Coopération militaire française / Visite de ministres français au Niger : la vaine offensive de charme de la France au Niger

L’aventure française au Sahel a été une mésaventure car, après quelques dix ans d’engagement, dans la lutte anti-terroriste où elle a prétendu avoir la solution du problème, faisant valoir son expertise militaire, elle a fini par perdre des plumes et perdre le renom dont elle se vantait pour être une des puissances du monde qui dominent la géopolitique mondiale. La littérature de la colonisation, il est vrai, ne donnait qu’une image négative de la France, mais cela restait beaucoup plus dans les pages acerbes des livres, venant d’intellectuels engagés d’une époque qui avaient pris, devant l’Histoire, la responsabilité de dénoncer la rencontre avec la France, et surtout la nature de la relation qu’elle avait entretenue avec le continent.

L’opinion qu’on se fait de la France sur le continent et notamment au Sahel, dépasse les cercles des intellectuels pour toucher les peuples qui prennent désormais la parole pour dire toute leur aversion vis-àvis de présence de la France au Sahel surtout quand, elle ne peut montrer aucune efficacité dans la lutte contre le terrorisme pour laquelle elle prétend s’investir au Sahel. Son image s’est d’autant abîmée dans l’opinion sahélienne que partout, elle ne peut entendre qu’un discours hostile à sa présence et à son partenariat, un sentiment largement partagé sur le continent et venant de ce que l’on a appelé le «sentiment anti-français» répandu. Sur le continent, à travers les diasporas africaines, partout, des Africains avaient manifesté pour dénoncer la politique française en Afrique et la France, depuis, pouvait comprendre qu’elle n’a jamais été aussi impopulaire sur le continent, surtout quand, en plus des fils et des filles du continent, et certains européens en plus, pouvaient aussi élever la voix pour critiquer la politique française en Afrique. La France a compris que son image est en souffrance et depuis quelques jours, elle joue à réparer sa réputation pour se donner une nouvelle image. Peut-elle mériter d’avoir cette nouvelle chance pour réexaminer sa relation avec l’Afrique ?

Mauvaise lecture…

La dernière visite des ministres français au Niger, la semaine passée, permet d’apprécier l’idée que la France se fait de sa relation et surtout de la solution pour soigner son image altérée sur le continent. Le seul fait de mobiliser deux ministres alors que la France fête le 14 juillet, sans dénoter de l’importance que la France accorde à la sécurité au Sahel montre à quel point cette France s’effraie de perdre l’Afrique lorsque, là, on ne sait plus lui faire confiance. En effet, la France se ridiculise lorsque, venant au Niger, par la voix de ses deux émissaires, elle justifie qu’elle serait enfin revenue avec de bonnes intentions, avec une bonne parole et neuve, avec seulement – tenez-vous bien – quelques 100 millions d’Euros pour faire croire qu’elle en fait trop pour le Niger pour mériter de déposer tant d’arsenal de guerre convoyé du Mali dans le pays, armes et logistiques immenses qui n’ont pourtant pas servi à délivrer le Mali de la menace terroriste. Faut-il croire que financer des marchés à bestiaux s’est trop faire pour le Niger pour croire qu’on aide à régler les problèmes de développement du pays et de sécurité dont il souffre ? Les problèmes, notamment de développement du Niger, peuvent-ils se limiter à la construction de marchés à bestiaux dans des zones, où, du fait de l’insécurité, le bétail est quotidiennement arraché et emporté et où, pour la même raison, les activités économiques sont au ralenti, sinon à l’arrêt ? C’est pourquoi, l’on ne peut que donner raison au député du Moden Fa Lumana qui intervenait sur rfi pour critiquer la stratégie dévoilée par les deux ministres, disant que s’il y a à faire, c’est d’abord à la sécurité qu’il faut un appui conséquent pour délivrer les régions affectées et sortir du cauchemar. A quoi cela sert de construire des marchés quand les populations rurales qui les alimentent et animent sont déplacées ou drastiquement réduites dans leur mobilité ? Drôle conception du développement que celle que les deux ministres sont venus défendre au Niger, infantilisant ainsi un peuple qu’ils peuvent croire ne pas pouvoir comprendre où se situent ses intérêts et ses priorités. Le Niger mérite mieux.

