Insécurités intercommunautaires : Sauvegarde de la cohésion sociale

 En principe et selon certaines interprétations des préceptes religieux, le châtiment par le feu est réservé uniquement à Allah, le créateur du monde et de tout ce qu’il renferme. Dans la tradition Arabe, l’immolation est aussi une pratique ultime qui engendre des conséquences énormes dans la société où elle intervient ; c’est ce qui expliquerait les événements qui ont secoué certains pays du Nord de l’Afrique, au point où on a parlé d’un sombre printemps Arabe. C’est dire que dans notre société en majorité peuplée de musulmans, on n’utilise pas le feu pour châtier même un animal à plus forte raison un être humain. Pourquoi alors les Djihadistes qui disent mener un djihad utilisent-ils cette pratique sur de simples innocents ? Deux événements d’une rare horreur se sont produits en l’espace de deux semaines sur le tronçon Dori- Téra. Le premier avait vu un bus être pulvérisé par un engin explosif, déchiquetant et carbonisant des passagers. Le second qui est intervenu le mercredi dernier était plus horrible que le premier. En effet, un bus d’une de nos compagnies qui empruntait ce tronçon au retour de Ouagadougou avait été intercepté par ces soi-disant Djihadistes. Ils ont non seulement abattu froidement et sauvagement des passagers mais ils ont aussi mis le feu au bus ; des corps calcinés avaient été retrouvés sur le lieu de l’horreur. D’innocents voyageurs qui rentraient au pays dont le destin a été sauvagement court-circuité par une bande de terroristes qui sévissent on ne sait plus pour quelle cause. Aujourd’hui, toute la zone des trois frontières est infestée de ces individus sans foi ni loi qui sèment de véritables drames parmi la population. Tant au Mali, au Burkina qu’au Niger, ces assassins assoiffés de sang s’attaquent cette fois-ci aux civils qui ne savent plus ce qui leur tombe sur la tête ni à quel saint se vouer. Ils n’épargnent ces derniers temps personne ; femmes, enfants, vieillards, musulmans ou pas, tous y passent. Là où l’énigme se corse et devient incompréhensible c’est justement cet amalgame de victimes. En effet si tel est que les Djihadistes agissent au nom de l’Islam, pourquoi alors s’attaquer à des gens de cette profession religieuse ? Le plus souvent, les attaques sont dirigées sur les mosquées, contre des musulmans en plein culte. Et, dans la plupart des temps, les deux premières victimes sont très représentatives : l’Imam de la mosquée et le chef du village, qui sont tous des musulmans. Ciel ! Pour quelle raison continuent-on à enregistrer des individus qui adhèrent encore aux prétendus idéaux poursuivis par ces assassins ? Des responsables d’associations, des leaders d’opinion et mêmes des politiques se prononcent souvent en avocat de diable pour défendre la cause de ces personnes. Ce genre de comportement doit s’arrêter ; les autorités à tous les niveaux doivent prendre leur responsabilité et châtier toute personne qui témoignerait d’une telle indélicatesse ! Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur quelque canal de communication, tout individu qui se trouverait dans une telle situation doit être interpellé et considéré comme un complice potentiel de ces criminels.

Ceci dit, les derniers événements dont nous évoquons tantôt suscitent une grande et large indignation au sein de l’opinion publique. Le coeur et l’esprit déjà meurtris par la gestion à l’à peu près d’un quotidien devenu subitement et hypocritement excessivement cher, se retrouvent confrontés à cette autre réalité qui empoisonne l’existence de tout citoyen sérieux. L’indignation et le rasle- bol se lisent sur tous les visages. Et quand on entreprend de parler de ces tragédies, les paroles se muent en insultes et en sentiment de révolte. Le discours est tendu, orienté et dirigé contre des groupes singuliers que la population a fini d’identifier et d’indexer. Voilà où ces violences gratuites sont aujourd’hui en train de nous mener tout droit. Tant au Burkina, au Mali qu’au Niger, on a fini d’indexer une communauté précise et le mal prend de plus en plus d’ampleur. Ne nous voilons pas la face en adoptant la politique de l’autruche jusqu’au moment où les choses s’empirent et deviennent incontrôlable. D’ores et déjà, dans la région de Tahoua, un affrontement a mis aux prises deux communautés qui cohabitaient de longue date. Un embrasement général est à craindre si jamais on ne prend garde. Plusieurs cas en Afrique doivent nous interpeller. Surtout, les autorités doivent prendre leurs responsabilités pour s’adresser sans détours aux responsables coutumiers et aux leaders d’opinions de certaines communautés. Un langage franc et honnête doit être mis en oeuvre.

