Lettre au président de la République (BM) : Monsieur le Président, Soyez sûr d’une chose, dans la vie d’un pays, le curseur bouge toujours

 J’ai appris la nouvelle du rappel à Dieu de Sanoussi Tamabari Jackou et j’imagine votre profonde affliction. Je m’incline devant la volonté du Tout Puissant et prie pour le repos de l’âme de l’illustre disparu. Que Dieu, dans sa miséricorde infinie, lui accorde le pardon. Sanoussi Tambari Jackou était un brillant esprit et il faut sans doute être de mauvaise foi pour contester son intelligence. C’est tout autant faire preuve de mauvaise foi que de le couvrir uniquement d’éloges parce qu’il a tiré sa révérence. J’ai l’habitude de rappeler, à votre prédécesseur et à vousmême que nous ne sommes que de « misérables petites moisissures de la terre » et que, quoi que nous fassions, nous finirions sous terre. La leçon est là, comme hier, comme toujours, même si certains d’entre nous sont si incrédules qu’ils se prennent pour Dieu sur terre. Le pouvoir d’Etat en particulier corrompt et souvent, malheureusement, il nous enivre au point d’oublier cette belle leçon de Cheikh Hamidou Kane. La mort, pour être plus prosaïque, est l’acte suprême par lequel Dieu nous inculque l’humilité, la justice, l’intégrité, bref, les valeurs humaines qui fondent l’humanité. Lorsqu’un homme ne se remet pas en cause devant la mort, lorsqu’il ne s’amende pas devant la toute puissance de son Créateur, c’est qu’il ne croit pas en Dieu.

Monsieur le “Président”,

Pour qui connaît un tant soit peu ce que le défunt représentait pour vous-même et pour le pouvoir en place, il serait aisé de comprendre que ce n’est pas si facile d’encaisser un tel coup. Seulement, face à la mort, nous n’avons pas d’autre choix que de nous incliner. J’imagine votre douleur, car je sais que vous venez de perdre un être cher, un ami, un frère, un compagnon de lutte politique et un farouche partisan. Sanoussi Tambari Jackou s’en est allé à jamais et je regrette pour l’homme, que ce soit dans un contexte qui ne cadre pas tout à fait avec le rêve, fabuleux, du Niger que lui, vous et d’autres ont vendu aux Nigériens dans les années 90. En effet, L’homme s’en est allé dans un contexte politico-social chargé d’incertitudes pour le Niger. Il s’en est allé à un moment critique où des zones entières du territoire national sont infréquentables du fait des terroristes qui y exercent contrôle et autorité. Il s’en est allé alors que le Niger est fortement endetté, les secteurs sociaux de base en déliquescence, les libertés publiques confisquées, la démocratie dévoyée, les ressources dilapidées, la corruption et les détournements des deniers publics institutionnalisés, le trafic de drogue et d’armes en en forte croissance, bref, il s’en est allé sous un Niger des plus cauchemardesques pour un homme qui a été à l’avant-garde du Niger de la Conférence nationale souveraine.

Monsieur le “Président”,

Malgré les circonstances douloureuses que vous traversez, je ne puis m’empêcher de vous parler du Niger. Vous comprendrez sans doute, le pays étant au-dessus des hommes. La situation nationale ne nous offre pas d’ailleurs la possibilité d’éluder les questions de l’heure. La première, c’est la visite impromptue que les ministres de la Défense nationale et des Affaires étrangères français ont effectué au Niger, le 14 juillet 2022. Lorsque je l’ai appris, je me suis demandé ce qui pouvait motiver ces deux personnalités centrales françaises à quitter Paris, un 14 juillet, pour venir chez nous. Quelle est l’urgence qui pourrait justifier que le ministre de la Défense, en particulier, vienne au Niger le jour de la commémoration de la fête nationale française ? Pourquoi cette visite ne devrait-elle pas attendre le lendemain du 14 juillet ? Pourquoi pas avant *$le 14 juillet ?

L’Elysée, le Quai d’Orsay et les ministres missionnaires, eux, connaissent le motifs, sans doute urgents et graves, qui les ont fait quitter la France, unn14 juillet, pour venir et se payer le luxe d’aller visiter des projets financés par la France. Ils occupent déjà militairement notre espace et en si grande masse au point où le Niger se confond à un département français outre-Atlantique.

Monsieur le “Président”,

J’ai appris le message officiel dont étaient porteurs les deux ministres français et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Je sais qu’il n’en est rien. Le prêt de 50 millions d’euros et les 20 millions d’euros ne sont, je le crois, que de la poudre aux yeux. J’espère, au passage, que ces millions d’euros ne vont pas atterrir dans des comptes bancaires privés plutôt que dans les caisses de l’Etat. Je sais qu’il y en qui se frottent déjà les mains, attendant que cet argent soit dans l’obole de l’Etat pour y soutirer leurs parts. Mais, soyez sûr d’une chose, dans la vie d’un pays, le curseur bouge toujours.

Mallami Boucar

 

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