Intervention du Président de la République lors de la conférence des cadres : Le Président Mohamed Bazoum fait un large tour d’horizon sur les réalités historiques et actuelles du défi sécuritaire au Niger et au Sahel

A l’entame de son message, le Chef de l’Etat a tenu à faire un aperçu historique sur la gestion de la situation sécuritaire au Niger, cela depuis pratiquement les indépendances jusqu’à nos jours. Il a cet effet rappelé que, de 1964 (année de la tentative de rébellion par le parti Sawaba) jusqu’en 1990, il n’ya pratiquement pas eu usage des armes, et l’armée nigérienne n’avait pas été mobilisée contre des individus identifiés comme étant ennemis du pays, parce que remettant en cause la stabilité de l’Etat et des institutions. Les années 60,70, 80 et 90 étaient celles du Rally Paris-Dakar et du Tourisme dans le désert.

«A partir des années 90, les choses ont commencé à changer progressivement» a rappelé le Président de la République, en faisant allusion aux différents mouvements de rébellion touareg et toubou (FARS, FLA, FDR, MNJ en 2007) que le pays a connus dans ses parties nord et Est. Toutefois, ces mouvements avaient des revendications (politiques, sociales, etc.) qui ont été gérées dans le cadre du dialogue entre Nigériens. Le Chef de l’Etat a ensuite rappelé les actions de gouvernance mises en œuvre et qui mettent à l’aise tout nos compatriotes et qui ne donnent le sentiment à aucun d’entre eux qu’il n’est pas intégré par la République dans le cadre des mécanismes républicains de l’intégration des citoyens. «Je veux que nos citoyens sachent que cela  a été un moment important sur lequel nous avons pu édifier des institutions qui sont restées solides et c’est leur solidité  qui explique que nous ayons tenu», a-t-il ajouté.

«Mais nous avons basculé dans la violence et par la suite carrément dans la guerre à partir de 2011 à la suite des événements survenus en Libye qui ont débouché sur la chute du régime du Colonel Kadhafi. Cette épreuve n’était pas prévisible pour nous. Nous n’étions pas davantage préparés. Nous en avons été surpris», a rappelé le Président Mohamed Bazoum.

Cette situation coïncidait avec la fin des élections au Niger et l’investiture du Président Issoufou, le 7 avril 2011. L’un des premières choses dont le régime Issoufou s’est occupé dans le cadre de la mission qui lui était confiée était cette situation et ses conséquences prévisibles. «Depuis ce jour, j’ai été à toutes les réunions régulières, hebdomadaires du Conseil national de sécurité qui réunit un certain nombre de responsables politiques et militaires pour réfléchir à cette situation et y répondre de façon adéquate. Cela me fait bientôt  conséquent 11 années, y compris certains de mes camarades, de présence assidue à cette instance d’évaluation de ce que nous faisons, mais aussi de réflexion sur ce que nous avons à faire», a déclaré le Chef de l’Etat. «S’il ya une question sur laquelle je suis bien informé, c’est bien cette question de sécurité», a-t-il précisé. «Nous avons un adversaire dont le mode d'opération n'est pas celui des armées, mais qui ont des équipements militaires comme jamais une force rebelle n'en avait disposé. Les terroristes auxquels nous avons à faire ne sont pas comme les rebelles que nous avions connus. Ils ont des RPG, des M80, ils ont des armes du niveau de ce que nos militaires ont. Ensuite, ils pillent nos éleveurs et nos paysans. Ils ont des gens qui viennent d'Irak, de Syrie et de Libye, qui ont de l'argent et qui les soutiennent. Eux, ils se soutiennent de partout de part le monde, mais nous, nous ne pouvons nous priver du soutien de nos partenaires. Cela n'a pas de sens», a ajouté le Président Bazoum.

Du contexte sécuritaire régional

A la suite de l’effrontément du régime libyen de Mohamar Kaddhafi, tout l’arsenal libyen s’est répandu dans le Sahel. Consécutivement à cela, les 2/3 du territoire du Mali échappent à l’expression de la souveraineté de l’Etat depuis 2012, ce malgré la grande mobilisation de la communauté internationale à travers la MUNISMA; l’opération Serval devenue par la suite Barkhane et l’arrivée de Takuba  par la suite. «Le terrorisme s’est développé au centre du Mali et s’est répandu sur les territoires voisins du Burkina Faso et du Niger pour devenir un phénomène totalement sahélien», a expliqué le Chef de l’Etat.

