Insécurité dans le pays : Doit-on tendre la main à un terroriste ?

Voilà une question qui a beaucoup secoué les nigériens. Selon certaines personnes qui seraient dans la vision du président de la République Bazoum Mohamed, le terroriste est avant tout un citoyen nigérien qui doit normalement apporter sa contribution dans le cadre de la CONSTRUCTION NATIONALE ; retenons bien ces deux mots. Pour d’autres, ce n’est ni plus ni moins qu’une injure que ne cesse de proférer le président Bazoum partout où il se rend à la rencontre des victimes des horreurs et autres atrocités commises par les terroristes. Certes, le Président Bazoum est le président de tous les nigériens. Ainsi de l’imam dépositaire de la grande sagesse au grand voyou de grands chemins, tout ce beau monde appartient à Bazoum et il se doit de rassembler tous les nigériens et les guider sur la voie de la construction du développement du pays. Utopie ou vérité philosophique (donc difficile à un esprit non habitué aux spéculations de l’esprit), cette vision devient de plus en plus la ligne même qui soustend toute la nouvelle politique du président Bazoum en matière de lutte contre le terrorisme. C’est dire qu’à partir de cette fameuse main tendue, Bazoum rêve les yeux ouverts de mettre un terme au terrorisme. Possible car pour un philosophe, tout peut passer, pourvu que l’on trouve les mots justes pour l’étayer.

Rappelons que cette option de «main tendue» a vu le jour depuis décembre 2016 à Zinder où, pour la toute première fois, Bazoum a lancé cet appel en direction des éléments de Boko Haram. A cette époque il conduisait à la destinée du fameux et redondant Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, de la Sécurité Publique, des Affaires Coutumières et Religieuses (MID/SP/ACR). Depuis lors, le ministre Bazoum avait initié et organisé une série de rencontre qui ont abouti à la création d’un cadre règlementaire pour encadrer sa fameuse vision. Ainsi est né le Programme National de Prise en Charge de la Reddition (PNPCR) qui a pour objectif principal d’amener les éléments des groupes armés terroristes à déposer les armes pour revenir vivre au sein de leurs communautés. Vision plus politique que réaliste selon certaines personnes opposées à tout rapprochement avec des gens qui ont passé toute leur vie à

couper des têtes, à incendier et saccager les biens de leurs semblables. Nonobstant les contestations qui émanent de plusieurs milieux, notamment du côté des parents et connaissances des victimes, le Président Bazoum persiste et signe. A l’heure actuel, ce programme qui roulerait sur un budget de plus de 11 milliards a déjà construit et opérationnalisé deux centres d’accueil à Goudoumaria et à Hamdallaye.

Programme budgétivore qui accueille les repentis pour les héberger dans un centre où toutes les conditions de vie et d’existence sont remplies à démesure. Les soi-disant repentis sont nourris, habillés et encadrer à l’exercice de plusieurs métiers. Pour le lavage de cerveau que l’on appelle déradicalisation, ils sont également pris en charge par des marabouts et des psychologues. Ainsi on pense que ce serait désormais des saints hommes qui sortiraient de ces centres et qui reprendraient une vie normale au sein des communautés. Possible toujours dans la vision utopique du président Bazoum. Le mal se sédimente petit à petit et les victimes ne cessent de grincer des dents face aux traitements démesurés et de faveurs accordées aux anciens criminels alors que la plupart des enfants humbles de la société végètent sous le poids des précarités en tout genre.

