27ème anniversaire de la Journée de la Concorde à Tchintabaraden : Etat des lieux de la cohésion sociale et perspectives face à la menace terroriste

Le Premier ministre, chef du gouvernement, M. Ouhoumoudou Mahamadou a participé, samedi 7 mai dernier, à Tchintabaraden (dans la région de Tahoua) aux festivités commémorant le 27ème anniversaire de la journée nationale de la Concorde. Célébrée chaque année à la date historique du 24 avril, l’édition 2022 a dû être reportée pour se tenir ainsi après le mois de Ramadan. Après la cérémonie solennelle d’ouverture, sous la présidence du Premier ministre, la Haute autorité à la consolidation de la paix (HACP) a organisé un forum sur la paix et la cohésion sociale.

Etaient notamment présents à Tchintabaraden le ministre d’Etat à la présidence, M. Rhissa Ag Boula, ainsi que plusieurs membres du gouvernement, la Représentante résidente de la CEDEAO, des chefs traditionnels et leaders religieux, des responsables des Forces de défense et de sécurité et plusieurs autres personnalités.

Le 24 avril 1995 rappelle le jour où le Gouvernement du Niger et les responsables des ex-combattants, regroupés au sein de l’organisation de la rébellion armée (ORA) et de la Coordination de la Résistance Armée (CRA), se sont retrouvés autour d’une table pour signer un accord historique pour une nation unie et prospère. Ce faisant, il y a d’abord une certaine volonté affichée des parties à respecter les engagements, et les quelques difficultés ou insuffisances qui ont apparu, ont été prises en compte par les accords additionnels, notamment celui de 2007 avec le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ).

C’est cette concorde nationale retrouvée, qui a été célébrée avec beaucoup d’éclat, et la participation des sensibilités communautaires de l’Azawagh aux festivités dans la paix, la joie et la fraternité. «Pour avoir fait l’expérience d’un conflit, nous avons compris que rien ne vaut la paix, la solidarité et le vivre ensemble. Rien ne vaut la concorde et la coexistence pacifique, qui sont autant de conditions nécessaires au développement économique et social de notre cher pays», a déclaré le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou. Aussi, le Chef du gouvernement a rappelé avec fierté, que «les Accords de paix ont ouvert la voie à la mise en œuvre de la décentralisation, qui est la voie idoine pour promouvoir un véritable développement local».

Ensuite, pour pérenniser les acquis d’une paix durable, le gouvernement a créé des institutions étatiques comme la Haute Autorité à la consolidation de la paix (HACP) et la Stratégie de sécurité et de développement dans les zones sahélo-sahariennes. Ces deux institutions importantes ont pour mission de conduire des investissements importants dans les zones fragiles affectées ou menacées par des tensions conflictuelles et d’organiser des forums, afin de renforcer le développement local. Stratégiques, elles ont le mérite d’élaborer et de mettre en œuvre diverses initiatives de stabilisation des zones fragiles, notamment les zones affectées par le conflit, en facilitant l’accès aux opportunités économiques et aux services sociaux de base aux populations concernées ; des services sociaux de base tels que les soins de santé primaire, l’éducation, l’accès à l’eau potable, la sécurité de proximité, la vaccination et les abreuvoirs pour le bétail, les produits de consommation courante, les pistes rurales pour désenclaver les villages-hameaux et campements, etc. «Ce sont autant des réalisations qui favorisent la résilience de la population et qui contribuent fortement à la préservation de la paix et à la cohésion sociale», a affirmé le Chef du gouvernement. Notons qu’à cette occasion, M. Ouhoumoudou Mahamadou a offert 200 tonnes de vivres aux populations de l’Azawagh.

Un investissement de plus de 25 milliards de FCFA annoncé pour «Renforcer la paix et la cohésion sociale»

A travers les structures étatiques et les partenaires au développement du Niger, le gouvernement s’active à apporter des réponses aux défis économiques que connaissent les régions du pays. Ces réponses sont structurelles, à l’exemple de celle liée à la transformation du monde rural. «Le gouvernement ne ménage aucun effort, pour mobiliser des financements, afin de mettre en œuvre des projets et programmes destinées aux populations nigériennes», a réaffirmé le Premier ministre. D’ores et déjà, un grand programme de développement intitulé ‘’Renforcer la paix et la cohésion sociale’’, découlant du programme intégral de «résilience et consolidation de la paix», une initiative locale suite à une précédente édition de la journée nationale de la concorde, est en voie d’élaboration selon le Premier ministre. «Financé par l’un de nos grands partenaires au développement, à savoir la coopération allemande, ce programme bénéficie déjà à ce stade, d’une formulation d’une enveloppe de 37,6 Millions d’euros, soit plus de 25 milliards de francs CFA. L’étude de faisabilité a démarré, et probablement, le programme connaitra son installation courant 2023», a annoncé M. Ouhoumoudou Mahamadou.