A l’Est, le Niger a enregistré la première attaque de Boko Haram le 2 février 2015 sur la ville de Bosso. «Et depuis ce jour, nous gérons cette situation. Depuis 2014-2015, nous avons assisté aux incursions des groupes terroristes de l’Etat Islamique dans grand Sahel», a déclaré le Chef de l’Etat, tout en citant, entre autres attaques, celles de la prison civile de Ouallam, dans les départements de Banibangou et d’Abala en 2016 dans la partie ouest du pays. A cela s’ajoutent l’insécurité due au banditisme armé le long de la frontière avec le Nigeria au niveau des régions de Maradi, Tahoua et Dosso à partir de 2018. Ce phénomène se traduit par le kidnapping des citoyens, la demande de rançon et le vol de bétail. Ces bandits profitent des forêts situées de part et d’autre de la frontière au niveau des Etats fédérés de Sokoto, Zanfara, Katsina.

Puis à partir de 2019, le front de la Katiba de Macina, dont la matrice est justement le centre du Mali, s’est étendu pour contaminer les régions Nord et Est du Burkina Faso et a fait incursion dans la région de Torodi avant de se métastaser pour contaminer Téra, Bankilaré, Goroual, Tamou et Say.

Plus au nord, il y a la frontière de la Libye où l’Etat est absent. Ce qui, selon le président Bazoum, constitue une grande plateforme sur laquelle évoluent des organisations criminelles qui prospèrent dans le trafic des armes qui se déversent sur les foyers de violence du Sahel, mais aussi où prospèrent les trafics de drogues, de carburant et de toutes ces choses qui peuvent provenir d’un pays riche comme la Libye. Le Chef de l’Etat a déploré l’absence de postes militaires à la frontière avec le Mali et avec la Libye. Il a ainsi souligné l’effort incommensurable fait par le Niger pour préserver son territoire malgré les contraintes évidentes. «Nous sommes un pays dont l’économie a les mêmes caractéristiques que le Mali et le Burkina Faso. Nous sommes même un plus pauvre qu’eux lorsqu’on compare nos budgets respectifs. Le Burkina Faso fait 278.000 Km2, tandis que le Niger fait 1.000.000 Km2 de plus», a-t-il déclaré.

Alors que le phénomène vient d’affecter le Burkina Faso seulement dans les années 2016, mais surtout en 2018, aujourd’hui, on en compte 1.650.000 personnes déplacées du fait de la violence dans ce pays.

La politique sécuritaire et la lutte contre le terrorisme

Dans ce contexte, le gouvernement a décidé d’accroitre les capacités des Forces de Défense et de sécurité. «Nous avons décidé une politique de montée en puissance qui a consisté à accroitre les effectifs. Quand nous sommes venus, nous avons des effectifs bien déterminés. Et notre volonté, c’est atteindre 50.000 soldats d’ici 2025. Nous sommes à 30.000 soldats aujourd’hui alors qu’à notre arrivée nous avions un effectifs de 11.000 soldats», a relevé le Président Bazoum. Cette augmentation des effectifs s’accompagne également d’une politique d’équipement (fusils, matériels roulants, avions, hélicoptères, drones, etc.). Il ya aussi le projet de recrutement de 400 ingénieurs pour le compte de l'armée de l'air.

En plus de cela, le gouvernement a développé le concept d’opérations. «Aujourd’hui nous avons plusieurs opérations qui engagent en permanence près de 12.000 personnels dans les différentes zones affectées par l’insécurité», a souligné le Président Bazoum, citant entre autres opérations en cours ‘’Almahaou’’, ‘’Niya’’, ‘’Damissa’’, ‘’Yarti’’, ‘’Fassa’’, ‘’Chara’’, ‘’Farawttan Bouchia’’. «Nous avons fait une prime mensuelle de 90.000 F à quiconque se trouve dans des opérations comme celle de Diffa ou celle de Almahaou», a ajouté le Chef de l’Etat qui relève la pénibilité de ces opérations qui se déroulent dans des zones difficiles d’accès.

