Libération des prisonniers politiques : La justice tardive

Prisonniers Politique Niger 03Les Nigériens se remémorent encore, l'arrestation, comme dans un polar, de militants de l'opposition, au prétexte qu'ils envisageaient, en intelligence avec des militaires, de mener une action subversive pour renverser le pouvoir d'une part et de l'autre, avec le dessein funeste d'assassiner le chef de l'Etat, selon les propres dires du président Nigérien convaincu que le projet qui devait l'éliminer était en préparation et surtout que des frères d'arme poignardaient dans le dos d'autres frères. L'annonce, faite avec fracas, avait même surpris plus d'un Nigérien. Comment des gens qui ont régulièrement inscrit leur combat politique dans le cadre d'un parti politique qu'ils animent non pas dans la clandestinité mais officiellement, peuvent-ils choisir un tel raccourci quand ce ne sont même pas eux qui doivent manier les armes qui tuent ? Est-il concevable que celui qui s'apprête à se présenter à des élections puisse se détourner de cette voie pour une autre qui ne correspond à aucune éthique qu'il défend ?

Et l'on s'est posé plusieurs autres questions. Est-il possible en cette époque de préparer et de mettre à exécution un projet de coup d'Etat par SMS ? Et les Nigériens n'ont pas trop cru à l'affaire. Le scénario fabriqué de mains d'amateurs, était loin de la vraisemblance. Quel hasard aussi heureux aura permis que ne soient visés pour l'essentiel que des militants de Lumana qui, plus, sont les mobilisateurs de régions électorales où le parti de Hama Amadou reste le plus populaire ? Cette stratégie, en ciblant bien les hommes qu'il faut arrêter coûte que coûte, ne découle-t-elle pas d'un plan machiavélique conçu pour décapiter un parti que redoute le régime, en lui ôtant ses forces qui mobilisent hommes et moyens ? 

Dans cette affaire, les gens avaient donc tout de suite vu la main du politique qui cherchait les moyens, et tous les moyens par lesquels, il peut écarter un adversaire qui gêne mais on sait les convictions et la combativité des sympathisants, pour ne pas être certain que par d'aussi grotesques montages, il allait être facile de défaire sa machine. Et l'on a ensuit observé l'activisme du régime à justifier le fameux coup d'Etat, en allant du coq à l'âne, pour expliquer et faire admettre un truc fait de bric et de broc et qui ne peut pas sensément tenir la route, dans ce que l'on peut concevoir avec une certaine expertise militaire. Ce fut d'abord, le ministre de l'intérieur de l'époque, un certain Hassoumi Massaoudou rattrapé aujourd'hui par cette grosse affaire de 200 milliards, qui s'en chargera pour trouver le moyen d'impliquer des hommes dont le choix obéissait à un certain agenda que les Nigériens soupçonnaient déjà. Puis l'on devait entendre le ministre de la défense de l'époque, un certain Karidjo Mahamadou, obligé de jouer sa partition pour la vraisemblance de la mise en scène, jurant sur un honneur aujourd'hui compromis après le non-lieu de la justice, pour faire admettre que leur chose est vraie car disait-il, " pas moins de quatre parmi les personnes arrêtées, seraient passé aux aveux, ainsi qu'on pouvait l'entendre derrière ces mots proférés avec tant de sérieux : certains, devaient-il rassuré, auraient plongé. Les socialistes se sont ainsi mouillés pour faire admettre leur " machin. "

