Gestion de l’État : Bazoum Mohamed en serait-il incapable ?

Il a, aujourd’hui, un an et deux mois à la tête de l’État. Un temps suffisant pour rassurer ses compatriotes. Mais, Bazoum Mohamed a d’énormes peines à convaincre qu’il est plutôt un bon parti pour le Niger. « Le président fait du sur-place », note un observateur. Depuis qu’il a prêté serment, il fait beaucoup de discours, incapable d’avancer sur les chantiers qu’il a présentés comme étant son cheval de bataille. Pour de nombreux Nigériens, l’homme est dans la logique du « consolider pour avancer ». Il ne fait que tourner en rond, sans autre projet que d’inaugurer les chrysanthèmes. En un peu plus d’un an, il n’affiche aucune perspective en termes de projets, l’insécurité prend du terrain, la corruption et le gangstérisme d’État s’amplifient, sur fond d’impunité pour les auteurs, l’injustice est de plus en plus prononcée, divisant les Nigériens en deux catégories qui se regardent en chiens de faïence. Jusqu’à quand ? Le Président, lui, se contente du minimum en payant les salaires, chaque mois, à termes échus et à faire des actions de saupoudrage sans lendemain. Entre temps, le pays continue sa descente aux enfers. Les événements de cambriolage survenus récemment à la société nigérienne de pétrole (Sonidep), en plein audit, est un pas de plus vers une situation ingérable du pays. Aujourd’hui, le pays est totalement bloqué. Personne ne croit aux capacités, et peut-être même à la volonté, du Président Bazoum à apporter des réponses appropriées aux problèmes, lancinants, auxquels le pays est confronté. Tout est urgent et prioritaire si bien que le gouvernement semble totalement dépassé. « Ce gouvernement, on ne le sent qu’à travers les comptes-rendus hebdomadaires de ses réunions », indique un observateur. Au sein de l’opinion, la perception est catastrophique. Les Nigériens ont l’impression que chacun lutte pour sa chapelle, cherchant, comme il peut, à remplir sa besace avec les ressources de l’État à sa portée. Lorsque le scandale éclate, les auteurs se contentent de faire profil bas, le temps que les médias et les réseaux sociaux arrêtent d’en parler parce que focalisés sur de nouveaux dossiers. Bazoum Mohamed, lui, ne semble pas être perturbé outre mesure par les scandales financiers qui s’amplifient. Il s’est terré dans un silence qui le discrédite davantage. Son inertie est si prononcée que des voix de plus en plus nombreuses n’hésitent pas à l’accuser d’incapacité à diriger le pays. « C’est un laisseraller total », regrette un cadre d’un parti politique allié qui ajoute que le pays va à vau-l’eau et que, si rien n’est fait pour redresser la barre, il y a des risques que cela ne conduise à une situation ingérable.


Le Président Bazoum serait-il incapable d’assumer ses responsabilités de président de la République, chef de l’État ? La question est l’objet de débat jusque dans les cercles de certains partis alliés au Pnds. Pour un proche collaborateur du président d’un de ces partis, ils avaient des appréhensions quant aux capacités de l’intéressé à faire face à la situation, mais ils n’ont jamais imaginé qu’il allait se planter aussi vite que ça. Outre que tout va de mal en pis, les Nigériens ont la nette impression que le pays est dirigé par deux présidents, compliquant davantage une gestion déjà catastrophique des affaires de l’État. Pourquoi, si tel est leur jugement, restent-ils dans une alliance politique qui «tue» le Niger ? Le Président Bazoum va-t-il démissionner pour incapacité ? Rien n’est moins sûr. « À partir du moment que luimême admet son impuissance, il doit en tirer forcément les conséquences », indique un leader politique d’un parti politique qui a requis l’anonymat. S’il est dans la logique du slogan « consolider pour avancer », il n’y a pas lieu d’envisager une telle éventualité. Il n’y a, donc, pas de solution en vue à la descente aux enfers. La corruption va continuer à gangrener le pays, les clans mafieux vont de plus en plus oser, peut-être en tuant ceux qui les gênent au lieu de se limiter à cambrioler des bureaux, le terrorisme va continuer à prospérer, mettant des pans entiers du territoire hors de contrôle des Forces de défense et de sécurité tandis que les gouvernants vont continuer à proclamer leur intention et leur volonté d’y faire face. Dans le rétroviseur, que d’intentions, formulées et répétées à l’ envi !


