1ère Session ordinaire du CESOC au titre de l’année 2022 : Exposé détaillé sur les enjeux de l’intégration économique entre le Niger et le Nigéria

 

Le Niger et le Nigeria entretiennent depuis 51 ans une coopération bilatérale fructueuse. L’importance de cette coopération est d’ailleurs matérialisée par l’existence d’une Commission Mixte Nigéro-Nigériane. C’est pour édifier les conseillers de la République que le Conseil économique, social et culturel (CESOC) a, dans le cadre de sa 1ère session ordinaire au titre de l’année 2022, inscrit dans son programme une communication sur l’intégration économique entre le Niger et le Nigeria. Cette communication a été présentée le vendredi 18 mars dernier par le Secrétaire permanent de la Commission mixte Nigéro-Nigériane M. Adamou Namata. 

Dans son intervention, M. Namata a rappelé que la Commission mixte a vu le jour en 1971. Elle est l’une des premières organisations internationales bilatérales dotées d’un Secrétariat permanent en Afrique. Ses pères fondateurs à savoir feu le Président Elhadj Diori Hamani du Niger et le Major Général Yacoubou Gowon, chef du Gouvernement Militaire Fédéral du Nigeria à l’époque lui ont assigné comme mission la promotion de l’intégration économique entre les deux pays. Cette intégration passe par l'abolition partielle ou totale des restrictions tarifaires (taxes, droits de douanes) et non tarifaires sur le commerce. Le Secrétaire permanent a ensuite rappelé que l’intégration économique, culturelle et sociale a toujours existé dans l’espace territorial qui renferme le Niger et le Nigéria actuels. «Le Niger et le Nigéria sont intimement liés par l’histoire et la géographie. Cet état de fait a, d’une manière ou d’une autre, continué à façonner leurs rapports qui demeurent la base de leur coexistence depuis les temps immémoriaux. En effet, une grande partie de leurs territoires et par extension leurs populations faisaient partie de tous les empires qui se sont succédé en Afrique de l’Ouest, notamment ceux du Songhay, du Kanem Borno et les Etats Haoussa entre autres. Ce sont les mêmes populations qui parlent les mêmes langues, possèdent les mêmes cultures et pratiquent les mêmes religions le long d’une frontière de 1500 km couvrant les régions de Dosso, Tahoua, Maradi, Zinder et Diffa au Niger et les Etats de Birnin Kebbi, Zamfara, Sokoto, Katsina, Jigawa, Yobe et Borno en République Fédérale du Nigéria», a-t-il précisé.

La Convention portant création de la Commission mixte Nigéro- Nigériane a été signée par les deux pays le 3 Mars 1971 ici même à Niamey. Le but et le rôle de celle-ci sont définis aux articles 2, 3 et 4 libellés dans la Convention. L’article 2 stipule que la Commission Mixte Nigéro-Nigériane de Coopération a compétence générale et exclusive pour rechercher dans tous les domaines les moyens de coordonner et d’harmoniser l’économie des deux pays dans le but d’accroître et de rendre plus efficace leur coopération. Et suivant l’article 3, la Commission mixte propose notamment aux deux Gouvernements les mesures à prendre et les projets à réaliser, en vue de la création progressive d’une coopération rationnelle, harmonieuse et équilibrée, susceptible d’assurer le développement maximum des deux pays dans les délais les meilleurs et aux moindres coûts. Quant à l’article 4, il stipule que la Commission est chargée entre autres de tenir les parties contractantes régulièrement et pleinement au courant de ses activités.

Plusieurs réalisations ont été faites dans le cadre de la mise en œuvre des accords de coopération entre le Niger et le Nigéria. «Durant ses 51 ans d’existence, la Commission Mixte Nigéro-Nigériane de Coopération a permis d’élargir et de consolider la coopération entre les deux pays dans tous les domaines de l’activité humaine. Aujourd’hui, le travail de la Commission va au-delà du cadre de simples relations économiques et touche de surcroît d’autres secteurs tels que la santé, la sécurité, l’énergie électrique, la communication, la lutte contre la désertification, la lutte contre le crime, l’éducation, les eaux partagées et tant d’autres volets transfrontaliers», a indiqué le Secrétaire permanent. M. Adamou Namata a ajouté que l’Accord de Fourniture d’électricité à partir du Barrage de Kainji (Nigéria) a été conclu sur la base des dispositions de la Convention portant création de la Commission Mixte Nigéro-Nigériane de Coopération en janvier 1972. Cet accord a fait l’objet de deux (2) renouvellements successifs pour une durée de vingt (20) ans.

Concernant les infrastructures routières, le Secrétaire permanent a souligné que des kilomètres de routes bitumées et latéritiques ont été construites tantôt sur financement du Nigéria tantôt sur financement conjoint avec l’Etat nigérien. «Ces routes, à l’exception de la route Takiéta-Kongolam, ont été bitumées par le Nigéria pour les relier aux routes bitumées du Niger. La route Takiéta-Kongolam a été financée par la Coopération Internationale en l’occurrence le Fonds Régional de Coopération ACP/CEE (Fonds Européen de Développement)», a-t-il déclaré. Présentement, la Commission a, selon M. Namata, identifié 52 autres routes secondaires de proximité et est en train de négocier avec les Bailleurs de Fonds Internationaux et les partenaires au développement pour leur financement.