Du reste l’on comprend la volonté qui anime le Président Bazoum. Les chefs de guerre affirment qu’on ne gagne pas ou jamais complètement une guerre par les armes. Attention, ils n’ont peutêtre pas dit qu’il faut associer la réconciliation et le retour des combattants dans la société. Les chefs de guerre penseraient très certainement aux fantassins, ceux qui doivent être déployés sur sol comme troupe de saisies et d’occupation. C’est cela la réalité d’une guerre achevée et gagnée complètement. Il s’agit très certainement de cette vision dont claironne le président Bazoum ; sauf que lui, il voit les millions de combattants déposer les armes et passer aux camps de déradicalisation pour leur lavage de cerveau. D’ailleurs face à la presse ouest-africaine, il a lâché sa bourde en affirmant que les terroristes ne sont nullement des radicalisés ; pour le Président de la République ces jeunes sont tous partis dans le terrorisme pour l’appât du gain. Il se pourrait que cela soit vrai. Cependant, informez-vous auprès des militaires qui affrontent ces gens et qui tombent sur ceux sur le point de mourir. Demandez-leur ce qu’ils profèrent avant de rendre l’âme. De plus, vous pouvez aussi vous renseigner auprès des populations des zones occupées comme Torodi,Makalondi, Tamou et autres. Demandez à ces gens le degré de foi que témoignent certains d’entre eux. Il y en a parmi eux qui ont des conduites exemplaires et qui prônent un islam orthodoxe et des conduites des plus correctes. Ceux-là sont réellement embrigadées, embobinés, radicalisés. Alors, nuançons nos dires et reconnaissons qu’il y a vraiment des fous de Dieu dans cette affaire. Ceci dit, les chouchous du Président de la République aujourd’hui ne sont autres que les terroristes. Voyez-vous, à chaque fois qu’il se présente face aux victimes des terroristes, Bazoum tient encore ce message de main tendue ! Alors même que les victimes attendent des prises de mesures concrètes pour les soulagées et les ramenées chez elles, Bazoum lui s’adresse aux membres des groupes armés terroristes. Pour les inviter à déposer les armes et à passer par les centres de déradicalisation avant de venir vivre parmi leur communauté d’origine. Cela ne fait mal à personne ; du reste ces gens sont des frères ; mais des frères égarés qui cherchent à se racheter. Voilà l’option face à laquelle se dresse un grand nombre de nigériens. Pourquoi tendre la main à un terroriste qui a participé à des campagnes de tueries horribles et souvent à grande échelle ? Souvenez-vous juste des derniers événements au Burkina Faso où 110 personnes ont perdu la vie, pour la plupart des innocents ; ils ont été tués sans vergogne par le feu des armes tenues par des gens qui n’ont pratiquement aucune vision, aucun idéal et même aucun brin d’humanisme dans le coeur. C’est à ce genre de criminels que l’on demande de pardonner, de tolérer et de leur créer les conditions d’un retour facile dans leur communauté ; une communauté qu’ils ont diminuée ; une communauté qu’ils ont fait pleurer pour rien du tout. Eh oui le socle même sur lequel se fonde le programme de reddition est la tolérance et le pardon. Ceci dit, tu te lèves un beau matin ; tu te décides à rejoindre les groupes armés terroriste ; tu y séjournes deux ou trois ans ; tu participes à des campagnes qui sèment la désolation ; tu es déçu pour avoir reçu plus de drogues que d’argent ; tu reviens cette fois-ci la queue entre les pattes pour demander à la population de te pardonner. Et avec le programme du président, tu es encadré et choyé au point où à ta sortie tu bénéficies d’un fonds d’exercice qui te permet très vite de développer des initiatives génératrices de revenus. Tu t’élèves dans la société et tu commences à narguer ceux-là même que tu as endeuillés. Tu exhibes ta réussite sous le nez de ceux dont tu as fragilisé l’équilibre familial en ôtant la vie d’un des leurs sur lequel reposait tout l’espoir des autres membres de la famille. S’il vous plait, réfléchissons sérieusement avant de poser certains actes, avant de prendre certaines décisions injustes et même insultantes. Le mal ne serait pas autant douloureux qu’il est actuellement si cette option n’avait pas le soutien total du Président de la République. Cependant, c’est lui-même en première ligne qui conduit ce programme ; il y tient fermement. N’y a-t-il pas de gens sérieux autour du président pour lui faire comprendre que dans quatre ans, il retournera vers ces populations pour solliciter leurs suffrages. Que dira-t-il cette foisci aux déplacés à qui il a promis de ramener dans leurs fiefs et qui se trouveraient encore là où il les a laissés ? Ou bien penset- il qu’il y aura tellement de repentis qu’il pourrait espérer s’appuyer sur leurs votes ? Chimère ! Depuis qu’il existe, le centre de Diffa n’a pas encore enregistré 500 repentis. Ne parlons pas de celui de Hamdallaye qui vient à peine d’ouvrir ses portes.

Somme toute, ces frères sontils tous des citoyens nigériens ? C’est la question que tout le monde se pose aujourd’hui, et bien nom, ils ne sont pas tous des citoyens nigériens comme le pensent beaucoup de gens. Allez-y vérifier ; néanmoins on est en droit de se demander aujourd’hui si ces gens n’ont pas de fait rejeter leur citoyenneté dès lors qu’ils ont pris les armes contre d’autres citoyens et contre l’autorité de l’Etat. Le citoyen est celui qui s’inscrit conséquemment et véritablement dans l’oeuvre de construction nationale. Que CONSTRUISENT ces individus ? Plutôt ils détruisent les efforts des autres citoyens. Bref disons juste au Président Bazoum d’arrêter de remuer le couteau dans le coeur des victimes et de leurs parents. On veut certes pardonner et tolérer ; cependant la plaie est encore grandement ouverte et elle saigne toujours.

Amadou Madougou

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