PNDS Tarayya : La guerre des tranchées en prélude au congrès

Le président Bazoum Mohamed gère l’Etat, il ne le dirige pas. C’est son mentor Issoufou Mahamadou qui l’a imposé aux camarades roses comme candidat du PNDS Tarayya aux dernières élections présidentielles de 2020-2021. Et celui qui a aussi activement manœuvré pour son élection contestable et contestée en raison des fraudes massives qui ont émaillé le deuxième tour du scrutin présidentielle. La mission accomplie, Issoufou ne s’est pas mis en retrait pour permettre à son poulain de déployer en toute indépendance son talent en matière de gouvernance. Il s’est installé allégrement dans les allées de la présidence pour imprimer sa marque aux initiatives et décisions de Bazoum. La nomination du Premier ministre, le choix de certains ministres et non des moindres, la désignation du Haut représentant du président de la République, etc., figurent parmi les actes phares mis à l’actif de l’Issoufou. Et ce n’est pas tout ! Au sein de l’opinion nationale, l’on croit dur comme fer que c’est lui qui dicterait à son poulain la conduite à tenir dans la prise de certaines décisions importantes. Que c’est lui qui entraverait le président Bazoum dans sa volonté exprimée à travers son discours d’investiture de lutter implacablement contre la corruption et l’impunité, mais aussi de travailler avec toutes les compétences du pays, sans distinction de bords politiques. Les caciques du PNDS, majoritairement proches d’Issoufou, le tiennent à l’œil. Toute décision ou volonté de sanction de Bazoum à l’encontre d’un cadre indélicat du parti impliqué dans une affaire de malversations est systématiquement annihilée par l’opposition radicale desdits caciquesOn ne touche pas aux militants roses qui commettent des malversations sur les deniers publics pour alimenter la cagnotte du parti. Pris entre le marteau et l’enclume, tenir son engagement devant la nation ou obéir aux desideratas de son camp politique. Comment ménager la chèvre et les choux ? C’est le gros dilemme de Bazoum depuis son accession au pouvoir. Il est pleinement conscient que le clan Issoufou est foncièrement hostile à son émancipation à la tête de l’Etat qui impliquerait inévitablement leur perte. Raison pour laquelle ils le surveillent comme du petit lait sur le feu. Le président Bazoum a personnellement avoué récemment devant des confrères de la sous-région à l’occasion d’un entretien exclusif que les décisions sont prises de manière concertée avec le Comité exécutif national (CEN) du parti. Quand un président de la République se permet ce genre d’aveu en violation de la constitution, peut-on continuer encore à le créditer d’une réelle volonté de rompre d’avec les pratiques mafieuses qui ont eu cours sous le magistère de son mentor ?

Le discours seul ne suffit plus désormais pour maintenir les Nigériens dans leur espoir de changement du mode de gouvernance de l’Etat. Il faut des signaux forts pour les convaincre. Conscient qu’il n’a pas d’emprise réelle sur le parti contrôlé encore par l’ancien président Issoufou, Bazoum chercherait à aussi à faire de Zinder aujourd’hui un fief électoral sûr, pour se passer de celui de Tahoua qui a été l’artisan principal de son sacre. Doit-il être blâmable pour cette posture ? Assurément non ! D’autant qu’il aspire certainement à briguer un deuxième mandat légal en dépit des embûches qui pourraient se dresser sur son chemin. D’ores et déjà, l’on apprend l’apparition d’une querelle sourde entre les deux camps (les partisans d’Issoufou conservateurs et ceux de Bazoum rénovateurs) qui risque d’imploser au regard du durcissement des positions à mesure que le congrès du parti, prévu en septembre prochain, approche. Foumakoye Gado, imposé par qui on sait comme Haut représentant du président Bazoum Mohamed, assume la présidence du parti depuis l’accession de ce dernier au pouvoir. Parviendra-t-il à se maintenir en poste face à d’autres caciques du parti Ouhoumoudou Mahamadou, comme Massoudou Hassoumi, Kalla Hankourao, qui entendent aussi sortir de leur statut de seconds couteaux pour être désormais directement au-devant de la scène. Avec bien évidemment l’appui et l’onction du manitou Issoufou Mahamadou qui tient encore les rênes du PNDS Tarayya. En cas de résistance du camp Bazoum à l’occasion de ce congrès du parti, la barque rose risque de se fissurer et prendre l’eau de toutes parts. Cette résistance va-t-elle être exposée au grand jour ? Rien n’est moins sûr ! Une seule certitude, c’est que cela permettra à Bazoum de s’extirper de l’emprise d’Issoufou et mettre en œuvre les engagements qu’il a pris relativement à la lutte contre la contre la corruption et l’impunité et promouvoir ainsi la bonne gouvernance qui a fait défaut dans ce pays au cours de ces 11 ans de règne des renaissants. Advienne que pourra !

Tawèye

 

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