D’autres programmes de développement sont déjà en cours dans l’Azawagh, tels que le FICOD qui finance les Plans de développement communaux (PDC) des communes à travers des subventions annuelles ciblées, le Programme de promotion de l’Education (PPE) centré sur les infrastructures scolaires et l’emploi des jeunes. «La paix, la stabilité et le développement que nous voulons pour l’Azawagh, nous les voulons aussi pour l’ensemble de notre pays afin que le Niger reste et demeure cet ilot de paix et de prospérité, charnière entre le Maghreb et l’Afrique au Sud du Sahara», a lancé le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, avant de réaffirmer l’engagement du gouvernement et des forces de défenses et de sécurité à relever le défi.

Selon le gouverneur de la région de Tahoua, M. Issa Moussa, des avancées significatives ont été enregistrées, dans le cadre desdits accords. Il s’agit notamment: de la démobilisation et du désarmement des ex-combattants dont les succès a permis la tenue de la cérémonie de la flamme de la paix en septembre 2001 à Agadez ; de la réinsertion socio-économique des ex-combattants et la création d’emplois au profit des jeunes ; de la création des projets et programmes de développement dans les zones affectées par le conflit ; des activités génératrices de revenus ; de la mise en œuvre du programme de décentralisation. Le gouverneur de la région de Tahoua a ensuite souligné, la mise en place d’une Gouvernance inclusive dans notre pays, depuis 2011. «L’Etat a fait ici le choix du Dialogue et de la résolution pacifique du conflit et non celui de l’utilisation de la force dans un conflit interne à notre pays, même s’il ne représentait pas, en réalité, un défi militaire insurmontable», a précisé M. Issa Moussa.

Le pari de la 7ème République sur une gouvernance inclusive pour la consolidation de l’Unité Nationale, la paix et la cohésion sociale

«Les événements intervenus en Libye en 2011, ont permis de tester et d’attester la solidité de la gouvernance que les autorités de la 7ème République ont instituée au Niger, une gouvernance inclusive, tournée essentiellement vers la consolidation de l’unité nationale, la paix et la cohésion sociale. Une gouvernance qui implique et rassure toutes les composantes nationales au point qu’aucune d’entre elles ne peut se sentir marginalisée», a dit le gouverneur de Tahoua. Effectivement, ces mérites sont à souligner, parce que le Niger tient et n’a cédé aucune portion de son immense territoire face au phénomène terroriste qui enflamme la sous-région du Sahel. «Grace à la gouvernance inclusive imprimée par les autorités de la 7ème République, à l’engagement fort de tout le peuple Nigérien et grâce à Dieu, le Niger n’a pas cédé et ne cédera pas in cha Allah», dixit le gouverneur qui félicite les forces de défenses et de sécurité qui veillent nuit et jour pour garantir la sécurité des biens et des personnes ainsi que l’intégralité du territoire national.

M. Issa Moussa a lancé un appel particulièrement aux chefs traditionnels, afin de continuer à s’impliquer pour asseoir la sécurité et la paix, aux leaders religieux, de poursuivre les prières afin qu’Allah le Tout Puissant descende sa miséricorde sur notre pays.

L’Unité Nationale retrouvée en 1995 sous le Président Baré, consolidée en 2007 sous le Président Tandja, et renforcée aujourd’hui par la gouvernance inclusive de la 7ème République, se traduit par la résilience relative des Nigériens contre la résurgence de l’irrédentisme. Raison pour laquelle, les mouvements djihadistes n’ont jamais pu s’implanter dans notre pays, a expliqué le président de la Haute autorité à la consolidation de la paix, le Général Mahamadou Abou Tarka. Car, a-t-il dit, «c’est quand le mur se fissure que le margouillat s’engouffre dans les fentes», comme le dit un adage.

