Gouvernance politique : Bazoum, doit-il changer de Premier Ministre ?

De prime abord, la question peut apparaître surprenante, voire provocante, s’agissant d’un régime politique, la ‘’renaissance du Niger, Acte I, II et III’’, qui se caractérise le plus par un conservatisme exagéré, propre à certaines organisations secrètes. Ce renfermement sur soi qui a longtemps singularisé le PNDS-Tarayya, ne laisse guère de place au changement de personnes, comme le veut la démocratie vivante, c’est-à-dire celle du mouvement, du progrès, et non cette démocratie en spirale qui tourne toujours autour des mêmes points de la surface. Faut-il le rappeler utilement, le régime de la renaissance détient le triste record du monde du Premier Ministre le plus longtemps resté à son poste (Il s’agit de Brigi Rafini, PM pendant 10 ans), dans un régime semi-présidentiel qui broie, en règle générale, les Chefs de Gouvernement, puisque ces derniers constituent, en quelque sorte, des fusibles pour protéger le président de la république. A la moindre étincelle, ou crise politique, comme il est souvent très difficile de renvoyer le président de la république, ce sont les Premiers Ministres et leur Gouvernement qui en feront les frais. Bien que le poste de PM soit renforcé par la loi fondamentale, aux termes de la fameuse formule de la Constitution française du 04 septembre 1958 (Dont les constituants nigériens se sont largement inspirés pour ne pas dire les plagier), ‘’Le Premier Ministre détermine et conduit la politique de la nation’’, il n’en demeure pas moins que, dans la pratique, sa survie politique tient à un fil, ce qui fait du système semi-présidentiel le premier cimetière des PM. Mais, chez les roses socialistes du Niger, on avait une autre conception de ce poste politique, celle de la moduler sur les volontés du président Issoufou Mahamadou, qui, par calculs politiques sordides, avait driblé l’appareil du PNDS/Tarayya pour nommer PM Brigi Rafini, qui n’était pas encore, à l’époque, militant du parti rose (Il le deviendra lors du Congrès qui porta Mohamed Bazoum à la présidence du PNDS/Tarayya). Fin et cynique calculateur, Issoufou Mahamadou avait ses idées à travers la tête, dans ce choix porté sur un homme politique connu pour son inconstance partisane (Nomadisme dans les deux sens, au sens propre, nomade touarègue, au sens figuré, nomade politique pour avoir milité dans plusieurs formations politiques du Niger post-Conférence Nationale). Il était surtout connu pour sa grande docilité politique vis-à-vis du maître du moment, dont il savait deviner, dans les moindres détails, les désirs et les non-désirs. En prenant Brigi comme PM, mieux en le reconduisant pour le second mandat, Issoufou Mahamadou savait exactement ce qu’il faisait et ce qu’il voulait, c’est-à-dire placer un personnage sans grande envergure politique et professionnelle, sans ambitions politiques véritables, qui s’était, d’ailleurs, retiré dans son Iferouāne natal, après la grande transhumance politique qui avait marqué son parcours politique ; mieux, un personnage qui lui devait tout dans cette ascension politique. Alors, l’on pouvait deviner les intentions politiques du stratège de Dandadji qui étaient celles d’instaurer l’exercice d’un pouvoir personnel, autocratique. Pour cela, il ne voulait pas d’un Hassoumi Massaoudou, jugé plus intelligent et moins manipulable ; non plus d’un Mohamed Bazoum, perçu comme impulsif et surtout en quête de popularité pour son attitude un peu suffisante qui lui collait à la peau, à cette époque (Mais, il faut bien reconnaître, en revanche, que Bazoum a fait d’énormes progrès pour soigner cette image déformante de sa personnalité véritable). Or, avec Brigi, il s’assurait, au moins, d’une chose : l’obéissance à l’oeil et au doigt au monarque Issoufou.