Le Président Bazoum a par la même occasion réaffirmé sa confiance aux Forces de défense et de sécurité. «Si je suis allé à Baraoua, c’est parce que je sais  que je ne cours aucune forme de risque, que j’ai des Forces qui me protègent. Et c’est ma confiance dans ces Forces qui permet d’aller à Baraoua. Je peux aller plus loin que Baraoua», a-t-il confié.

Le Chef de l’Etat a relevé que, sous les régimes antérieurs, on avait créé une institution dans un contexte où il n’y avait pas eu de guerre, d’épreuve et d’ennemis. «Mais il y a eu une armée qui a été constituée sur des bases solides. C’est en cela que je rends hommage à ceux qui ont animé ces institutions en l’occurrence la Police; la Gendarmerie et la Garde à l’époque. Ils nous ont légué des vraies institutions sur l’esprit desquelles aujourd’hui nous reposons et grâce auxquelles, justement parce que ce sont des institutions qui fonctionnement selon la rationalité requise, nous faisons face à l’adversité, maintenant que nous avons eu notre épreuve», a-t-il expliqué, tout en se réjouissant que nos soldats sont devenus performants. «Et le résultat, c’est que nous contrôlons notre pays», a dit le Président de la République.

Le Chef de l’Etat a par ailleurs annoncé un programme de 200 milliards de FCFA pour l’équipement de l’armée de l'air. «Je vais bientôt me rendre en Turquie où je vais visiter les usines qui fabriquent nos drones et nos avions de guerre. Mais tout cela peut ne pas être suffisant. Et c'est pourquoi peut se poser pour nous la question des alliances avec d'autres partenaires».

Il s’est réjoui de l’évolution positive de la situation dans la région de Diffa. «La situation s'améliore à Diffa. Par le passé, on avait chaque année à pareil moment des incursions qui nous faisaient beaucoup de débat. Cette année, il n'y en a pas eu. Il ya certes des enlèvements, mais c'est du banditisme. Et j'irai à Diffa. Nous avons formé 500 Gardes recrutés sur place il y a de cela deux ans. Présentement, nous avons 500 autres qui sont formés. Nous allons avec tous les ministères concernés, le Chef d'Etat major et le Haut commandant de la Garde Nationale du Niger où nous allons faire des choses millimétrées pour améliorer la sécurité dans tous nos villages. Nous allons nous occuper de Diffa avec nos propres forces. Nous tenons le bon bout à Diffa», a-t-il confié 

Les partenariats stratégiques en matière de lutte contre le terrorisme

Bien que le Niger ait une armée équipée et solide, le contexte sécuritaire régional et global nécessite des partenariats pour faire face aux défis complexes qui se présentent. «Nous avons noué de partenariat avec des pays amis qui nous ont assuré une bonne formation de nos soldats. Sur le conseil des responsables de nos Forces de défense et de sécurité, nous avons privilégié la formation des Forces Spéciales», a dit, à ce propos le Chef de l’Etat. C’est ainsi que des Belges, des Français, des Canadiens, des Italiens et des Américains ont formé sur place les soldats nigériens. «Nous avonsdisposé, grâce à l’assistance de nos partenaires dans le cadre des formations de nos Forces spéciales, des équipements et d’infrastructures que nous n’aurions jamais pu avoir et qui ont par conséquent considérablement  amélioré les capacités  de nos armées, tant et si bien qu’elles sont capables de tenir nos pays», a relevé le Président Bazoum. Dans le même ordre d’idée, les USA ont réparé le C130 des FAN. Ils ont donné deux autres Niger. Ces appuis multiples ont renforcé les capacités opérationnelles des FDS.