Cependant, des menaces sans doute plus sérieuses que celles des années 90, surgissent. «Les mouvements terroristes qui déstabilisent les régions de Diffa et de Tillabéri et dont l’action se fait sentir au nord-ouest de la régions de Tahoua (dans les départements de Tillia, Bagaroua et Tahoua) sont militairement plus redoutables que l’ancienne rébellion et leur discours idéologique empruntent ostensiblement à la rhétorique du Jihad international popularisé par les deux organisations mondiales les plus dangereuses à savoir Al Qaida et l’Etat Islamique», a indiqué le Général Abou Tarka. Le président de la HACP estime que le recours aux alliances ne saurait nous dispenser de redoubler nos efforts pour compter sur nos propres forces. Le Président de la République a l’habitude de le dire d’ailleurs, «ce que nous demandons à nos alliés c’est de nous fournir les équipements, de mieux former nos Forces Spéciales, mais c’est bien à nous, à nos Forces Armées, à nos Forces de Sécurité Intérieures, à nos administrations de faire le travail ; personne ne le fera à notre place quelles que soient la volonté et la sincérité de nos partenaires», a-t-il rappelé.

Main tendue aux «compatriotes égarés»

Pour la Haute autorité à la consolidation de paix, la lutte contre le terrorisme ne se résume pas seulement à une affaire militaire. Le Président de la République SE Mohamed Bazoum l’a expliqué lors de sa récente rencontre avec le Secrétaire général des Nations Unies, la majorité de jeunes qui rejoignent les groupes terroristes le font pour des raisons économiques. Il y’a, en effet, une véritable crise de la campagne avec la dégradation de l’environnement et la compétition pour les terres entre les communautés. Il faudrait alors combiner la sécurité et le développement, la réponse militaire et la réponse économique. Mais, «ces deux réponses ne peuvent à elles seules venir à bout de la crise (…). Nous devons trouver la force de tendre la main à nos compatriotes égarés. Nous l’avons fait à Diffa où plus de 500 ex combattants de Boko Haram, après un séjour à Goudoumaria, ont pu être réintégré dans leur communauté à la grande satisfaction de leurs parents», a souligné le président de la HACP. «Une des pistes de solution est d’engager le dialogue avec les leaders communautaires des terroristes identifiés. De les mettre du côté de l’Etat, et les aider à envoyer des messages à leurs enfants», a-t-il poursuivi.

D’ores et déjà, il y’a quelques mois, la Haute Autorité a organisé ici à Tchintabaraden, capitale de l’Azawagh où l’épée de guerre est enterrée (symbole monumental de la Concorde Nationale), un Forum consacré essentiellement à cette question. Ce forum avait écouté les plaintes de la communauté qui serait victime de stigmatisation et qui subissaient des agressions répétées notamment dans la région de Tillia. Les débats, lors du forum de la présente journée, ont permis de voir si la situation a évolué vers une meilleure cohabitation ou si elle s’est encore davantage dégradée. «Le souci du Président de la République et du Gouvernement est de renforcer notre cohésion pour faire face à l’ennemi extérieur», a précisé le Général Abou Tarka. Il est question donc de «sortir nos enfants des groupes terroristes».

En introdisant les débats, le président de la HACP a pu dresser un tableau de la situation et parler des efforts entrepris par le Comité de Réconciliation sous la houlette du Ministre de l’Intérieur pour arriver à une trêve avec les intéressés. Il a également parlé des perspectives et des limites de cet exercice. Le Forum a été, en effet, un moment d’échange franc et sincère, une tribune pour donner la parole aux autorités, aux élus locaux, aux administrateurs et aux chefs traditionnels pour aborder les préoccupations de l’heure. Les interventions se sont appesanties sur les perspectives de la paix au Niger et comment renforcer la cohésion, comment surmonter les tensions qui peuvent naitre des attaques, des meurtres et du pillage tels qu’on en a connu dans un passé récent dans la zone de Tillia.

Il noter qu’en marge des festivités de la célébration de cette 27ème édition de la Journée nationale de la Concorde, le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou a eu une série de rencontres à huis clos notamment avec les Chefs traditionnels et leaders communautaires, avec les autorités administratives et les élus locaux et avec les responsables des forces de défense et de sécurité.

Ismaël Chékaré, (onep) Envoyé spécial

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