Taisons les péripéties des arrestations extrajudiciaires, avec souvent des individus cagoulés, visiblement convaincus du faux dans lequel ils étaient appelés à jouer pour refuser de jouer à visage découvert. Cette attitude bien curieuse de la part de personnes qui disaient être convaincus de leur truc, ne pouvait que faire douter d'une affaire qui ne pouvait qu'être inventée, fabriquée, manigancée, orchestrée, scénarisée, théâtralisée. Pour réfléchir à la suite du polar qui se tramait, on se donna le temps, en maintenant, dans les trous des services de renseignements, les gibiers de la renaissance interdits de visite tant de la part de leurs familles que de leurs avocats, les séquestrant pour avoir à les démoraliser, et peut-être à obtenir un mea-culpa facile de la part d'hommes qui doivent pour une fois douter qu'ils sont dans une démocratie. Il avait fallu que les avocats sidérés de ce traitement dégradant, déshonorant animent un point de presse pour dénoncer les conditions iniques de détentions de leurs clients, pour qu'enfin, dans la précipitation, le régime, relâchent ses bagnards, qui peuvent alors sortir de l'obscurité de la DGSE pour être conduits à la brigade fluviale où ils peuvent enfin voir les siens et les lueurs du jour qu'ils avaient perdu. Alors que visiblement, suite aux interrogatoires, l'on ne semblait entendre rien de compromettant pour ce dont on les accuse, et alors qu'un jour, ils avaient l'impression que le juge allait les relâcher, ne voyant rien de sérieux dans ce qui se racontait, une voix invisible et lointaine, agit sournoisement pour décider autrement car la motivation politique avait encore besoin de cet isolement pour avoir l'espace qu'il faut pour agir à sa guise et commettre le forfait électoral auquel il aspirait et garder le pouvoir, dans la peur de rendre compte s'il arrivait qu'il perde le pouvoir par les urnes transparentes. Comment d'ailleurs croire, ainsi que cela avait été demandé à certains, que rendre régulièrement visite à une mère, puise justifier une intention ou même un projet de coup d'Etat ? Comment, demander à des marabouts, quand on a les moyens de le faire, de vous lire intégralement le Coran chaque vendredi, puisse justifier que l'on chercherait un coup d'Etat ou même que l'on demanderait les faveurs de Dieu pour faire tomber un régime ? Il est inadmissible que des cartésiens puissent croire qu'on peut aller avec de telles idées défendre d'un point de vue pénal un dossier qu'on convoie en justice. Comme on peut le comprendre, il n'y avait rien de sérieux dans ce dossier et c'est d'autant plus choquant qu'à un moment, les preuves mêmes qu'on avait dit détenir et qui seraient versés dans le dossier, devaient, selon une déclaration de la défense, être retirées, car en vérité, on aura compris que ces preuves n'avaient jamais existé. Le seul fait sur lequel on agissait était qu'on pensait être plus fort, parce qu'on a le pouvoir, souvent plus que la justice pour croire qu'on peut tout le temps donner aux choses l'évolution qu'on veut. Et l'on a, par r méchanceté et dans l'injustice, laissé des hommes croupir en prison, pendant longtemps, pendant de longs mois, loin de leurs familles, de leur vie, de leurs rêves et de leurs projets. 

Pourtant, les méchants croyaient que parler dans la gouvernance du camarade président de prisonniers politiques, c'est tenir un discours d'opposant et de détracteur. 

Quinze mois pour un non-lieu ! 

Il est inadmissible que dans un Etat de droit qu'un autre, fut-il le prince, imprime aux affaires judiciaires le rythme qu'il veut pour faire payer à un autre, une peine qu'il n'aurait jamais du purger. Car quelle frustration peut-on ressentir quand après avoir passé tant de temps derrière les barreaux et qu'on vient vous signifier par rapport à l'affaire pour laquelle on vous poursuit et vous accable, un non-lieu ? C'est d'autant plus choquant que l'on sait que même la liberté provisoire leur a été refusée. Il n'y a que trop de méchanceté dans ce pays où Dieu ne semble plus habiter le socialisme. Ayant conscience que ce qu'il disait était faux, le régime marquait sa solidarité dans la traque d'opposants devenus encombrants comme si chacun trouvait son compte dans l'infamie. Et Cheffou se taisait, ne disait rien, ne serait-ce que pour demander que l'affaire soit traitée judiciairement et contradictoirement. Et Algabit se taisait. Et Seini se taisait. Car tous, pour un soutien et les places qu'il fait mériter, pouvaient mépriser la justice, accepter le mal et l'injustice. Les pauvres. 

