Lettre au président de la République (BM) : Monsieur le Président Vous avez annoncé que vous exigez de la France une enquête en vue de déterminer les responsabilités et de châtier les auteurs. Où en êtes-vous avec cette affaire ?

La crise russo-occidentale, vous le savez, est une affaire complexe et dangereuse puisque, désormais, la paix mondiale ne tient plus qu’à un fil. Vous le savez aussi, sans doute, cette guerre qui est en train de détruire l’Ukraine, est la conséquence de l’intolérance des occidentaux, toujours préoccupés de mentir et de tromper sur l’origine et les causes réelles des conflits armés dans le monde. La guerre en Ukraine n’échappe pas à cette volonté de domination occidentale à tout prix ; un Occident sans aucun repère moral que rien n’arrête. Un Occident qui fabrique, à tous les coups, des mensonges éhontés pour s’offrir des alibis politiques et instrumentaliser leurs opinions publiques. Tout est bon dans cette logique : ils ont menti à propos de L’Irak, ils ont menti à propos du Gautemala, ils ont menti au sujet de la Lybie, ils ont menti partout et ils continuent de mentir sur les réalités de la guerre en Ukraine. Seulement, la Russie n’est ni la Lybie, ni l’Irak.

Si je vous en parle, ce n’est pas pour vous faire l’histoire des guerres meurtrières menées par les Occidentaux sur la base de mensonges fabriqués à dessein, uniquement guidés par la volonté de régenter le monde aux fins d’en contrôler les ressources. Si je vous en parle, c’est parce que je vois de grandes similitudes entre ce qui se passe en Ukraine et ce que nous subissons au Sahel, pour ne pas dire le Niger, notre pays. Bien entendu, comparaison n’est pas raison mais c’est bien las, au moins pour les motivations qui fondent la présence militaire des armées étrangères sur notre sol. Vous le savez d’évidence, vous le savez par l’information, vous le savez par les faits et les actes, ni l’armée française, ni l’armée américaine ou italienne, n’est sur notre sol pour nous aider dans la lutte contre le terrorisme. Elles ont toutes des motivations qui ne concordent pas avec nos intérêts. La France, pour parler précisément de ce pays qui semble s’agiter beaucoup dans l’affaire ukrainienne, est au Mali actuellement contre la volonté de l’État malien qui lui a demandé de partir sans délai. Elle refuse de partir sans délai et le dit sans gêne, trouvant sans doute la demande des autorités maliennes trop osée.

Dans ce refus de la France de quitter le Mali sans délai, il y a nécessairement la volonté du plus fort qui s’exprime. Cette position, malheureusement pour le Niger, vous la soutenez, votre ministre des Affaires étrangères ayant clairement déclaré, à paris, que le retrait de l’armée française du Mali se fera avec raison, sans précipitation et suivant un agenda qu’il plaira à la France d’établir. Faites le parallèle et vous comprendrez pourquoi ceux qui vous ont précédé à la tête de l’Etat, je ne parle pas de l’autre, ont observé une stricte neutralité dans les grands conflits entretenus par l’Occident. Le Mali demande que la France quitte son territoire, mais la France refuse de se plier à la volonté des autorités maliennes. D’ailleurs, la France est là sans aucun mandat véritable, la demande d’assistance aérienne demandée par feu Ibrahim Boubacar Keita, en 2012, n’étant nullement synonyme de présence militaire terrestre. Non seulement, elle est intervenue au sol, mais elle a établi une frontière que les Forces armées maliennes n’ont pas le droit de dépasser, entretenant ainsi, en toute connaissance, une vaste zone dédiée aux bandits armés, terroristes et trafiquants de drogue.

L’autre, que vous avez remplacé, l’a clairement déclaré, une des rares fois où il a été pris de lucidité par rapport au danger que représente la politique française pour notre pays. Il l’a dit et vous le savez autant que lui, Kidal est le sanctuaire des terroristes au Sahel. Pourtant, vous avez continué à soutenir la France dans ce qu’elle fait et les Nigériens s’interrogent bien sur la motivation d’un tel soutien. Qu’est-ce que vous y gagnez puisque le Niger, lui, n’en récolte que larmes et sang ?

Monsieur le “Président”

Je vous parlais des similitudes relevées entre ce que fait actuellement la Russie en Ukraine et ce que fait la France, en particulier, sur nos sols. Encore une fois, je ne parle pas de la forme, je parle du fond. N’est-ce pas l’armée française qui, avec une facilité déconcertante, a tiré à balles réelles sur de jeunes manifestants qui bloquaient son convoi à Téra, tuant trois d’entre eux et blessé plusieurs autres ? Vous allez sans doute leur trouver des excuses. Je vous rappelle qu’en France, pendant plus d’un an de manifestations publiques des Gilets jaunes, bloquant jusqu’à la circulation publique dans certains cas, il n’y a pas eu un seul coup de feu.

Vous avez annoncé que vous exigez de la France une enquête en vue de déterminer les responsabilités et de châtier les auteurs. Où en êtes-vous avec cette affaire ? Ou bien vous l’avez aussi enterrée, tel que l’a voulu et fait la France qui vous a répondu par la voix la plus officielle que, non seulement tout est clair, mais que l’armée française a agi de façon adéquate en évitant un drame. Oui, pour la France, tuer trois Nigériens, ce n’est pas un drame. Moi, dès le départ, je savais que vous ne pourriez rien exiger de la France et que votre propos, c’était pour amuser la galerie. N’est-ce pas pour la forme que vous avez annoncé avoir exigé de la France une enquête ? En tout état de cause, vous ne pouvez et ne devez attendre de la France qui est au centre du drame, survenu en territoire nigérien, une enquête pour déterminer les circonstances et situer les responsabilités. Les circonstances, disent les experts, sont largement déterminées et les auteurs du drame, parfaitement connus.

Monsieur le “Président”

La France et la Russie mènent les mêmes combats et je serai même tenté, sans toutefois cautionner la guerre, que la France, qui a spolié les peuples africains de leurs ressources sur la base d’accords léonins, a fait pire que la France. Le néocolonialisme n’est-il pas un crime ? Vous avez condamné ce que fait la Russie en Ukraine, mais vous soutenez curieusement ce que la France dans votre propre pays. Je puis vous assurer que vos compatriotes sont en rupture totale avec vous par rapport à la présence des forces militaires étrangères, particulièrement le redéploiement de la force Barkhane dont l’installation au Niger fera de notre pays une zone d’occupation française avec des milliers de soldats. Votre intention de mettre la question en discussion à l’Assemblée nationale est un subterfuge et je crois que vous pourriez nous en épargner dès lors que vous avez pris la décision avant d’y penser. C’est la preuve que le parlement n’a pas un autre mot à dire que ce que vous voulez.

Mallami Boucar

 

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