Gestion pétrolière : Entre clientélisme politique et pratiques mafieuses !

Comme vous le savez, le Niger est confronté, ces derniers jours, à de grandes difficultés sur le plan énergétique, aussi bien en matière d’électricité que d’hydrocarbures, principalement le composant gasoil. En témoignent les longues files d’attente dans les quelques rares stations-services de la capitale et les interruptions intempestives de la fourniture en énergie électrique en cette période exceptionnelle de forte canicule où le mercure tutoie des sommets records, y compris dans le monde. Les causes de cette crise énergétique sont multiples et variées et sont la résultante d’une chaotique politique énergétique menée dans le pays, ces dernières années, difficiles à traiter dans le cadre étroit d’un article de presse. Ici, ce qui nous intéressera, c’est justement la façon désastreuse avec laquelle la question pétrolière a été traitée par le régime décadent de la renaissance d’Issoufou Mahamadou, durant une décennie et qui aura été un échec retentissant sur toute la ligne, en dépit d’énormes sommes investies dans le domaine pour rien, sauf à être capturées par la grosse mafia rose nichée dans toutes les sphères de l’Etat. L’actuel régime, celui de Mohamed Bazoum, n’est que l’exécuteur testamentaire des dernières volontés du ‘’grand baron rose’’, j’ai nommé Issoufou Mahamadou, dont le nom n’est jamais étranger à tout ce qui se passe aujourd’hui au Niger. Mais, pour mieux cerner les tenants et aboutissants de ce chaos énergétique actuel, il serait judicieux de faire un flash-back dans le passé pour découvrir toute la trame de la tragédie nationale en matière énergétique.

Le pétrole de la mafia rose : Entre clientélisme politique et pratiques mafieuses !

A lui seul, le pétrole nigérien, sous l’ère du régime de la renaissance, pourrait constituer le scandale du siècle au Niger, loin devant le fameux ‘’uranium gate’’d’un montant de plus de 200 milliards perpétré en entre 2011 et 2012, qui avait, à l’époque, provoqué un profond émoi au sein de l’opinion publique nationale et internationale. Jamais, la lumière ne sera faite sur ce gros scandale, noyé dans le principe général de l’impunité érigé en règle d’or de gouvernance par Issoufou Mahamadou et sa bande. Mais, ce scandale paraît bien minuscule au regard de celui qui aura émaillé la gestion de la production pétrolière pendant plus d’une décennie, dont l’impact sur le développement économique et social du pays demeure extrêmement risible pour ne pas dire nul. Pour mener cette entreprise mafieuse autour de la gestion de la question pétrolière, un ministère spécial avait été créé, dénommé Ministère du pétrole, suite à l’éclatement du Ministère des mines et de l’énergie, comme si le pétrole n’était pas une source d’énergie ! En réalité, l’idée n’était pas si mauvaise dans l’esprit de la mafia rose, car elle permettait à celle-ci de faire mains basses sur cette manne pétrolière en concédant le Ministère des mines et de l’énergie à quelques alliés politiques, dont notamment le Lumana/FA, entre 2011 et 2013, puis à l’ANDP/Zaman Lahiya par la suite. Et à la création, qui à la tête de ce ministère, si ce n’est un fidèle parmi les fidèles, Foumakoye Gado, et qui aujourd’hui l’occupe, si ce n’est encore le ‘’fiston de papa’’, Mahamane Sani Issoufou ? Vous comprendrez aisément que le Ministère du pétrole ne soit pas alors n’importe quel ministère, puisque c’est la chasse gardée de qui vous savez, suivez mon regard ! Ainsi, durant dix ans, ce fut l’opacité totale qui avait régné sur la gestion de l’or noir nigérien, entre le CNPC, producteur du brut, la SORAZ, pour le raffinage et la SONIDEP,pour la commercialisation. Pourtant, lorsqu’ils étaient à l’opposition, les Roses du Tarayya ne cessaient de railler le régime de Mamadou Tandja pour ce projet pétrolifère auquel ils ne croyaient guère et dont ils disaient, méchamment, qu’il ne déboucherait que sur de l’eau… Mais, cela n’avait point gêné Issoufou Mahamadou d’inaugurer, en grandes pompes, la raffinerie SORAZ, en 2011, qu’il estimait d’ailleurs surévaluée par les Chinois lors de la conclusion de la convention de partenariat entre l’Etat du Niger et l’empire du milieu. Toutefois, une fois au pouvoir, il avait vite abandonné cette considération pour se mettre dans le jeu chinois, après un voyage au pays de Mao, avec à la clé une baisse du taux concessionnel initial et un rééchelonnement des différés de payement. Pendant toute cette période, personne, en dehors des Chinois et de la mafia, ne pouvait savoir avec exactitude les quantités réelles de barils de pétrole produites au Niger, car les 20.000 barils officiellement annoncés pour le raffinage étaient simplement du pipo, et quant au brut, il était plus que le secret du sexe des anges. Durant tout le premier quinquennat d’Issoufou Mahamadou, la SONIDEP, dirigée à l’époque par Ousmane Idi Ango, aujourd’hui banni du parti rose, avait l’exclusivité de l’export du pétrole raffiné, et par conséquent, cela générait d’importantes ressources financières, en principe, pour l’Etat du Niger. Cependant, les arriérés de paiement à la SORAZ ne faisaient que s’accumuler au détriment de la société chinoise qui réclamait de plus en plus le respect scrupuleux par la SONIDEP des délais contractuels de paiement. Et devant l’incurie de la SONIDEP face au non-respect de ces échéances contractuelles, la SORAZ avait fini par exiger et obtenir 50% de l’export. Et même là, la situation ne s’était guère améliorée, dans la mesure où la mauvaise gestion de la SONIDEP allait de mal en pis. Et quant aux Chinois, s’apercevant sans doute du manque de sérieux de la part des autorités nigériennes, ils se mirent, à leur tour, à faire ce qu’ils voulaient, à octroyer aux employés chinois un traitement salarial disproportionné et autres privilèges, face à une main d’oeuvre locale réduite à l’état de prolétariat digne d’un roman d‘Emile Zola, sans aucun plan de carrière et en violation flagrante du Code de travail. Tenez, même en cas de grève du personnel nigérien, la production ne peut pas s’en ressentir, puisque l’essentiel du travail de raffinage est effectué par les techniciens chinois, et de surcroît, tous les appareils de production ont des notices rédigées uniquement en chinois, pas un seul mot en anglais, a fortiori en français ! C’est très certainement ce explique, aujourd’hui, la position dominante chinoise à la SORAZ, grandement favorisée par la complicité rose tissée par Issoufou Mahamadou et sa bande. Vous l’aurez sans doute remarqué, toute une mafia s’est constituée autour de cette exploitation pétrolière qui a vu des stations-services appartenant à des proches du régime pousser, à tout bout du pays, comme des champignons, en violation flagrante des règles et énormes de sécurité exigées en la matière. Aujourd’hui, face à la pénurie de gasoil, seules les stations-services appartenant aux proches du régime disposent encore dans leurs cuves du précieux liquide, ce qui y provoque de grosses bousculades de la part d’une clientèle désemparée.