Malgré tout, la menace terroriste est toujours présente et elle s'accroit même. «Quelles que soient les performances de notre armée, quelle que soit la rigueur de sa discipline, si dans un pays voisin les choses n'évoluent pas bien, et comme les terroristes eux ils sont transnationaux, cela a un impact sur nous et nous met sous une très forte pression», explique le Chef de l’Etat. Il a ensuite relevé la nature de l’ennemi et son mode opératoire qui n’a rien à voir avec la guerre frontale, classique. «Nous avons un ennemi qui est très rapide, qui circule à moto. Nous avons un ennemi qui ne nous combat pas forcement frontalement, qui passe dans un village, qui intimide les villageois, qui les humilient et qui leur arrache des dimes, qui les obligent à lui payer des taxes. Nous avons un ennemi qui est cruel, qui peut venir décimer tout un village, cibler des personnes, piller des boutiques, bruler des écoles, saboter des antennes de téléphonie mobile. De tout cela, nous devons répondre, nous devons faire en sorte qu’aucun Nigérien ne subisse l'humiliation, ne soit pressuré, ne voit son bétail être volé et conduit au Mali. C'est mon devoir à moi de faire en sorte que tout cela cesse. C'est moi qui ai le plus mal quand, dans l'Anzourou ou dans le Tondikiwindi, ou dans la région d'Abala, des bandits viennent maltraiter des hommes devant leurs femmes, les intimider, les extorquer. C'est notre devoir d'y répondre», souligné le Président de la République.

A propos de la souveraineté nationale…

C’est pourquoi, le Chef de l’Etat dit ne pas comprendre, les reproches faits au gouvernement de coopérer avec des partenaires, notamment occidentaux, qui aident le pays dans la lutte contre le terrorisme. Le Président a, à cet effet relevé l’incohérence de l’argument de la souveraineté évoqué par ceux qui formulent ces reproches. «Je voudrais que vous sachiez que les 40% de notre budget sont assurés par des concours extérieurs en provenance de ces pays occidentaux. L'Union Européenne nous fait un appui budgétaire annuel systématiquement ces dernières années de 100 millions d'euros, c'est à dire 65,5 milliards de francs CFA», a-t-il souligné.

Il a ensuite énuméré certains gros investissements réalisés dans le cadre des Fonds Européens de Développement (FED), notamment les nombreuses routes dont a bénéficié le Niger dans le cadre de ce programme. «Notre souveraineté, dans le contexte de notre situation économique, et ce n’est pas propre à nous seulement, c'est propre à tous les pays pauvres africains et extra-africains, est très relative», estime le Chef de l’Etat.

Sur la base des données statistiques, le Chef de l’Etat a battu en brèche les arguments selon lesquels les matières premières seraient les fondements l’intérêt des pays occidentaux pour nos pays. «En 1962, le secteur primaire, c'est à dire agriculture et élevage occupait 21% de l’économie des pays occidentaux. Le secteur secondaire (les industries, les grandes industries) représentait 37% et le secteur tertiaire ou des services représentait 42%. Mais aujourd'hui, le secteur tertiaire, c'est 76%, le secteur primaire, c'est 2% et le secteur secondaire c'est 20%. Aujourd'hui, l'économie s'est totalement financiarisée et s'est digitalisée. Les hommes les plus riches sont les jeunes gens-là qui sortent des universités américaines. Ils sont devenus riches parce qu'ils sont des ingénieurs intelligents, ils ont créé Apple, Microsoft, Facebook, Amazone, Ali Baba en Chine, etc. L'économie, la richesse, s'est totalement déconnectée de la production matérielle», a souligné le Président Bazoum.

Un hommage à la coopération dans la lutte contre le terrorisme

Le Chef de l’Etat a ensuite souligné que lorsque Serval était venue au Mali en 2013, ce n’était pas pour les matières premières, mais plutôt pour stopper les colonnes terroristes qui marchaient sur Bamako. Par la suite, il ya eu Barkhane et EUTM (European Union Training Mission) qui a formé 40.000 soldats, dont ils ont équipé une bonne partie. Ces forces ont fait ce qu’elles peuvent faire. «Mais il revient à nos Etats, à nous, de faire en sorte que, une fois que avons été assistés, nous nous passions de cette assistance. Quand j'entends les africains dire que les européens sont restés 9 ans ils n'ont pas mis fin au terrorisme, j'en suis vraiment déçu et triste. Mais qu'est-ce que nous nous avons fait pour mettre fin au terrorisme, nous les africains? Est-ce que nous ne restons pas dans un rapport de complexe vis-à-vis des occidentaux qui eux peuvent tout faire et nous rien du tout? Non! On doit se départir de cette mentalité», a relevé le Président Bazoum.

