Redéploiement des troupes françaises au Niger : Les enjeux du forcing français

Les relations de la France avec le Mali, après près de dix années de présence militaire dans le pays de Moussa Traoré, se sont gâtées et cette situation a conduit à la rupture totale du partenariat bilatéral, avec pour ne plus rien arranger à la situation, le rappel des ambassadeurs des deux pays. C’est, si l’on fait cas du cas rwandais, la première fois que la France, dans une ex-colonie, vit de telles déboires où des autorités en place, frontalement, lui tiennent tête, refusant de courber l’échine en face d’elle et de puissance, et se conduisant, dignes, pour assumer leur souveraineté, répondant toujours du tic au tac à des autorités françaises arrogantes. A certains moments, lorsqu’une jeunesse africaine sur le continent et notamment au Sahel, et une autre non moins active, au niveau de la diaspora, manifestent et tiennent un discours hostile à l’endroit de la France dont elles dénoncent le comportement vis-à-vis des Africains, la France a dû comprendre que ce qui lui arrive sur le continent est très sérieux, et a sans doute commencé par s’inquiéter pour son avenir sur le continent car partout, l’on ne peut entendre que des voix excédées qui la boudent, demandant à casser le cordon ombilical avec elle, pour s’assumer. La France a fini par comprendre qu’une époque est révolue, que des temps ont changé. Des peuples aussi.

Après s’être brouillée avec les Maliens, la France n’eut d’autres choix, non sans avoir résisté aux injonctions de Bamako qui la sommait de quitter leur territoire, que de s’en aller, humiliée, prenant ses clics et ses clacs, négociant ailleurs un nouveau point de chute afin de garder un peu la face. Mais parce qu’il a préjugé que le peuple nigérien est des plus passifs de la sous-région, elle fit le choix du Niger pour déposer ses valises là, près d’autres colères qui couvent. Personne ne pouvait comprendre pourquoi la France tenait tant à protéger contre leur gré des peuples qui disent n’avoir plus besoin de son assistance. Aussi, a-t-elle vainement attendu que le Mali s’effondre ainsi qu’elle l’espérait après avoir imposé au Mali, via la CEDEAO instrumentalisée, les méchantes sanctions qu’on sait. Le Mali résista. Le peuple, restait debout, refusant de se mettre à genoux même lorsque ses voisins et certains autres frères africains pouvaient prêter main forte à l’envahisseur pour tenter de l’anéantir. La jeunesse africaine, admiraient et saluait la vaillance des Maliens, leur courage à ne pas baisser les bras et à assumer courageusement leur choix face à l’histoire. Ils enseignaient une autre manière d’être Africain…

Le Niger, pour autant, n’est pas la terre des incultes….

La France se trompe si elle peut encore croire que le Niger serait le pays qui aurait le peuple inculte dont elle peut abuser de l’ignorance pour faire ce que d’autres ne peuvent plus accepter chez eux en ce nouveau millénaire mondialisé. Au Niger, le même sentiment de rejet est réel et la France le sait très bien. Si elle peut compter sur le fait que le régime d’Issoufou ait réussi à diviser les Nigériens pour s’y incruster et faire ce qu’elle veut, il va sans dire qu’elle se trompe car ce Niger si silencieux par moment, n’a pas encore dit son dernier mot. Différents événements récents montrent bien que, comme tous les autres peuples, il est aussi capable de révoltes et de violences. Comme tous les peuples, lorsqu’ils sont acculés, celui-ci pourra faire face, lorsque l’Histoire l’impose, à leur destin, et mourir s’il le faut pour leur dignité, comme la France, elle-même, dans son histoire l’a souvent fait même si quelquefois, elle a eu besoin des peuples noirs qu’elle a tant méprisés.

La France a sans doute entendu toutes les colères de la société civile, et de certains partis politiques qui ont dénoncé les alliances militaires opaques avec la France, demandant ouvertement que les troupes étrangères et notamment françaises quittent leur pays. Peut-elle déjà avoir oublié la résistance pacifique des jeunes de Téra que son armée pouvait violenter jusqu’à ce qu’il y ait mort d’hommes et d’autres jeunes, à jamais marqués dans leur vie après les blessures que l’armée française en reconquête leur infligea dans un mépris inexcusable.