Voilà, probablement, la raison fondamentale pour laquelle Issoufou Mahamadou, en dépit de l’absence de résultats tangibles des deux gouvernements de Brigi, avait maintenu celui-ci à son poste durant une décennie ! Pourtant, sous la Cinquième République du duo Tandja/Hama, que ne disait-il pas à propos du maintien de l’enfant de Youri au poste de PM ? Lui et ses partisans étaient allés jusqu’à supputer que Hama Amadou aurait ‘’gris-grisé’’ (ensorcelé) le PR Tandja pour l’incruster dans ce poste ! Alors, pour ‘’désenvouter’’ le PR Tandja de la supposée magie noire de Hama Amadou, quoi de plus simple que créer toutes les conditions possibles afin de briser cette complicité, cette confiance entre les deux têtes de l’exécutif de cette époque, en recourant parfois à des ‘’armes non-conventionnelles’’ pour abattre l’enfant-prodige de Youri ? Malheureusement, le président Tandja, naïf sans doute, n’avait pas découvert les desseins funestes qui se cachaient derrière la démarche d’Issoufou Mahamadou et de son clan politique de ces temps-là, car, il était évident pour ceux-ci que Hama Amadou apparaissait comme l’unique obstacle majeur à l’émergence du PNDS/Tarayya, un parti politique qui souffrait d’un gros déficit de popularité, en ces années-là. Et tout le monde connaît la suite de l’histoire…

Aujourd’hui, Issoufou Mahamadou a, certes, officiellement, quitté le pouvoir au profit de son dauphin politique, Mohamed Bazoum, mais, dans la réalité, son ombre tutélaire plane toujours sur les institutions de la Septième République dont il avait été l’architecte principal. Il sera ainsi parti sans être parti totalement, en y laissant son ancien Directeur de Cabinet, Ouhoumoudou Mahamadou, devenir PM, afin d’‘’encadrer’’ le président Bazoum dans le respect du pacte successoral conclu entre le président sortant et celui entrant. Mais, depuis sa prestation de serment et la présentation de sa Déclaration de Politique Générale (DPG), en avril 2021, le PM Ouhoumoudou Mahamadou et son gouvernement peinent à enregistrer des résultats satisfaisants dans la gouvernance du pays. En effet, dans tous les domaines de la vie publique nationale, l’on ne sent pas, véritablement, la patte de cet ancien fonctionnaire international sur la marche des affaires de l’Etat. Il est souvent décrit par la plupart de ceux qui l’ont approché comme un monstre froid, un personnage carré, antipathique et qui laisse, généralement, ses interlocuteurs sur d’impressions négatives et de mauvais souvenirs. Il n’est pas un bourreau du travail, car, paraît-il, il somnole beaucoup au bureau et donne, parfois, aux visiteurs l’impression d’être absent dans la conversation. Depuis qu’il est en poste, aucune avancée enregistrée dans la gouvernance politique, administrative, économique et sociale du pays. En revanche, s’il y avait un seul domaine où il excellerait, ce serait incontestablement sur le terrain du népotisme pour faire la promotion de ses proches ou de son clan politique, ou pour protéger ces derniers. Il n’hésite pas, par exemple, à aller à l’abordage en appelant, au téléphone, un Directeur de Publication d’un journal de la place pour un article mettant en cause un de ses proches, afin de demander des explications par rapport à l’information révélée par le confrère en question. Il excelle également dans la promotion des cadres de sa région administrative. On sait aussi les conditions dans lesquelles un de ses proches parents a été porté à la tête du Fond d’Entretien Routier (FER), qui d’après certaines indiscrétions, n’aurait pas été le meilleur candidat à l’issue du test de sélection organisé pour désigner le premier responsable de cet organisme public à forte teneur financière ! C’est aussi sous la responsabilité d’Ouhoumoudou Mahamadou, alors Directeur de Cabinet du Président de la République, que la célèbre affaire du faussaire de la Présidence (Ibou Karadjé) a eu lieu, dans la mesure où il était le patron du Palais présidentiel ayant obligation de vérifier et de contrôler tous les actes administratifs posés par les agents de cette institution. Mais, au finish, ce sont quelques lampistes seulement qui seront arrêtés, dans cette affaire, pendant que le premier ordonnateur de cette institution s’en tirait à bon compte. Rappelez-vous encore, il était le Ministre de l’Economie et des Finances qui avait autorisé un marché public à un député de son parti politique, en violation flagrante des dispositions constitutionnelles régissant les conditions d’accès aux marchés publics aux élus de la nation.
C’est certainement tout cela qui explique, aujourd’hui, l’échec de l’actuel PM, incapable d’impulser une dynamique positive à l’action politique du président Bazoum, en semblant être plus au service de l’ancien régime (celui d’Issoufou Mahamadou) que du nouveau pouvoir. C’est pourquoi, visiblement, le président Bazoum devrait envisager, très bientôt, de changer de fusil d’épaule, car il est désormais certain que l’on ne peut guère faire du neuf avec du vieux.
Cependant, le président Bazoum en a-t-il réellement le pouvoir ?
Toute la question est là, hélas !

Dan Malam

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