Il a ensuite qualifié d’excellents les résultats de Barkhane au Mali, soulignant que Serval a tué 600 terroristes et Barkhane 2.223 terroristes, dont des chefs comme Moktar Ben Moktar, Abu Walid Al Saharaoui, Abdul Malik Drougdel, etc.. «Je ne peux pas être malhonnête, mes frères, pour dire que les gens qui ont ces résultats là ils n'ont rien fait. Parce que je n'ai jamais imaginé que leur vocation était d'éradiquer le terrorisme», a-t-il déclaré. «Le terrorisme n'est pas éradiquable. Ce n'est pas à eux d'éradiquer le terrorisme, c'est à nous de faire le travail. Eux ils viennent en appui de ce que nous faisons. Ce n'est pas à eux de faire le travail à notre place», a précisé le Chef de l’Etat.

Sur les modalités des futurs accords de coopération 

«J’ai eu à dire devant le Président Macron, et ça se relève comme étant une contradiction de ma part, que nous n'avons pas besoin de troupe au sol. Je le pense,nous n'avons pas besoin de force au sol. J'ai mes militaires, j'ai mes FDS. Mais j'ai besoin de leur concours à eux (les Européens) et ça ne peut pas être par satellite. Il faut qu'ils soient au sol eux aussi, mais une composante au sol réduite avec des capacités aériennes», a expliqué le Président Bazoum.

Pour le Chef de l’Etat, la coopération dans la lutte contre le terroriste est plus que nécessaire, à la fois pour nos pays et pour l’Europe. D’où d’ailleurs la formule de la force Takuba. Il souligne que l’Europe, plus que les Etats Unis, la Chine ou la Russie, a intérêt que la situation se stabilise dans nos pays. «Pourquoi c'est l'Europe qui intervient au Sahel et non les Etats Unis, la Chine ou les autres?C'est parce que l'Europe considère que nous sommes voisins. Et que si le terroriste prospère au Sahel, nos économies seront détruites et cette violence peut se transporter chez eux. Mais la destruction de nos économies va aussi pousser beaucoup d'Africains à migrer vers l'Europe parce que c'est tout simplement la porte de sortie. C'est pourquoi les Européens considèrent que les problèmes de l'Afrique sont à certains égards leurs problèmes à eux et qu'il fallait qu'ils nous aident. C'est ce qu'ils font dans le cadre de ces opérations. C'est pourquoi on a, dans cette force Takuba, des Estoniens, des Tchèques, des Danois, des Italiens, etc. des gens qui parfois ne connaissent même pas l'Afrique mais qui sont mobilisés pour venir aider les pays africains à se stabiliser», a relevé le Président Bazoum.

Toutefois précise le Chef de l’Etat, les termes de cette coopération doivent être définis d’un commun accord. «Nous avons besoin d'eux, pas pour qu'ils nous règlent les problèmes mais pour qu'ils nous aident. Si demain on conclut un accord, ça va être un appui technique qui va être conclu, dans ses aspects opérationnels par des militaires. Nos militaires vont dire ce qu'ils veulent.J'ai donné mon accord pour dire que si vous acceptez de venir, c'est moi qui formule la demande. Vous serez à Ouallam, à Ayorou, à Bankilaré», a déclaré le Président Bazoum. Il a ensuite indiqué que, le mercredi 23 février,Barkhane a frappé des terroristes à Boulkagou au nord-ouest de Samira. Elle a tué un chef terroriste un certain Abdoulwahab. «Ce sont les gens qui mettent des mines anti-personnelles. Quel est le Nigérien à qui cela fait-il mal lorsqu'on tue 9 terroristes dont des artificiers qui fabriquent des engins explosifs improvisés avec lesquels ils tuent nos soldats», s’est-il interrogé.

