Etat de la nation face à la violence terroriste Le ‘’pouvoirisme’’ jubilatoire incommode de Bazoum

Le Niger vit des heures difficiles. Certaines parties du pays, notamment dans la région de Tillabéri, sont presque tombées dans les mains des terroristes, rendant du coup caduc le discours selon lequel, les terroristes n’auraient pas pris place dans le pays pour en contrôler des parties. Ils viennent dans les marchés au vu et au su de tout le monde, font leurs affaires quand ils ne violentent pas les habitants et retournent dans leur tanière. Des écoles sont fermées, les enseignants, les élèves et souvent les familles sont partis, signant ainsi l’absence de l’Etat autour de ces entités abandonnées. On ne reconnaît plus le Niger. Pire, on ne reconnaît plus les Nigériens, plus que jamais fatalistes à croire que par des prières seules, Dieu pouvait les aimer seuls, pour les épargner de ces drames qu’ils vivent pourtant au quotidien et qui font de leurs terres désertées, des coins d’enfer que ne peuvent détecter la géolocalisation pour intervenir chaque fois que de besoin et surtout quand, par les médias sociaux, l’opinion est régulièrement informée «d’attaques en cours», ici ou là.

Une certaine accalmie qui pouvait être la trêve accordée au nouveau pouvoir pour faire libérer certains de ses leaders qui croupissent dans les geôles du régime et avec lesquels, apprend-on plus tard, Bazoum Mohamed prenait langue, dialoguait, avait trompé le nouveau pouvoir sur ce qu’il considérait comme des succès rapides sur la nébuleuse. En effet, depuis quelques jours, tout revient avec force : les tueries, les trafics d’armes et de drogues découverts. Rien ne va plus dans le pays. Nous sommes dans une jungle. Mais tant que la capitale pouvait être épargnée, l’on fait semblant dans le pays ne rien entendre, de ne rien voir. La dernière semaine a été particulièrement sanglante avec des véhicules interceptés et brûlés, des voyageurs tués cyniquement. Faut-il désormais avoir peur de voyager, notamment entre le Burkina et le Niger ? En tout cas une des compagnies qui en était victime la semaine dernière, a annoncé qu’elle arrête ses activités sur cet axe. Et l’étau se resserre contre nous. Et nous nous taisons tous. Par lâcheté. C’est dans la même semaine que revenait le président nigérien d’un voyage d’affaire qui l’a conduit en Turquie pour rendre visite aux marchands d’armes de ce pays faire des choix, sous les conseils avisés de spécialistes du domaine qui l’accompagnaient dans cette missioncharme. Sitôt revenu du shoping, sans s’accorder un repos mérité, le lendemain, il partit à l’école normale de Niamey pour un exerce qu’il affectionne, – son métier d’enseignant oblige – le discours, la logorrhée verbale fastidieuse de la part d’un président attendu mieux sur l’action que sur le verbe oiseux, rébarbatif. Il parla beaucoup ce jour devant un public conquis et il fit entendre tout ce qu’il veut comme bien pour l’école nigérienne. On avait écouté mais on aimait plus les actes que des paroles. Mais, lui préfère les paroles. Peut-être qu’il n’a que des paroles pour les Nigériens et pour leur école. On voit d’ailleurs à quel point il se sent à l’aise dans cet exercice pour lequel, si tant est qu’il est élu, les Nigériens ne l’aurait pas fait roi. Le peuple, lui, préfère du pragmatisme. Du concret. Un an déjà perdu à spéculer, à bavarder, à parler, les actions mettant du temps à venir. Peutêtre qu’elles ne viendront jamais. L’homme, poussé dans un piège, apprend-on, manque de tout : de compétences et surtout d’argent frais. On a tout raclé avant qu’il ne s’installe dans le désert qu’on lui a confectionné pour y siéger comme roi-protecteur du souverain congédié.

Devant ceux qu’on invitait pour son show, le président jubilait d’avoir des ambitions pour l’école, donnant l’impression de connaître bien le sujet, et sans doute, parce qu’il viendrait de là. Alors que des drames s’abattaient sur le pays, les Nigériens ne pouvaient que déplorer l’inconvenance de cette activité qui n’a d’intérêt que de ressasser les mêmes rengaines, les mêmes professions de foi, souvent les mêmes utopies. Chez le Philosophe-président, l’on peut lire une fougue du pouvoir qui contraste avec le climat d’un pays marqué par la violence et le deuil. Et c’est d’autant choquant que parlant de l’école, il ne puisse profiter de cette tribune, pour évoquer les larmes que des Nigériens avaient encore sur leurs visages amaigris par le désespoir et l’appréhension face à l’incertitude des lendemains. A Méhana, Téra, Pételkoli, dans l’Anzourou, dans la région de Diffa, la violence refait surface avec des enlèvements et la barbarie des tueries. Le pays va mal. Il va très mal.

Et c’est sérieux.

Il y a franchement à prendre au sérieux le problème. Faire semblant que tout va bien, dans un tel contexte, est un crime. Il y a urgence à s’arrêter un moment et à se regarder, à regarder de près la situation. Tout se détériore et tout semble s’écrouler sous les pieds d’un président qui a un devoir de résultat pour croire que la bonne parole et les belles intentions peuvent le dédouaner des critiques de ses concitoyens.