Une libération qui questionne…

 Comment d'ailleurs ne pas se demander pourquoi, c'est en ce moment seulement qu'intervient la libération de détenus politiques alors même qu'aucun signe ne le laissait présager une semaine auparavant. Faut-il lier cette libérationsurprise à l'affaire des 200 milliards qu'on veut faire oublier et qu'on ne peut jamais oublier ? Ou bien est-ce le fait d'une volonté de décrisper une situation sociopolitique nationale délétère, profondément pourrie ? Faut-il aussi croire que cela n'est que le fait d'une médiation extérieure, et notamment de la France dont le président de l'Assemblait rendait visite au Niger quelques jours plus tôt ? Bref, beaucoup d'observateurs pensent que cette libération ne dépend pas que de la justice, convaincus que si c'est d'elle que cela dépendait, elle allait libérer depuis le temps qu'elle ne comprenait rien aux accusations qu'on portait contre ces hommes, les preuves étant farfelues. Il est évident que l'on chercherait par cette libération des retombées politiques pour un régime qui s'est gravement sali par le style de sa gouvernance afin de se refaire une image ternie par six années de harcèlement et de fixation maladive. Que ce qui est arrivé s'explique par une raison ou par une autre, on aura compris que cette libération s'est faite non par la volonté des princes qui ne savent plus depuis un certain temps comment se tirer de cette affaire dans laquelle ils avaient misé gros pour nuire à des hommes et les anéantir politiquement. Et l'on donnerait plus de crédit à l'implication de partenaires car ces affaires que traine le régime ont gravement altéré l'image du régime au point où personne ne lui fait confiance, du moins en ce qui est de sa capacité à gérer démocratique le pouvoir. Peut-être aussi une raison pour se faire  ravir un poste convoité à l'UEMOA. Victoire de l'opposition…

Tout en inscrivant son combat dans le cadre légal, balisé par l'architecture démocratique, l'opposition tout en vivant de manière stoïque, toutes les brimades qu'on lui a faites, a fini au bout du tunnel par voir la lumière du jour. Aujourd'hui par ses patiences que d'aucuns disaient friser la couardise pour des hommes et leurs leaders qui avaient simplement choisi de refuser d'aller à la brutalité à laquelle les poussait le régime pour imposer au pays des turbulences inutiles, l'opposition sort grandie et plus que jamais renforcée dans ses convictions. C'est donc le triomphe des Justes sur les méchants et le monde entier comprend aujourd'hui pourquoi, Issoufou Mahamadou et son système avaient imposé ces épreuves à ses hommes : il lui fallait vaille conserver le pouvoir, et tant pis s'il lui fallait marcher sur d'autres Nigériens.

Le discrédit d'un régime…

 S'il est vrai que pour avoir joué ce jeu, Issoufou a pu conserver le pouvoir, il reste vrai que cela ne lui donne aucune gloire. En choisissant ces voies détournées et honteuses pour imposer aux Nigériens des élections tropicalisées et voler la souveraineté populaire, le système Guri ne donne d'autres choix au monde que d'avoir du dédain pour son pouvoir mal acquis, usurpé à la manière des gangs. Le monde entier a donc compris et il va sans dire qu'Issoufou ne peut plus se pavaner dans le monde avec les mêmes fiertés et se targuer d'être démocratiquement élu même si certains n'ont plus de scrupule à le faire croire. Après cette libération qui vient presque un an après le forfait électoral, on aura compris que c'était le prix d'une réélection que tout le monde savait impossible par les voies normales quand on sait le seuil d'impopularité et d'isolement du régime dans le pays. Les gouvernants en étaient eux-mêmes d'autant plus convaincus qu'il leur a fallu s'encombrer de l'amitié dérisoire et conjoncturelle d'une cinquantaine de partis politiques inutiles pour justifier un score qui ne pouvait pas se justifier dans une démocratie normale. Car comment peut-on être élu à la hauteur de 92% et craindre son peuple pour continuer à chercher des renforts en tendant toujours une main qui n'est pas sincère, faut-il le souligner, et en renforçant une sécurité comme si l'on devait douter de sa popularité, de sa représentativité et de la légitimité de son pouvoir. Un non-lieu, ne peut donc que discréditer des gens qui avaient fait des révélations sur l'honneur (perdu) et qui, comme tenant un Coran dans la main, pensaient dire des vérités incontestables qui ont d'ailleurs poussé le président lui-même à se jeter dans la mêlée pour confirmer à l'occasion d'un message à la nation, une information dont on doutait pourtant fortement dans le pays. Issoufou Mahamadou qui avait eu ces gros mots, pour tenir les propos que l'on sait, peut-il aujourd'hui, comprendre le sens du non-lieu prononcé pour ces civils dans le complot que son système a ourdi contre des adversaires politiques, sacrifiant pour que la chose tienne la route, des officiers, pour lesquels aussi, bien d'analystes ne croient pas à la thèse du coup d'Etat ?