Face à ce type d’ennemis dont la caractéristique est justement de ne pas s'en prendre forcement à l’armée mais aux populations, le Chef de l’Etat a souligné que le Niger n’a pas les moyens de garder tous les villages malgré tous ses efforts. «Si j'avais assez d'argent j'aurai acheté plus d'hélicoptères, j'aurai enrôlé plus d'hommes, je les aurai entrainé dans des académies où ils seraient encore plus performants. Mais ce n'est pas ça l'idéal de la réalité. Ma réalité est déterminée par mes moyens limités. Si à côté de mes 12.000 militaires en opération, je peux placer 400 à 600 ou 700 européens qui ont des hélicoptères, qui vont travailler avec eux, c'est ça l'esprit de Takuba. Au Mali, ils travaillent avec les FAMa et c'est ça aussi l'esprit de Barkhane parce que eux-mêmes ont fait leur évaluation et ils ont compris que ce n'est pas bien qu'ils soient à part et qu'ils agissent seuls. Ce n'est pas bien perçu et ce n'est même pas bien efficace», a-t-il expliqué.

Le dialogue, une voie à ne pas négliger dans la lutte contre la radicalisation et le terrorisme

Dans cette lutte contre le terrorisme, le Chef de l’Etat ne lésine sur aucun moyen. «Mon devoir de Chef d'Etat, c'est d'assurer la quiétude à mes compatriotes où qu'ils soient. Et ceux qui m'aident pour mon économie, s'ils peuvent m'aider pour alléger le fardeau à nos militaires, eux ils ne disent pas non. Ce sont des compatriotes qui sont qui à New York, qui à Abidjan, qui en France, qui en Belgique qui, sur les réseaux sociaux intoxiquent l'opinion. Mais, ils n'ont aucune responsabilité. Si quelqu'un meurt, ils sont tranquilles, mais moi je ne suis pas tranquille. J'ai juré dans cette même salle sur le Saint Coran que je ferai de mon mieux et c'est ça mon mieux», a-t-il souligné.

C’est dans cette optique le Chef de l’Etat dit mobiliser des émissaires pour rencontrer certains acteurs de l’insécurité et terrorisme. «Je me suis dit que ces jeunes gens là qui sont dans le terrorisme qu'est-ce qu'ils veulent? Je les connaissais déjà à travers les fiches de renseignement. J'ai donc décidé de les aborder. J'ai cherché les parents biologiques de chacun d'entre eux. Ils sont neuf (9) chefs terroristes à qui j'ai envoyé des émissaires. Je leur ai envoyé des émissaires qu'ils ont rencontrés à Birni Kebbi. J'ai parlé avec certains, j'ai reçu d'autres. Je suis en train de leur expliquer que ce qu'ils font n'est pas bien. J'ai libéré d'autres de Koutoukalé dont on m'a conseillé de libérer lors des réunions du Conseil national de sécurité», a-t-il souligné. Le résultat est là parce qu'on ressent une légère accalmie. «Je ne désespère pas. Si ça marche c'est bien. Mais je me suis dit que je ne  dois pas laisser nos enfants égarés sans que je tente quelque chose et sans que je leur parle le langage auquel ils doivent pouvoir être sensibles. Je ne ménage aucun moyen», a ajouté le Président Bazoum.

«Nous n’avons aucune relation de soumission avec qui que ce soit»

Il ensuite exprimé son intention d’utiliser tout ce qui peut l'aider à ramener la paix dans le pays et à alléger le fardeau sous lequel ploient les militaires. «Et je vais l'utiliser sans complexe. Je n'ai aucun complexe. Je suis dans un rapport totalement décomplexé avec qui que ce soit», a-t-il déclaré. Les Français et tous les autres sont des alliés « mais je travaille pour la souveraineté de mon pays parce que la première des souverainetés c'est d'assurer la paix à nos citoyens», a-t-il.