Faire croire qu’on veut instaurer un dialogue et faire courir la rumeur selon laquelle d’autres Nigériens pourraient rejoindre la mangeoire, c’est de l’hypocrisie, de la fuite de responsabilité car le problème du Niger n’est pas de faire manger avec le système d’autres Nigériens qui en avaient été systématiquement éloignés, mais de trouver une réponse urgente, nécessaire et sincère pour refonder la cohésion nationale, toute chose qui ne peut être possible que lorsque, taisant les rancoeurs, les Nigériens accepterons de se parler, de se pardonner. Or, en l’état actuel des choses, on en est loin, très loin : tellement nous avons appris à nous détester. Avoir ce qu’on appelle les grands partis pour occuper les bouches qui parlent et qui trouvent enfin à manger n’est pas une solution, fut-il lorsque ce sont les plus grands partis qui seraient invités à renoncer à leur combat et à s’agripper autour du régal socialiste. La question est profonde : il s’agit de ne pas trahir les aspirations d’un peuple. Quelques individus qui trouveront à manger avec «l’ennemi» ne régleront pas le problème, mais peut-être qu’ils règleront leurs problèmes.

Bazoum Mohamed doit revenir les pieds sur terre pour que le confort des voyages et du palais ne lui fasse pas oublier la terrible vie qui se vit dans le pays. Les Nigériens s’impatientent de ne voir venir aucun changement. La logique de la continuité, et notamment de la prédominance du mal, triomphe sur tout. Bazoum est l’otage de son système. Il doit lui plaire, et à ses risques et périls, lui être soumis pour espérer survivre à son élection controversée. Le pouvoir est terrible…

Aucune politique ne peut être possible tant que la sécurité ne revient pas, tant que la paix ne reviendra pas et c’est d’autant inquiétant que les Nigériens l’ont entendu dire que «le terrorisme n’est pas éradiquable». Est-ce donc à dire qu’avec lui, l’on saurait s’attendre à mieux du point de voir de notre sécurité commune ? Aujourd’hui, le seul combat qui vaille pour ce pays menacé dans son intégrité est celui de la sécurité. Il nous faut posséder notre pays, et booster hors du pays ces hors la loi, ces hommes qui tuent sans discernement, car des populations, en tout cas dans la région de Tillabéri, ne croient plus ; elles ne croient plus à la capacité de l’Etat de les protéger, à leur donner espoir, l’espoir que tout changera. On apprend sur les réseaux sociaux que les terroristes se mêlent des populations, apprennent à cohabiter avec elles, et cela n’est pas un signe rassurant, ni pour faciliter le combat contre le terrorisme, ni même pour l’Etat de reprendre là sa place quand de nouveaux seigneurs arrivent pour lui ravir sa place, semant la terreur et la désolation.

La situation est critique et Bazoum doit enfin ouvrir les yeux. Le peuple du Niger ne peut pas vivre de rumeurs, de rumeur de paix et de victoire, de rumeur de dialogue et de ralliements de grands partis. Le Niger a bien plus besoin que de cela. Il a besoin de tous ses enfants et que personne, pour l’essentiel de ce que l’urgence des moments impose, ne soit laissé sur les bords de la route. On ne trompe pas l’histoire et il passe non pas selon les convenances et les choix des mortels, selon ce qu’ils pourraient dessiner et prévoir mais selon des forces incontrôlables qui finissent par triompher sur les événements. La philosophie de l’Histoire nous l’apprend, et mieux qu’un autre, c’est Bazoum lui-même qui le sait. Sans doute que lui croit à la philosophie.

C’est pourquoi, tant que ce n’est pas pour du sérieux, il ne sert à rien d’appeler d’autres à venir mettre la main à la gamelle pour trahir un peuple et son combat. La profondeur du malaise nigérien commande chez chaque Nigérien de se surpasser, de s’élever, de vouloir le bien, pas que pour lui, mais pour le pays qui risque de s’effondrer, par nos appétits immodérés et nos extrémismes. Chacun doit refuser de s’inscrire dans la combine, dans le complot contre le peuple et ses intérêts. Dans la lâcheté surtout.

Doubara, le parti de Salou Djibo, l’a compris et pour mettre fin aux supputations des grands géomanciens politiques, il coupe court au débat par un communiqué rendu public : Doubara, indépendamment du candidat qu’il a soutenu, a fait un choix pour le Niger et seulement pour le Niger et il l’assume. Un homme, et un vrai, a besoin de défendre, audelà de ce qu’on met dans une bouche insatiable, une dignité, un honneur. Il est dommage que dans notre démocratie, la politique ait rendu tout vénal ; tout ayant un prix, son prix.

Doubara, a donc fait le choix de la dignité. Et cela manque de nos jours sur la planète de la politique dans ce pays qu’on appelle le Niger et qui semble avoir oublié les valeurs qui sous-tendent le socle de sa fondation.

Regarder le Niger. Et le Niger seulement. C’est désormais, le seul mot d’ordre qui vaille.

AI

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