Comme on le sait, ceux qui sévissent ont certes été indexés comme appartenant à telle ou telle communauté. Cependant, ces individus assoiffés de sang ne sont en rien représentatifs de la communauté dont ils sont issus. En effet, à la date d’aujourd’hui, aucun regroupement officiel et significatif d’une communauté quelconque n’a été enregistré. De plus, les groupes qui agissent ne sont jamais prononcés au nom d’une communauté précise. On assiste certes à des dérapages sur des réseaux sociaux où souvent des individus n’ayant aucun lien avec la communauté en question s’agitent à proférer des inepties qui assènent de rudes coups à la cohésion sociale et à l’unité nationale. Du reste, ces individus ont d’autres desseins et tant les autorités que les populations ont fini par cerner la réalité de leurs actes. Pour la plupart d’ailleurs, ces gens sont absents du Niger et ignorent la réalité de la cohabitation des populations au Niger. C’est dire que les populations sont loin d’accorder un quelconque crédits à leur verbiage déstabilisateur. Cependant, il faudrait que l’on soit attentifs et vigilants car nous ne sommes pas les plus aimés par Dieu. De plus, ce qui est arrivé sous d’autres cieux a justement débuté par ce genre d’atermoiements. Avec l’ampleur tragique que prennent les attaques des terroristes, on a vite fait de s’identifier ou aux victimes ou aux tortionnaires. La nature humaine est faite aussi de ces travers inhérents à sa personne ; il y a une forme de solidarité souvent maladive qui naît des situations les plus improbables. C’est très certainement elle qui serait à la base des affrontements communautaires annoncés dans la région de Tahoua.

Après tout ce qui suit, pour l’heure, la préoccupation tourne autour de la recherche de solutions appropriées. Ces solutions ont heureusement un socle en béton sur lequel elles doivent reposer ; il s’agit de notre héritage social en matière de cohabitation entre les communautés qui sont pour la plupart liées par une interdépendance devenue naturelle. En effet, à bien y regarder aucune de nos communautés ne peut se prévaloir de se suffire à elle-même sans quelque apport de l’autre. En milieu rural notamment, c’est cette interdépendance qui assure la survie même des populations. C’est le cas par exemple des deux communautés sédentaires et nomades : ceux qui tirent leurs revenus de la terre et ceux dont les revenus proviennent de l’élevage. Les deux communautés citées constituent l’essentiel de la population de notre pays. Entre ces communautés, il existe depuis de très longues dates des liens séculaires d’échanges et de troc qui leur permet de gérer leur quotidien ; aucune ne peut se limiter à la consommation des seuls produits de son activité. En milieu rural notamment, l’éleveur ne saurait prétendre vivre de lait et de viande ; tout comme le sédentaire ne saurait vivre en autarcie sur ces céréales ou tubercules. Forcément, l’un doit prendre à l’autre son complément alimentaire. Dans un tel contexte, la saine cohabitation devient forcée et depuis des temps immémoriaux, les choses se passent ainsi. Alors, quel intérêt a un des deux groupes à semer le désordre dans cette communauté unie par des liens séculaires vitaux ? L’on doit comprendre tout simplement que le mal vient d’ailleurs. L’un des groupes se doit de ne pas céder à la tentation et au discours tordu qu’on lui sert sur la base d’un mouvement hypothétique qui n’a jamais eu droit de citer. On procède par déformation de l’Histoire pour trouver des liens forcés qui rattachent à une hypothétique identité. Ces rabatteurs sont d’un autre horizon qui n’a rien à avoir avec les communautés en présence. Où étaient-ils depuis toutes ces années où les communautés en présence vivaient en s’échangeant des produits de leur subsistance et en vivant dans la symbiose ? Alors éloignez- vous des affabulateurs et ne vous laissez pas infiltrés ; dénoncez toute tentative de récupération ou d’infiltration en faisant allégeance avec le diable.

Pour le second groupe, il suffit juste de faire preuve de discernement. A ce niveau aussi les uns et les autres doivent comprendre que le mal n’est pas parmi ceux avec qui on a cohabité et partagé des joies depuis de longues dates, où des fois il y a des liens de mariage entre ces communautés. On ne doit pas chercher à haïr systématiquement le voisin d’antan rien que sur la base de rumeurs ou de similitudes préconçues. On a longtemps cohabité sans grandes ambages avec l’arrière-grand père, avec le grand-père et avec le père. Pourquoi alors le fils deviendrait- il un problème ? Non ; comme on l’a dit, le mal vient d’ailleurs et faisons juste attention à l’intoxication, à la propagande et à l’infiltration. Toutes nos communautés gagneraient à adopter cette attitude de compréhension et de pardon qui nous éviterait des échauffourées meurtrières inutiles.

Amadou Madougou

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