 

Le Président Bazoum s’est dit prêt à travailler avec tous ceux qui peuvent aider le Niger dans la lutte contre le terrorisme à travers la formation, l’équipement ou l’appui aux FDS. «Et donc je suis prêt si, aujourd'hui, les Russes nous disent qu'ils veulent nous former des forces spéciales. Mais je n'ai pas les moyens de louer une société de sécurité privée parce qu'il semble que ses services coûtent 10.000 dollars le mois le soldat. Et donc pour 1000 soldats, cela fera à peu près sept (7) milliards de FCFA par mois. Mais si j'ai 7 milliards, je les mettrais pour acheter des hélicoptères à mes militaires».

Par rapport à la situation au Mali, le Chef de l’Etat a déclaré le gouvernement n’a rien contre le Mali. «Nous ne sommes pas contre le Mali. Pourquoi nous serions contre le Mali? Nous sommes contre un régime, tout comme le Président Alpha Omar Konaré avait exigé que nous soyons renvoyés de l'OIF en 1996 quand le Président Baré avait fait son coup d'Etat. Nous avons été victimes de ces mesures de la CEDEAO lorsque le président Tandja avait fait son ''Tazartché''. Lorsque le général Salou Djibo a fait son coup d'Etat, ça a été la même chose. Dès que les autorités maliennes auront accepté de faire une transition comme la CEDEAO le veut, ces mesures vont être levées», », a-t-il déclaré. 

La responsabilité du gouvernement sera engagée devant l’Assemblée nationale

Face au procès qu’on fait au gouvernement par rapport à un éventuel reploiement de Takuba et de Barkhane au Niger, le Chef de l’Etat a décidé de suivre la voie constitutionnelle. «On ne sait pas ce qui va se passer au Mali quand Barkhane et Takuba vont se retirer. Si nous avons des alliés qui vont nous aider, on va leur demander de venir. Ils seront avec nous, ils vont opérer avec nos forces. Ce sont des discussions techniques qui auront lieux avec nos militaires. J'ai pris cet engagement. C'est ma prérogative constitutionnellement reconnue. Mais les gens nous font ce procès, soit disant que le peuple souverain n'est pas d'accord. On nous faisait depuis longtemps ce procès que nous signons des accords sans informer l'Assemblée nationale. Nous lisons notre constitution. S'il y avait une seule disposition que nous aurions violée en nous comportant comme ça, on aurait pu mettre ça en évidence et engager le recours qu'il faut puisque il y a une Cour constitutionnelle pour arbitrer. Les articles 168 et 169 de la Constitution nous font obligation de soumettre à l'Assemblée nationale pour donner l'autorisation de la promulgation d'une loi lorsqu'on signe un accord de défense ou un traité de paix. Ce que nous avons fait jusqu'alors, ce n'est pas des accords de défense, c'est des arrangements juridiques sur les statuts des personnels. C'est des accords de coopérations qui n'ont pas vocation à passer devant l'Assemblée nationale et être adoptés sous les espèces d'une loi. Mais cette fois ci, comme on nous intente un grand procès comme ça. Nous nous sommes dit qu'on va régler le problème en le soumettant à l'Assemblée nationale qui est la représentation du peuple. Il n'y a pas d'autres mécanismes. C'est à dire que nous sommes obligés d'engager la responsabilité du gouvernement, c'est-à-dire que nous prenons même des risques. C'est la seule façon qui existe parce qu'il y a tellement d'enjeux autour de cette question», a-t-il expliqué.

Le Niger n’a pas de leçons de démocratie à recevoir. «Notre peuple est représenté par l'Assemblée nationale et on va demander à l'Assemblée nationale si elle est d'accord avec les arrangements que nous allons faire quand des partenaires à nous seront disponibles pour venir nous aider dans la guerre que nous menons contre le terrorisme», a ajouté le Chef de l’Etat.

«Dans le contexte actuel, ceux pensent et disent que si nous acceptons qu'on nous aide c'est que nous sommes des ''vendus'', se trompent tout simplement. Nous ne sommes pas et ne seront jamais des vendus. Nous avons une histoire de lutte, de combat, d'engagement politique sous-tendu par une éthique qui n'a jamais été prise en défaut. C'est très clair et je suis sans complexe», a conclu le Présdent Bazoum qui demande à toute la population de prier le pays.

Siradji Sanda, Hassane Daouda et Souleymane Yahaya(Onep)

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