Sur la question du réseau ferroviaire, le Niger et le Nigéria sont en train de collaborer pour développer les voies ferroviaires entre les deux pays. A cet effet, trois projets de voies ferroviaires sont en train d’être étudiés. Il s’agit, selon le Secrétaire permanent des axes Kaura Namoda-Sokoto-Birni N’Konni-Dosso ; Kano-Magaria-Zinder et Kano-Katsina-Jibiya-Maradi. Concernant l’aviation civile, M. Namata a aussi rappelé que les deux pays ont signé un accord, depuis 2002, un protocole d’accord en 2016. Aussi, deux autres protocoles de coopération ont été finalisés par les deux parties à Niamey le jeudi 10 Mars 2022. «Un vol inaugural Abuja-Niamey-Abuja a été effectué par la compagnie aérienne Air Peace, le 11 Mars 2022. Une autre compagnie aérienne Overland qui avait déjà effectué depuis 2017 son premier vol sur Niamey est sur le point de reprendre son exploitation dans le courant de l’année 2022», a-t-il précisé.

Nécessité de promouvoir les réseaux de communication pour une meilleure intégration entre les deux pays

Dans le domaine portuaire, les ports du Nigeria ont été rénovés pour attirer les opérateurs économiques du Niger. En outre, un traitement particulier (des concessions) est prévu pour les opérateurs économiques du Niger même si ces derniers n’ont pas encore répondu. Sur la question des télécommunications, le Secrétaire permanent de la Commission mixte Nigéro-Nigériane a noté que la concrétisation d’une quelconque intégration économique ne sera possible sans la promotion d’un réseau de communication entre les deux pays. C’est la raison qui a ainsi poussé les deux Gouvernements à mettre en place dans les années 80 plusieurs réseaux. «Par ailleurs, il est important de mentionner que le projet d’Accord de coordination de fréquences radioélectriques dans les zones transfrontalières entre le Niger et le Nigeria a été finalisé par les deux parties. La signature de cet accord prévue prochainement s’inscrit dans le cadre de la lutte contre l’insécurité à laquelle les deux pays sont confrontés», a-t-il estimé.

 

Dans le secteur du développement rural, le SP de la Commission a déclaré que l’une des ressources partagées par les deux pays et dont il faut se préoccuper sérieusement compte tenu de son impact sur le développement rural et l’environnement est sans nul doute l’eau. M. Adamou Namata a cité plusieurs réalisations dans ce secteur. «Depuis 1990, la Commission a élaboré un programme de lutte contre la désertification qui couvre tout le long de la frontière nigéro-nigériane», a-t-il rappelé. Le SP a aussi évoqué d’autres points d’intérêts pour les deux pays comme le Projet de Gestion Intégrée des Ecosystèmes dans la région transfrontalière entre le Niger et le Nigéria, la lutte contre les ennemis de culture, l’Elevage, la santé, la sécurité transfrontalière, etc.

 Concernant le commerce et l’industrie, M. Namata a noté que le Niger et le Nigéria ont une longue et vieille tradition dans le domaine des échanges commerciaux. Pour faciliter ces échanges, plusieurs dispositions ont été prises en vue de la libre circulation des personnes et des biens tels que l’Accord en matière de Transports Routiers et l’Accord Aérien Bilatéral. «Ces textes ont pour vocation de permettre aux hommes d’affaires du Niger d’utiliser les ports du Nigéria pour leurs importations du fait que le Niger est un pays sans littoral. Il est aussi important de mettre en exergue les Accords en matière de Commerce et le Protocole d’Accord de Coopération entre les Chambres Consulaires de Commerce (la CCAIAN et la  NACCIMA) qui permettent aux opérateurs économiques des deux pays de faire en toute liberté leur commerce et de s’installer dans l’un ou l’autre des deux pays», a-t-il souligné.

Toutefois, le SP de la Commission mixte a relevé les principaux défis et contraintes qui se posent à la Commission. Il s’agit notamment du retard dans le paiement des contributions financières par les deux pays. Cette situation perturbe sérieusement le fonctionnement de la Commission et la mise en œuvre de son programme d’activités. Elle entrave l’exécution des projets et programmes initiés par le Secrétariat permanent et induit un retard dans la mise en œuvre régulière des recommandations et décisions des Conseils des Ministres par les départements ministériels et structures concernés des deux pays.

Sur les perspectives, M. Namata a souligné que la Commission Mixte espère consolider ses acquis et poursuivre sa marche vers la réalisation de ses objectifs. Elle compte notamment promouvoir une plus grande participation du secteur privé dans ses activités conformément à la tendance actuelle dans le monde. A cet effet, la Commission a redynamisé la tenue régulière des réunions et la collaboration entre les chambres de commerce des deux pays. Ce qui a abouti à la création de la Chambre Consulaire Nigéro-Nigériane dont le siège se trouve à Kano, la création d’un climat des affaires favorable pour les investisseurs locaux et étrangers afin de participer aux activités économiques des deux pays.

A cet égard, le Secrétariat en collaboration avec les experts des deux pays s’active sur les dossiers importants de l’heure. Il s’agit selon M. Namata de la création d’entrepôts à Birnin Konni et Dan Issa au Niger ainsi que des centres de collectes à Illela et à Jibiya au Nigeria ; la formalisation des marchés frontaliers, le développement de groupes d’industries et l’ouverture de ports secs et de zones franches le long de la frontière commune. Il ya aussi la recherche de sources alternatives de financement de la Commission Mixte y compris la réactivation du Fonds de Développement, le plaidoyer en vue de la mise en œuvre effective de la clause de la ‘‘Nation la plus favorisée’’ et d’autres dispositions contenues dans l’Accord Commercial ainsi que l’Accord de Promotion et de Protection des Investissements signé à Niamey le 25 janvier 2002 par les deux pays, la création d’un environnement propice pour la convertibilité du franc CFA et la naira sans porter préjudice au projet relatif à une monnaie commune de la CEDEAO et l’installation des succursales des banques nigérianes au Niger comme convenu lors d’une rencontre au sommet le 6 juin 2015 à Niamey.

 Mahamadou Diallo(onep)

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