Projet de construction d’infrastructures universitaires : Un marché polémique sujet à de nombreuses interrogations

Le vendredi 22 juin dernier, le Conseil des ministres a entendu une communication se rapportant à l’octroi de deux marchés dans le cadre de la construction d’infrastructures dans les universités de Niamey, Maradi, Tahoua et Zinder. Cinq jours plus tard, la Fédération des Organisations Patronales du Niger écrit au secrétaire exécutif de l’Agence de Régulation des Marchés Publics pour qu’elle constate la nullité de ces marchés. Sagbo Adolphe, président de cette Fédération, s’appuie sur les textes qui régissent l’ARMP. Les deux marchés, respectivement de l’ordre de trois milliards huit cent quarante neuf millions deux cent trente sept mille cinq cent francs ( 3 849 237 500 F CFA) et de trente un milliards huit millions de F CFA, ont été attribués à la société BUILDERS. SA de droit malien ou tout au moins appartenant à Ibrahima Diawara.

Le premier marché attribué,‘’sans concurrence’’, concernerait les études de faisabilité de la construction de ces infrastructures universitaires. Le second attribué, ‘’sans mise en concurrence’’, concernerait la construction. Comme on dit chez nous, on a donné à Diawara « le couteau et la viande ». Il ne reste plus que le dessert et la sieste : le suivi et le contrôle des travaux. Avec cette affaire, en dépit des professions de foi et des promesses du président Bazoum de lutter contre la corruption et les mauvaises pratiques, on se rend compte, depuis l’arrivée de la renaissance, que les mauvaises habitudes ont la vie dure. Si dans le domaine des achats d’armes et équipement militaires, sans se soucier de l’intégrité, il a été mis en avant le secret défense- un fourre tout – pour piller, détourner, dans ce domaine de BTP, de telles pratiques ne doivent pas avoir cours. D’autant, comme le dit la fédération « les entreprises nigériennes, en majorité sans activités actuellement et pourvoyeuses d’impôts sont inquiètes et constatent que leurs efforts pour se mettre en règle vis-à-vis du fisc ne leur sont d’aucun bénéfice. » Par le passé, du temps du président Issoufou, il y a eu les mêmes pratiques. On se rappelle de cette entreprise- ATP- de droits d’un pays voisin qui a raflé des marchés de construction de routes et qui finira par sous traiter certains travaux. Il y a aussi des entreprises de certains pays européens.

Les mauvaises langues disent que ces entreprises sont en fait contrôlées majoritairement par des Nigériens qui sont devenus, grâce aux deniers publics, riches comme Crésus ou même Kharouna. Et qui seraient aussi propriétaires de sociétés ayant bénéficié de marchés dans le domaine des industries extractives. Dans cette affaire de construction d’infrastructures universitaires, même si, par expériences, on peut douter du sérieux de certains entrepreneurs Nigériens, il va de soi qu’il en existe de sérieux et qualifiés pour de tels travaux. On se rappelle du marché d’amphithéâtre donné à un entrepreneur qui a mis un temps fou pour exécuter les travaux. Là aussi, c’est la légèreté des responsables politiques qui est la principale cause. Le marché a été donné à un partisan politique, sans expertise avérée. L’entreprise BUILDERS est vraiment à vocation panafricaine. Elle est spécialisée dans le BTP, l’adduction d’eau et l’énergie. Dans le premier domaine voilà ce qui est dit sur son site : « BUILDERS a un intérêt pour les projets de construction d’immeubles commerciaux ou de bâtiments techniques ou industriels comme le charpentes des usines et entrepôts, les travaux de constructions particulières comme les dépôts de carburants et les reseaux d’hydrocarbures et de sécurité incendie. » Sans compter les routes et les aménagements hydro agricoles. Son expertise au Mali est surtout connue pour les adductions d’eau. Toujours sur leur site qui ne semble pas être actualisé très souvent, cette entreprise a procédé en juin 2018 aux poses de premières pierres d’adduction en eau potable des villes de Bougouni, Selingué et Nioro. Elle a aussi procédé, en groupement, à la même opération pour des travaux de renforcement du système d’alimentation en eau potable de ville de Gao. Les travaux ont-ils été achevés ? Difficile de le dire. Il y a d’abord l’insécurité et surtout le coup d’Etat qui a renversé le régime de Boubacar Keita. Et c’est justement là que certains observateurs se posent la question de la nécessité de l’octroi de ce marché à cette entreprise. On sait que Niamey a une sainte horreur de la junte au pouvoir à Bamako. Le président Nigérien est de ceux qui étaient les chauds partisans des sanctions. Ce marché serait-il la manière, simplement humaine, du président Nigérien pour permettre le relèvement d’une entreprise à vocation panafricaine ? Personne ne pourrait imaginer qu’il s’agirait d’une envie de déstabiliser la junte. On est loin du cas de Salif Diallo et le supposé rôle de l’ancien président du Niger dans la déstabilisation du régime de Blaise Compaoré. Maintenant que les sanctions contre le Mali sont levées, que la junte donne de plus en plus de garanties pour la sortie de la transition et maintenant que le président Bazoum et le président de la transition tchadienne souhaitent le retour du Mali dans le G5 Sahel, on peut légitimement penser que ce marché permettra aussi aux partisans de l’ancien président malien, socialiste et camarade, d’avoir des moyens pour les prochaines élections prévues en 2024 à la fin de la transition. C’est de bonne guerre.

Modibo

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