Lettre au président de la République (BM) : Monsieur le Président, la France est là pour ses intérêts propres et ceux de son peuple

Lettre au président de la République (BM)  Monsieur le Président, la France est là pour ses intérêts propres et ceux de son peuple à qui elle veut donner le meilleur, quitte à passer sur les corps des 22 millions de Nigériens, de 19 millions de Maliens, de 21 millions de Burkinabè et que sais-je encore.

Ainsi, vous avez donné l’autorisation aux autorités françaises de redéployer les effectifs et matériels militaires de la force française Barkhane au Niger. Ce n’est vous qui l’avez annoncé mais plutôt le président français, Emmanuel Macron. Votre faite est double, voire triple. D’abord, vous violez la Constitution que vous avez juré, la main sur le Saint Coran, de respecter et de faire respecter, en autorisant, comme s’il s’agissait de votre compte bancaire, de faire installer Barkhane sur le territoire nigérien, sans vous référer à l’Assemblée nationale que la loi fondamentale vous fait obligation de consulter. Ensuite, vous prenez fait et cause pour la France contre le Mali, le pays frère et voisin avec lequel le Niger partage bien plus qu’une frontière. Par cette prise de position indécente et improductive pour le peuple nigérien, vous mettez en mal nos relations séculaires de fraternité avec nos frères maliens et portez un rude coup à nos relations diplomatiques jamais obscurcies avant vous. Quand je parle de vous, j’indexe bien évidemment l’autre à qui vous avez succédé et vous-même. Enfin, « least, but not last », comme disent les Anglais, vous mettez davantage le Niger et les Nigériens en danger en délocalisant chez nous le problème malien, en nous faisant porter un fardeau diabolique dont le Mali a réussi à se défaire après des années de coup de poignard dans le dos.

Je ne me demande pas trop ce que vous gagnez à prendre fait et cause pour la France, un pays dont les motivations et les objectifs sont désormais clairement connus de tout le monde, y compris ses partenaires européens qui montrent de plus en plus de réticence à la suivre dans sa croisade néocolonialiste. Je m’interroge simplement ce que nous avons pu commettre comme péché pour être punis de la sorte. Car, c’est une punition divine d’avoir des dirigeants à la tête de l’État qui rament à contre-courant des aspirations populaires et dont les pleurs, plaintes et complaintes ne font qu’alimenter la ferveur à persister dans les actes impopulaires. J’avoue que je ne comprends cette forme patriotisme qui pousse un gouvernant à faire plaisir et à servir précisément un pays que les populations perçoivent nettement comme la source et l’instigateur de leurs problèmes.

Monsieur le “Président”

La France, votre France, n’a pas convaincu. Elle est d’ailleurs de le faire. Au contraire, elle s’enfonce dans les contradictions flagrantes, montrant au fur et à mesure qu’elle n’est chez nous, ni pour lutter contre le terrorisme, ni pour nous aider à quoi que ce soit. Vous le savez bien trop d’ailleurs. La France est là pour ses intérêts propres et ceux de son peuple à qui elle veut donner le meilleur, quitte à passer sur les corps des 22 millions de Nigériens, de 19 millions de Maliens, de 21 millions de Burkinabè et que sais-je encore. La preuve, malgré la clarté de la décision des autorités de la transition malienne, la France entend rester au Mali, dit-elle, pour assurer la protection des effectifs militaires de la Minusma. D’où et de qui tient-elle ce mandat sorti de ses manches ? Curieusement, en Afrique, vous êtes les seuls à comprendre et même à soutenir ouvertement et avec beaucoup de verve, la France et ses desseins. Les Nigériens, que vous avez juré de servir, ne se reconnaissent pas dans votre façon de vouloir le servir. Ils ne se reconnaissent pas dans ce soutien aveugle et certainement pas désintéressé que vous apportez à France dans sa croisade contre le Mali. Contre le Mali ? Contre le Niger, je dirais, car détruire le Mali, c’est étrangler le Niger. Ah, l’Afrique ! Quand, donc, pourrons-nous avoir des dirigeants qui pensent d’abord Afrique avant de penser France ? Et dire que ce sont ceux qui ont prétendu, il y a quelques décennies, être plus patriotes que ceux qui étaient à la tête de nos Etats qui sont aujourd’hui les serviteurs zélés d’une France qui n’a aucun respect pour nos peuples. Je me souviens encore de vos envolées lyriques à la Conférence nationale. Ça doit être certainement dur pour vous de regarder dans le rétroviseur, de se mirer et de se demander si c’est vraiment soi que l’on voit, dans ces postures affligeantes. J’ai beau chercher à comprendre comment vous gérez tout cela, je n’y arrive pas. Vous connaissez mieux votre parcours, votre idéologie, vos prétentions politiques ainsi que tout ce que vous avez promis à ce peuple nigérien pour en arriver là vous êtes, en totale contradiction avec ce même peuple.

Monsieur le “Président”

Lorsque je songe à votre aventure à la tête de l’État, je veux, l’autre, vous et tous les camarades qui sont certainement passés à côté de la plaque, pour le plus grand malheur des Nigériens, je ne peux m’empêcher de penser que le Niger vit sans doute la période la plus obscure de son histoire. Jamais notre pays n’a été aussi maltraité par ses dirigeants, soumis à toutes les affres possibles et voué à des intérêts inavouables. Le redéploiement de la force française Barkhane au Niger est une très mauvaise chose pour notre pays. Vous le savez de toute évidence. Déjà, le nombre de réfugiés ne fait qu’accroître dans des localités comme Ayerou. Les populations fuient massivement les zones affectées, étant convaincue que la présence de Barkhane va nécessairement s’accompagner d’une agglutination de forces militaires obscures. La France, c’est notre problème, ce n’est pas la solution.

Monsieur le “Président”

Qui sont ces gens-là qui, en avril 1972, ont accueilli le président français, Georges Pompidou, avec des tomates pourries ? La France, ce n’est pas le Niger et le Niger, ce n’est pas la France. La France n’a pas les mêmes intérêts que le Niger et le Niger n’a pas les mêmes intérêts que la France. C’est ce principe fondamental que vous semblez méconnaître pour ne pas dire que vous méprisez. Le jour où vous ferez la différence, vous allez alors faire la rencontre de votre peuple. Autrement, c’est l’Elysée qui continuera à vous applaudir et à oeuvrer afin que des décorations, des médailles et des prix vous soient offerts. Ne soyez, donc, pas choqués d’entendre des compatriotes dire que vous travaillez pour la France et non pour le Niger.

Mallami Boukar

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