L’exégèse d'un discours : Par Moussa Tchangari

Trois (3) jours après la fameuse conférence des cadres du Président Bazoum, les "communiquants gouvernementaux" continuent de se relayer sur les médias pour clarifier les positions exprimées par ce dernier; indiquant ainsi, sans que cela n'échappe à n'importe quel observateur averti, que le Chef n'a pas bien parlé sur certains sujets, ou qu'il aurait dû se taire tout simplement sur d'autres. Les propos présidentiels, qui ont suscité incompréhension et indignation des uns, sont nombreux ; mais, c'est seulement l'histoire de la libération de personnes arrêtées pour des liens supposés, voire même avérés, avec les groupes armés, qui a été au centre de la "com" du porte-parole officiel du gouvernement.

Pourtant, le plus préoccupant dans le discours du Président du vendredi dernier, c'est d'abord l'insistance avec laquelle il a défendu le bilan de l'opération française Barkhane au Sahel; car, si le Chef de l'Etat persiste à croire que cette opération a été un succès, sur la seule base du nombre de chefs et éléments des groupes armés tués par les militaires français, même les quelques partisans de leur redéploiement au Niger devraient être franchement inquiets et se poser au moins cette question : peut-on s'attendre à ce que les autorités nigériennes, qui persistent et signent que Barkhane et Takuba ne sont pas en échec, posent des conditions idoines, ne serait-ce que sur le plan de la simple efficacité, à leur redéploiement annoncé au Niger ?

Au regard des propos tenus par le Président Bazoum, le vendredi dernier, il est permis de douter; et ce, même s'il a affirmé que ce redéploiement fera l'objet de discussions, on l'espère au moins sérieuses, avec les pays concernés. Le doute est permis d'abord, parce que le discours du président indique clairement qu'il se pose en demandeur face à la France et aux pays engagés dans Takuba qui, pourtant, sont à la recherche d'un point de chute après leur départ forcé du Mali. Ensuite, parce que pour lui, la France et ses alliés européens et nord-américains n'ont pas d'arrières-pensées ou d'intérêts hégémoniques au Sahel, et agissent dans le cadre strict de la lutte contre le terrorisme. Enfin, parce qu'il est allé jusqu'à affirmer que la souveraineté nationale, dans le contexte d'aujourd'hui de nos pays, n'a presque pas de sens pour lui (c'est une interprétation) ; avant d'ajouter que nos matières premières ne font également l'objet d'aucune convoitise de la part des puissances avec lesquelles il entend sceller une alliance.   

Aujourd'hui, s'il faut encore débattre et clarifier les positions exprimées le vendredi dernier par le Président Bazoum, on ne peut s'attarder exclusivement sur la question de la libération des personnes soupçonnées de lien avec les groupes armés; car, sur ce sujet au moins, on peut concéder, même si on peut toujours s'interroger sur l'opportunité même de l'annonce, que le mobile invoqué, celui d'engager une démarche de négociation avec les concernés, est, à certains égards, noble. Le vrai problème qui, à notre humble avis, mérite de retenir l'attention des Nigérien(ne)s, c'est d'abord le refus d'admettre que Barkhane et Takuba ne peuvent pas justifier d'un bilan reluisant et que leur présence au Sahel ne représente, en aucune façon, une menace pour la souveraineté des pays. Le vrai problème, c'est la posture dans laquelle le président Bazoum semble s'installer face à des puissances pour lesquelles disposer leurs forces en divers points stratégiques du monde est d'abord un enjeu d'hégémonie.

Sur ces questions, le Président Bazoum a intérêt, non pas à clarifier, puisque sa position est claire déjà; mais, à la reconsidérer tout simplement, parce qu'elle n'est pas juste. Les événements récents, notamment la guerre en Ukraine, montrent clairement que la question des alliances militaires est un enjeu politique et géostratégique important. Le parlement nigérien, qui aura à discuter de cette question dans les semaines ou les mois à venir, doit également en être conscient; car, il serait catastrophique et lourd de conséquences que les représentants du peuple abordent la question du redéploiement de Barkhane et de Takuba, en perdant de vue d'une part que l'internationalisation d'un conflit, marquée par la présence des forces étrangères, comporte toujours des risques; et d'autre part, que la solution à une crise sécuritaire de cette ampleur ne peut être exclusivement militaire, même avec l'appui de forces extérieures au dessus de tout soupçon (ce qui est loin d'être le cas de la coalition conduite par la France).

Par Moussa Tchangari

 

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