Gouvernance au Niger : Issoufou Mahamadou a-t-il totalement repris la main ?

Il a suffi de peu pour que Bazoum Mohamed passe de la perception à la réalité. Dans les tout premières semaines, voire les tout premiers mois, il a fait rêver ses compatriotes qui, convaincus par les contenus de ses discours ou assez naïfs pour oublier les conditions dans lesquelles l’homme est arrivé au pouvoir, ont pensé que le Président Bazoum allait amorcer un tournant majeur dans la gouvernance. Il a annoncé vouloir respecter plein de principes et de valeurs à telle enseigne qu’on a oublié qu’il a été “enfanté” par Issoufou Mahamadou et un régime aux antipodes de la démocratie, de la justice et des droits … Sans parler du développement exponentiel du trafic de drogue et d’armes, de l’insécurité qui a coûté la vie à des milliers de Nigériens en 11 ans. Le rêve n’a pas duré longtemps. La réalité, tenace, semble l’avoir rattrapé en peu de temps. Ayant joué aux apprentis sorciers, Bazoum Mohamed s’est rapidement rendu compte de ses limites objectives. La lutte contre la corruption dont il a fait son cheval de bataille a été la première épreuve qui l’a émoussé. À peine annoncée, elle est étouffée, puis tournée en dérision par son camp politique qui redoutait ce combat.

La plupart des ténors du régime sont impliqués dans des scandales financiers et la lutte contre la corruption ne peut que les inquiéter quant aux intentions de Bazoum Mohamed. De fait, ils ont pleinement raison. Qu’est-ce que Bazoum Mohamed avait derrière la tête pour vouloir engager une lutte contre la corruption. Bref, il a suffi de l’affaire Ibou Karadjé pour les apparatchiks du régime remettent Bazoum Mohamed à sa place. Les inspections, diligentées à son initiative, ont connu un fiasco. Tantôt ce sont les rapports qui sont jetés dans les tiroirs, sans suite attendue, tantôt ce sont les missions d’inspection qui sont confrontées à la résistance rebelle des mis en cause. Selon nos sources, mis au courant des blocages constatés, le Président Bazoum n’a pas réagi à la hauteur des attentes.

Dans tout ce qu’il a promis de faire, le Président Bazoum n’a connu que des échecs. Des échecs si bien retentissants que presque personne ne le croit capable de quoi que ce soit de bon. Après deux rencontres tenues à son initiative avec les organisations de la société civile, c’est la rupture totale. Ses engagements, pris avec solennité, ont été douchés dans “l’hiver” du régime, hostile à cette tendance à la détente chez Bazoum Mohamed. Des mesures énergiques sont mises en place pour le contrer. Et les mesures visant à ramener le tout nouveau président sur terre sont mises en oeuvre tandis que l’ancien président, Issoufou Mahamadou, reprend du poil de la bête. Il a entrepris, lui aussi, de jouer sa partition. Il sort alors de son bois. À Accra, à Oslo, à Paris, à Alger, Issoufou Mahamadou va jouer la carte de l’ancien en mesure de refaire surface. À l’intérieur du pays, c’est lui qui détient les cartes du pouvoir, sa main étant toujours sur les manettes du système. À l’extérieur, il est adulé et considéré comme un homme qui n’a pas encore dit son dernier mot au point où les Nigériens se demandent s’ils ne sont pas dans un cas Poutine- Medvedev, en Russie.

La montée en puissance de l’ancien président ne s’illustre pas uniquement dans les chrysanthèmes. Elle est également incarnée dans la résurgence d’anciennes pratiques politiques que les Nigériens ont cru, un moment, enterrées avec Bazoum Mohamed. Les libertés publiques sont toujours étouffées, l’impunité est de mise pour les soutiens du régime et les interpellations d’opposants politiques et d’acteurs de la société civile continuent de plus belle.

Depuis plus d’une semaine, de nouvelles têtes sont tombées dans l’escarcelle de la police politique, accusées, paraît-il, de tentative de coup d’État. « Bazoum Mohamed a manifestement perdu la main au profit de son mentor et prédécesseur », dit un allié politique à Bazoum Mohamed. Selon lui, c’est la fin de la récréation et le réveil sera dur pour les Nigériens. Les commentaires vont bon train. Pour les Nigériens, c’est Issoufou Mahamadou qui gouverne réellement. C’est lui qui détient les pouvoirs qui fondent la solidité du régime.

À quelques encablures de ses 12 premiers mois à la tête de l’État, Bazoum Mohamed, investi président de la République le 2 avril 2021, a déjà perdu la manche. Les Nigériens ne le voient pas capable de remonter la pente, tant ceux qui l’ont fréquenté et qui ont cru en sa volonté de changer les choses en sont aujourd’hui pour leurs frais. Issoufou Mahamadou et la logique implacable du régime lui ont imposé le respect strict de la doctrine qui l’a amené au pouvoir. Chose désormais faite puisque le chef de l’État est rentré depuis lors dans les rangs.

YAOU

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