On aura donc compris que la France n’écoute pas les peuples, et qu’elle n’a pas encore tiré des leçons, et ce faisant n’en fait qu’à sa tête, ne pouvant tenir compte de ce que veulent les peuples pour agir dans ce sens et espérer refonder, par de tels choix pertinents, sa relation avec les pays du Sahel, disons avec les peuples souverains. La France joue par cette démarche à la corruption des consciences, croyant qu’avec l’annonce, en grande pompe, de quelques dizaines de millions d’Euros, elle pouvait emballer et étourdir les Nigériens pour leur faire perdre leurs lucidités et leur dignité. Si les officiels, à travers le ministre Massaoudou, pouvaient tomber dans le piège de la manipulation, jeu favori de la France, pour faire les éloges que l’on a entendues, la France peut-elle croire que les Nigériens entendent sa parole “frelatée” qu’elle est venue leur vendre ? Non. Il faut respecter les peuples.

La France sait les réticences qu’il y a dans le pays relativement au redéploiement de ses troupes chassées du Mali car ils se disent, comment, pouvaient-ils prendre ce que leurs frères maliens rejetaient pour des raisons on ne peut plus objectives ? Cette France, avec les malentendus qu’elle a eus avec le Mali et qui ont remis en cause son influence et son autorité sur le pays de Modibo Keita, ne cherche que le moyen de rester sur le continent, ne voulant pas pour des intérêts inavouables, perdre une Afrique très utile qui est en train de lui échapper. Or, rien n’est gagné avec les annonces maigres qu’on a entendues quand on sait que le contrat est plus avec des hommes qui souffrent d’un manque de légitimité reconnu qu’avec un peuple qui peut donner, s’il le décide, une garantie de durabilité dans le partenariat envisagé. Et c’est la meilleure. Tant pis si la France ne peut pas le comprendre.

Mais, face à certains silences, l’on peut se demander si, certains acteurs, pourtant bouillants, n’ont pas été «travaillés» pour faire profil bas, pour baisser la garde et laisser passer la mission française dans une accalmie arrangée et négociée afin de faire croire aux ministres en mission qu’il n’y a plus de gros bruits dans le pays contre la France. Ces silences sont d’autant intrigants que depuis de longs mois, l’on ne peut entendre certaines bouches bavardes et notamment lorsqu’il y a des raisons de s’inquiéter au moins pour la sécurité du pays. On ne triche pas avec le destin d’un peuple et la France et ceux qui la servent, finiront par le comprendre. Peut-être quand il sera trop tard.

La France va échouer…

Cette France qui a échoué depuis dix ans d’engagement militaire au Sahel et chassée du Mali pour manque de résultats, a encore pris la voie de l’échec avec les promesses qu’elle porte pour le Niger et surtout quand on la voit qui échoue à convaincre et à mobiliser son Europe, ne pouvant jamais réussir au Niger ce qu’elle n’a pas pu faire au Mali alors qu’elle avait encore le soutien de nombreux autres pays. Mais, elle va surtout échouer parce que les bases sur lesquelles elle fonde son retour annoncé sous un nouveau visage sont tronquées car venant de son regard étriqué sur les malaises africains. Tant que cette France ne comprendra pas que le problème est dans la gouvernance et notamment dans la qualité des démocraties, elle ne peut que continuer à s’enfoncer au Sahel. Ses ruses ne peuvent pas la sauver de son naufrage au Sahel lorsque les peuples, mieux que les dirigeants – mais pas tous désormais – se méfient d’elle et de ses paroles. Elle prétend avoir changé pour ne plus commettre les actes pour lesquels l’on s’est offusqué de ses politiques iniques. Et elle cherche à travers le Niger, dernier territoire soumis à s’y maintenir, jouant sur des choix farfelus pour faire croire qu’elle a radicalement changé avec des marchés de bestiaux construits ici et là, reconnaissant de fait son faux jeu au Sahel, et sans doute aussi, dans l’engagement contre le terrorisme.

La France est là pour autre chose que pour notre sécurité. Personne n’en doute désormais.

Gobandy

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