que la CEDEAO et l’UA, à respecter les aspirations profondes des peuples souverains des pays membres et à arrêter de travestir les principes fondamentaux qui ont présidé à leur création, notamment le principe de non-agression mutuelle.


8) Invite les autorités nigériennes à cesser les déclarations cavalières et à bannir à jamais les attaques injustifiées à l’endroit du peuple souverain du Mali;


9) Attire l’attention du Président de la République sur le péril majeur qui plane sur la quiétude sociale, d’ores et déjà surchauffée, au regard de l’étouffement des libertés de manifestation ou d’opinion, ainsi que des propensions inquiétantes que prennent des fléaux comme le clientélisme, le favoritisme, le népotisme, la corruption et l’impunité au sein de notre société;

Fait à Niamey, le 20 février 2022

Le Collectif des Comités de Lutte pour la Sécurité, la Paix et la Cohésion Sociale

 

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