L’héritage d’Issoufou Mahamadou ? Un désastre sécuritaire, financier, économique, social et politique que le Président Bazoum porte sur ses frêles épaules, sans autre perspective que de promettre indéfiniment des solutions que les Nigériens attendent, en vain.

Après son beau discours d’investiture, celui qui a succédé à Issoufou Mahamadou semble être sans boussole. Après son annonce fracassante de mener une lutte sans merci à la corruption qui a gangrené le pays sous Issoufou Mahamadou, Bazoum Mohamed a vite capitulé face à la résistance et aux intimidations de ses partisans, compromis dans de nombreux dossiers de malversations financières. Ses tentatives de fouiller dans les sales dossiers de ses camarades du parti ont été mal perçues et combattues avec hargne. Le Président Bazoum a immédiatement pris la mesure de la colère en face. Il change alors de fusil d’épaule en optant pour la tranquillité et le statuquo. Pourquoi ne pas se contenter de gérer l’héritage de son prédécesseur, sans trop se casser la tête ? L’héritage de son prédécesseur ? Un désastre sécuritaire, financier, économique, social et politique qu’il porte sur ses frêles épaules, sans autre perspective que de promettre indéfiniment des solutions que les Nigériens attendent, en vain.


 Face aux leaders des organisations de la société civile qu’il a rencontrés à deux reprises, à son initiative, le Président Bazoum ne s’est pas gêné pour admettre son impuissance face à la corruption. Un aveu qui a émoussé l’ardeur des acteurs de la société civile qui s’étaient fondés sur le discours tonitruant de Bazoum Mohamed, le 2 avril 2021, pour croire à une fin prochaine des réseaux mafieux qui ont pris le pays en otage. Une belle illusion qui s’est envolée, les faits, à travers l’affaire Ibou Karadjé, notamment, ayant confirmé les propos du président.

Un président-otage ? C’est un peu hasardeux de voir les choses sous cet angle. Bazoum Mohamed est un acteur-clé du régime. Il n’a pas succédé à Issoufou Mahamadou sur un coup de dés. Il s’est hissé là où il est, essentiellement, par acquis de confiance de son prédécesseur qu’il saurait veiller sur la confrérie mieux que n’importe quel autre des prétendants roses. Il a d’ailleurs rassuré dès sa campagne électorale, déclarant qu’il va «consolider pour avancer», histoire de dire qu’il ferait exactement les choses comme Issoufou Mahamadou l’a fait et qu’il suivrait ses pas. Il le confirmera lors de son investiture, en rendant un bel hommage à celui à qui il doit, pour l’essentiel, ce destin fabuleux hors de ses rêves les plus fous.

Sur le plan sécuritaire, principale préoccupation des Nigériens, le Président Bazoum continue à faire des discours et des visites de terrain pour rassurer les populations qu’elles peuvent compter sur l’État pour retrouver leurs terres, abandonnées sous la menace et les massacres perpétrés par les terroristes. À ce jour, ce sont des milliers de personnes qui ont été chassées de leurs villages dans la région de Tillabéry. Des milliers de personnes à qui Bazoum Mohamed a récemment demandé de retourner chez eux. L’Etat, dit-il, veillera à leur sécurité. « Bazoum Mohamed est en train de les envoyer à l’abattoir », dit en substance Omar Hamidou Tchiana. Quant à la question de la corruption, à la base de tous les autres problèmes, il n’ y a à se leurrer, le Président a depuis longtemps abdiqué.

Laboukoye

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