Insécurité / Visite du président à Torodi et Makalondi : Que le populisme ne détourne pas du réalisme !

Le Niger, depuis une décennie, souffre d’une insécurité qui a éprouvé les populations, et impacté leurs activités, leur mobilité aussi, et l’économie régionale. La région de Diffa avait été la première partie du pays, du fait de la proximité de Boko Haram dont elle était proche géographiquement, à être touchée et pendant des années douloureuses, la région a été perturbée dans sa quiétude séculaire avec des hommes tués, des villages pillés et incendiés, et par la fin, abandonnés. Ce fut l’enfer. Et Diffa s’en souviendra longtemps. Le Niger aussi.

Mais peu à peu, la station se stabilise dans la région, même si la paix qui y règne aujourd’hui reste précaire, ne pouvant pas permettre de crier au triomphalisme car tout peut, à tout moment basculer dans la zone, où pour autant, la nébuleuse n’est pas totalement éteinte. Dans certaines autres régions du pays, notamment Tahoua, Agadez, Maradi, Dosso, l’on note quelques foyers d’agression qui montrent que c’est, en réalité, tout le pays qui est menacé. Mais, depuis plus de quatre ans, plus qu’une autre région, c’est celle de Tillabéri qui est de loin la plus affectée, tant par la récurrence des agressions que par la géographie des attaques qui s’y perpétuent. Et, il n’y a aucun département de la région qui soit épargnée si bien que l’Etat d’urgence s’y est décrété partout sur le territoire régional même si les départements ne sont pas affectés au même degré. Du Zarmaganda, à la zone d’Ayorou, en passant par le Gorouol, Téra, Gothèye, Torodi et Say, la psychose s’est d’autant renforcée que les populations, sommées de partir par injonction de ceux qui seraient des terroristes, avaient été obligées de partir pour se mettre à l’abri, loin de leurs terres et de leurs maisons, loin de leurs rêves et de leurs espoirs. Les derniers déplacements ont lieu dans les départements de Gothèye et de Torodi avec de nombreuses familles, sinon de nombreux villages qui ont tout abandonné pour s’exiler à l’intérieur de leur département, laissant tout derrière eux.

Qui n’a pas entendu, par les médias privés et les réseaux sociaux le cri de coeur de ces populations que rien ne rassure à rester alors que venait une des saisons les plus productives, la saison pluvieuse qui leur permet, malgré les aléas climatiques, de produire une part importante de leur subsistance. C’est des hommes, des femmes et des enfants désemparés, errant, qui ne savent plus où mettre de la tête, tant ils ne peuvent plus voir près d’eux l’Etat-protecteur. L’instinct de survie les poussait à partir, à se protéger de cette horde de tueurs dont on ne comprend rien à sa guerre. Ont-ils des revendications religieuses ou politiques ? Personne ne le sait : ils tuent. Sans discernement. C’est le Niger que le PNDS, en onze années de gouvernance, a produit et pourtant, il en reste encore, à les chanter, à les porter, à les adorer ? Peut-on être si masochiste ? Terrible peuple du Niger… Mais les consciences, même lentement, sont en train de mûrir.

Dans la région de Tillabéri, les fronts sont nombreux et personne ne saurait dire, quand tout cela finira. L’on se demande même si la président Bazoum, malgré tout le volontarisme dont il fait montre, a aujourd’hui une maitrise de la situation. L’on ne peut qu’avoir pitié de l’homme à se débattre dans le piège où le poussait son prédécesseur qui pouvait avoir la ruse de le sacrifier. Ses drones commandés, peuvent-ils aider à remonter la pente dans un pays qui se perd peu à peu aux mains d’un socialisme incapable ? Le pays, depuis la colonisation, n’a jamais connu des telles tragédies et on veut qu’on célèbre Issoufou comme le plus grand héros, lui qui n’a pas su protéger le peuple du Niger !

Le vendredi dernier, comme il le fit à son entrée en fonction pour montrer à quel point la situation sécuritaire le préoccupe, Bazoum Mohamed s’est rendu à Torodi pour rencontrer les populations déplacées, abandonnées aux intempéries de cette saison de pluies commençante dans laquelle ils manquent de tout, jusqu’aux abris. Et dire qu’il y a des enfants, de vieilles personnes dans le désordre humain !