Les bases fragiles d’une installation annoncée…

S’il est vrai que ce contexte national fragile et hostile qu’on décrit ne donne aucune garantie quant à la réinstallation des troupes françaises au Niger, l’on ne peut que relever l’intangibilité de la base légale bricolée pour faire croire à la France que sa venue au Niger, après le Mali, se fait cette fois-ci dans une démarche plus civilisée, donnant l’impression par le relecture d’une DPG au parlement, que le nouveau partenariat se fait avec l’aval des représentants du peuple. C’est de l’arnaque, ou tout au moins de l’escroquerie politique. C’est un mensonge surtout. Dans aucune région touchée par le phénomène de l’insécurité, les populations ne font confiance aux soldats étrangers et surtout français et surtout quand elles-mêmes disent qu’elles ne viennent pas pour se battre à la place des armées nationales. Et le même discours est aujourd’hui d’actualité dans la nouvelle parole officielle de la France qui parle de reploiement de ses troupes au Niger. Si elles ne peuvent pas se battre, pourquoi venaient-elles alors avec tant de moyens ? Se sert-elle de nous et la guerre importée chez nous comme laboratoire pour tester certaines de ses armes qui ne lui ont pas encore servi dans une guerre ? Le président nigérien, pour avoir été ministre de l’Intérieur le sait sans doute et il n’y a pas très longtemps que parlant de cette relation militaire, il demandait à ses partenaires occidentaux de venir aussi pour prendre des risques et donc pour se battre car, comment peuvent-elles aider à vaincre le terrorismes lorsque leurs armes, ne leur servent qu’à protéger leurs éléments, et peut-être, ainsi que beaucoup d’observateurs le soupçonnent, pour protéger les activités occultes que la France mènerait au Sahel, se servant de la guerre comme alibi pour justifier sa présence, alors même qu’elle pouvait être là, plus pour autre chose que pour faire la guerre. En tout cas, elle-même, l’a dit, elle est là pas pour se battre à la place des armées nationales. Bazoum a entendu. Issoufou, leur parrain, aussi

Des moyens lourds convoyés au Niger qui posent bien de questions

Quand on voit la qualité, la quantité des moyens de guerre transportés au Niger, et que, apprend-on, personne ne pouvait voir, l’on ne peut que douter de cette affaire française très louche. Les chauffeurs employés non français ne peuvent pas, selon ce que disent certaines sources, entrer dans le centre avec les véhicules ; ils ne garent qu’à l’entrée et il ne revient qu’aux soldats de faire entrer les camions pour décharger le matériel « louche »  ramené du Mali. Nombre de ces moyens ont souvent passé la nuit dans la ville de Niamey et cela aussi, ne donne qu’à douter de la manoeuvre française. Aussi, lorsqu’on voit l’importance de l’arsenal convoyé, l’on ne peut que douter qu’avec tant de moyens, la France échoue contre des hommes qui n’opèrent qu’à motos et avec des moyens militaires bien moins importants, tant du point de vue de la technologie que de la performance des armes utilisées pour déstabiliser la zone. Si la France, au Mali, a échoué avec tant de moyens au point de se faire chasser de là, l’on ne peut que douter qu’elle puisse, avec les mêmes moyens, faire mieux au Niger pour réussir l’impossible miracle.

Nous nous aimons plus que la France ne peut nous aimer. Pour nous protéger, il n’y a donc personne à le faire mieux que nous-mêmes. Aussi, devons-nous compter sur nos propres forces et sur nos propres moyens, sur le courage de nos seuls enfants, de nos hommes qui n’ont rien à envier à un autre. D’ailleurs, dans quel pays ces gens ont pu réussir après qu’ils aient déployé tous les moyens qu’ils exhibent devant des caméras pour impressionner le monde autour de l’illusion de leur puissance qu’ils entretiennent par de tels artifices ?

Il ne faut pas compter sur la France…

Pour notre sécurité, pour la sécurité du Sahel, nos Etats ne doivent pas compter sur cette France qui ne vient pas pour se battre. Les Etats gagneront plus à renforcer leurs armées en les dotant de moyens de pointe, en gérant mieux leurs armées pour qu’elles y aient l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ; et en donnant aux hommes des formations pointues afin de hisser les soldats à la hauteur de leurs missions de plus en plus en difficiles ces dernières années. En mettant en synergie les armées africaines, plus que de compter sur des armées étrangères, fussent-elles les plus redoutables par les moyens, l’Afrique en général et le Sahel en particulier pourront mieux faire face au défi sécuritaire. Le Bénin semble l’avoir compris pour venir ici discuter de partenariat militaire sud-dus avec l’Etat-major nigérien.

Aussi, comment ne pas saluer la dernière dotation en matériel militaire, et notamment en logistique offerte à l’armée nationale sur fonds propres ? Même par les images, et pour le profane que l’on peut être, l’on peut apprécier la qualité du matériel fourni. Une armée a besoin de matériel de qualité et des hommes aguerris. Et c’est pourquoi sa gestion ne saurait s’accommoder de considérations politiques ou autres. Il est donc important d’éloigner l’armée de la politique pour en faire une institution au service exclusif de la République. Comment ne pas le dire quand tout le monde peut reconnaitre la gestion catastrophique de l’armée pendant les dix années d’Issoufou. Comme quoi, les problèmes que nous visons dans nos Etats sont les conséquences des gestions terribles que nous avons dans nos pays de la part de politiciens revanchards.

ISAK

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