Bazoum impuissant à rectifier le tir ?


Face à la crise du gasoil, dont les répercussions sont incalculables en termes économiques et sécuritaires (les gros porteurs de marchandises, les autobus de transport-voyageur et autres engins de terrain, ainsi que la plupart des véhicules des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) carburant au gasoil), le Gouvernement du Niger, via le Ministre du pétrole, a tenté, dans la plus grande précipitation, de trouver des boucs émissaires en la personne de deux cadres chinois de la SORAZ, respectivement le Directeur-adjoint de la production et le responsable de vente de cette société, sommés de quitter le territoire en quarante-huit heures ! Que l’on ne laisse guère abuser par cette mesurette, certes courageuse dans la forme, mais insignifiante dans le fond, qui n’était pas de l’initiative du Ministre du pétrole lui-même, mais provenant très certainement du président Bazoum en personne ! En réalité, le mal semble plus profond que ne le laisse apparaître la décision d’expulser ces deux pauvres responsables chinois, et quid de la Direction Générale de la SORAZ elle-même, de la SONIDEP chargée de la distribution des produits pétroliers, du Ministère du pétrole dans ce désastre national ou de tout ce puissant lobby national gravitant autour du pétrole ? Pourquoi ne pas demander un audit général sur les dix années passées autour de l’exploitation pétrolière afin de voir l’étendue des dégâts perpétrés par Issoufou Mahamadou et sa bande ? Le fait d’insister pour placer son fiston à la tête de ce ministère ne présumerait-il pas, en fin de compte, de l’intention de la part d’Issoufou Mahamadou de cacher quelque chose d’horrible qui se serait passé dans ce département ministériel, pendant une décennie entière ?Voilà, en fait, le gros défi que devrait relever le président Bazoum, si réellement, il était fermement décidé à trouver une solution juste et durable à la gestion du pétrole nigérien, et non se contenter juste de ces actions d’éclat qui apparaissent, au demeurant, comme de simples coups d’épée dans l’eau !

Sanda

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