Il n’y a pourtant pas longtemps qu’Antonio Guterres, le Secrétaire Général des Nations-Unies quittait le Niger, prenant la mesure de toute la situation humanitaire et sécuritaire qui se vit dans le pays, repartant le coeur gros de douleur pour dire qu’il fera un plaidoyer en faveur de populations nigériennes durement éprouvées par le terrorisme ambiant. Et c’est après lui, que la situation s’est davantage aggravée, avec d’autres villages nombreux qui ont dû quitter pour s’exiler. OCHA alertait d’ailleurs sur la situation préoccupante dans la région. Mais à Niamey on dort bien et tranquille si bien qu’on ne peut imaginer le calvaire que vivent d’autres Nigériens dont le malheur peut, peut-être, encore servir à enrichir d’autres individus sans scrupule.
Quand il va avec une armada de soldats qui prennent d’assaut toute la brousse de Torodi pour le protéger, lui et sa délégation, c’est qu’il sait bien que cette zone, potentiellement, est dangereuse et pourrait ainsi comprendre, le courage de ces populations, qui ne savent plus où partir, rester à quelques encablures de la zone de violence, ne voulant pas trop s’éloigner de leurs terres dont elles ont peur que quelqu’un ne veuille les occuper, on ne sait pour quelle exploitation. Issoufou Mahamadou, en dix années, n’eut jamais un tel courage, tant pour aller sur le front pour rencontrer les soldats afin de leur remonter le moral, ou pour aller rencontrer des populations que les affres de l’insécurité ont contraintes à partir loin de chez elles. Comment ne pas saluer le geste humain, et sans doute aussi humaniste, de cet autre socialiste, qui peut se déplacer, dans la conscience du désarroi des populations, pour aller à la rencontre des déplacés internes afin de leur apporter un réconfort moral dans la situation qu’ils traversent ? Le seul fait pour ces populations de voir devant elles celui qui se réclame président du pays, est un symbole fort car après tout, avant un autre, c’est lui qui incarne l’Etat.

Mais Bazoum est-il allé pour seulement parler ?

Depuis plus d’un an que Bazoum préside aux destinées du pays, l’on n’a entendu que des paroles, de bonnes paroles, les actes mettant encore du temps à se faire voir. Dans l’Anzourou, face au même problème des déplacés, il avait la même parole pour demander aux populations de repartir, faisant entendre qu’il a pris les mesures nécessaires pour leur assurer la sécurité. Cette première expérience, amères pour celles-là, ne lui donne pas trop de chance pour se faire entendre de populations qui ont appris à douter et notamment de sa « bonne » parole avec laquelle il est allé les abreuver ce vendredi saint. C’est pourquoi, quand il dit qu’il est « […] venu pour donner le coup d’envoi » du retour des déplacés, l’on ne saurait lire là, « les conditions de sécurité » qu’il dit avoir créées pour inviter les populations à repartir. Il y a bien plus à faire pour convaincre que la situation est sous contrôle et que l’armée quadrille la zone de manière visible de manière à les rassurer que des soldats protecteurs sont là, armés, vaillants et avec un moral fort pour faire face à la situation.

Les populations ont besoin de vivre, pas de vivres, même si elles peuvent se féliciter de toute l’aide matérielle qui leur a été apportée pour leur permettre de vivre un peu plus dignement. Bazoum entendra d’ailleurs, la méfiance de populations sceptiques quant à sa parole prêchée quand, celles-ci disent avoir souvent informé de la mobilité de groupes terroristes sans qu’elles ne voient de réactions pour les anéantir. Les populations qui savent toute la douleur de l’exil, disent vouloir retourner chez elles, mais pas à n’importe quel prix. Pour le moment, rien ne les convainc à partir et elles restent vigilantes, méfiantes. Et devant l’hôte, les populations ne se sont pas cachées pour le lui dire. C’est pourquoi elles diront que les vivrez reçus, c’est bien, mais pas suffisant à dissuader à repartir car elles ont plus besoin de retourner dans leurs villages pour travailler et pour apprendre à rire et à vivre, pour croire à la vie. Mais cela n’est possible que si, les autorités créent les conditions d’un retour en toute sécurité et pour toujours. Et Bazoum a beau être confiant quant à l’expertise de la hiérarchie de l’armée, les populations, elles, ne peuvent juger que sur pièce, hésitant à partir sans preuves que la donne a changé sur le terrain.

Il est donc important que Bazoum ait agi pour régler un problème national non par populisme pour faire plaisir à des militants de son camp qui, pour être de la région, pourraient grincer des dents, par rapport à une gestion de l’insécurité qui peine à donner des résultats dans la région. Sait-on combien sont-ils ces hommes qui, le soutenant, aujourd’hui du fait de l’insécurité, ne peuvent se rendre chez eux, et vivent avec la peur que demain, les leurs ne viennent les assaillir dans la ville alors même qu’ils n’ont ni l’espace ni les moyens d’accueillir la foule d’infortunés que l’insécurité pourrait pousser à leur porte ? Il a donc besoin plus de réalisme que de populisme pour gérer cette épineuse question qui pourrait s’aggraver avec la saison des pluies où, les pluies aidant, tout l’écosystème va se régénérer pour offrir à ces terroristes des bosquets-nids, touffus, pour se cacher et agir plus sournoisement contre les populations, dont certaines dans cette saison, par familles, s’installent et s’isolent dans les champs, quelquefois très loin des villages pour plusieurs mois. Il y a donc de quoi douter. C’est pourquoi, c’est peut-être aussi le temps pour lui de demander à ceux qui l’ont conseillé de tenir les assises du forum de Tillabéri, les résultats dudit forum sur la paix et la cohésion sociale car plusieurs semaines après la fameuse rencontre, la situation ne fait que se dégrader ainsi que le rapporte OCHA dans une de ses dernières notes. On va de mal en pis. Le socialisme est incapable.

Il n’y a plus qu’une seule vérité : le pays va mal et il urge de rassembler.

Par Waz-Za

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