On pourrait d'ailleurs croire que libérer tout ce beau monde, serait un camouflet fatal pour un régime qui tangue, cerné par mille et un scandales desquels il ne peut se défaire. Il est clair qu'en l'absence d'indices probants, la Justice finira par les libérer aussi. Et il semble que c'était dans cette mascarade qu'on voulait pousser certains à signer leur démission de l'armée. Quelle ruse ?

Un moral fort… 

Les hommes libérés que l'on a vus sont des hommes qui sont revenus ragaillardis, renforcés, aguerris d'une épreuve qui aura renforcé leurs convictions tant ils avaient le moral, plus que jamais engagés à mener et à continuer le combat qui leur aura fait mériter la prison. Et c'est cela qui fait la force du militant Lumana : il ne désarme pas, et toujours confiant, nourri d'espérance et de magnanimité, il endure les épreuves et marche vers le destin du parti qu'il sait incorruptible. L'on a d'ailleurs vu la ferveur militante, des femmes et des hommes du parti qui avaient accueilli leurs héros sortis des goulags de la renaissance. Issoufou Issaka, sortant du trou noir des prisons infectes de la renaissance, a pu voir quotidiennement, la précarité dans laquelle vivaient des détenus et comme toujours n'avait pas maqué de leur manifester sa solidarité, son humaine qu'ensemble ils cultivent dans le parti, en offrant deux tonnes de céréales à des prisonniers dont on dit qu'ils meurent de faim.

Revenir à la raison… Il ne sert à rien de continuer dans cette logique qui ne peut rien apporter à la nation, ni même à ceux qui gouvernent qui doivent savoir qu'ils ne peuvent plus compter sur les mêmes complicités en France, pour gouverner à leur guise, dans la méchanceté notamment. Ils doivent donc comprendre que malgré les rebondissements dans la campagne présidentielle française, ils ne peuvent plus avoir les mêmes hommes qu'ils devraient avoir à la tête de cette France dont les hommes politiques sont de plus en plus édifiés sur la situation du Niger et surtout que la fragilité du pouvoir de Niamey qui n'aura tenu que par la brutalité policière et les sagesses d'une opposition mesurée qui a le souci de la stabilité du pays surtout en ces moments de misères et d'insécurité.

Les temps ont changé et plus personne ne peut plus gouverner comme il le veut et ce d'autant que, quoi fera un autre, forcément, chacun a sa place dans la nation, dans la République, dans la démocratie que nous voulons compétitive sur le continent.

Le Guri s'était trompé de chemin car, c'était depuis un soir du 7 avril 2011, qu'il oubliait au Palais des Sports, la boussole qu'il disait tenir dans ses mains pour ne pas se perdre et agir en toute responsabilité. Malheureusement, le régime était venu pour des règlements de compte, pour jouer et oublier les attentes pressantes du peuple quand pourtant ce ne sont pas des défis qui lui manquent.

La renaissance, un vrai cauchemar pour le Niger… DJANGO.

06 avril 2017
Source : L'Actualité 

 

 

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