Inauguration de la centrale thermique de Gorou Banda : Un autre éléphant blanc de la Renaissance

GoroubandaPlusieurs fois programmée et reportée, la centrale thermique de Gorou Banda a enfin été " inaugurée " par le chef de l'Etat himself, le dimanche 2 avril 2017. Elle est l'aboutissement d'un marché conclu depuis 2011 et fait partie d'un complexe. D'une superficie de 80 hectares, le site de Gorou Banda est " conçu pour être le principal complexe électrique du Niger ", selon le siteweb Nigelec. Il concentrera toutes les infrastructures destinées à l'alimentation en énergie électrique de la capitale et ses alentours. Ce centre comprend, toujours selon le siteweb Nigelec, une centrale Diesel de 100 mégawatts (MW), un poste destiné à recevoir et à transformer l'énergie en provenance du Nigé- ria, du barrage de Kandadji, de la centrale de Salkadalma et de la centrale thermique de 100 MW ; un bloc technique, un bloc administratif, un park de stockage de combustibles, une cité d'habitation pour le personnel, un centre aéré, et une centrale à cycle combiné dont la construction est envisagée à l'horizon…2025. La construction de la centrale se fera en deux phases dont l'une a une capacité de 80 MW, et la 2ème de 20 MW. " Cette puissance viendra compléter l'offre d'énergie de la région de Niamey dont la pointe enregistrée cette année atteint 98 MW contre une puissance installée de 53 MW ".

L'objectif majeur du projet est donc de régler l'insuffisance de la production locale d'électricité en cas de coupure de la ligne Birnin KebbiNiamey jusqu'à la mise en service de la centrale hydro électrique de Kandadji. Le projet prévoit également la construction d'ouvrages d'évacuation d'énergie vers la zone industrielle, le poste de la rive droite et la centrale de Goudel, Say et Kollo. Le coût du projet est estimé à 80 milliards FCFA, dont 69 milliards 865 millions FCFA déjà acquis. Le montant acquis est réparti entre la BOAD (33 milliards), la BID (17 milliards), l'Etat du Niger (2 milliards 235 millions) et la Nigelec (630 millions).

A l'évidence, c'est une centrale sur papier que Mahamadou Issoufou, comme à ses habitudes, a inauguré le samedi passé. Les nigériens sont habitués à ce cirque fait de réalisations imaginaires et d'inauguration d'ouvrages inachevés : le rail de Bolloré, l'hôpital de référence, le marché de Maradi, sans compter les ouvrages lancés à plusieurs reprises mais qui n'ont pas connu un seul coup de pioche, six (6) pour certains. La centrale diesel a une capacité de 100 MW en deux phases, dont la première est de 80 MW. Pour combien de MW at-on installé le dimanche passé ? Est-elle-même fonctionnelle ? Les habitants de Niamey n'ont pas été surpris de constater que les délestages n'ont pas diminué, au contraire. Avec beaucoup de dommages sur les appareils électriques et électroménagers dans les foyers, à cause de ces coupures intempestives à la veille de la cérémonie et après, malgré Gorou Banda qu'on nous a chanté comme la panacée. En plus de son aspect purement publicitaire et jusqu'ici théorique, le projet de Gorou, de l'avis d'un expert comme Albert Right du Centre National d'énergie solaire est aussi onéreux que polluant. Un véritable gâchis. La construction de Gorou Banda coûte 80 milliards. Pour fonctionner, la centrale va consommer 130 000 tonnes de gas-oil par an, soit autour de 70 milliards FCFA en besoin annuel d'alimentation et de fonctionnement. Ce qui fait qu'au bout de 10 ans, Gorou Banda reviendra à notre pays la coquette somme de 780 milliards FCA. Alors que le projet de centrale solaire, sur la base d'une énergie renouvelable et propre qui est le soleil que nous avons à revendre, qu'il a proposé tourne autour de 300 milliards FCFA, sans frais de fonctionnement en dehors des salaires du personnel. Côté pollution, c'est la mort garantie. Avec 354 tonnes de gas-oil par jour, 452 kilotonnes de gaz carboniques tous les ans nous frôlons Tchernobyl. Gorou Banda, a tout l'air d'un véritable gâchis qui vient allonger la longue liste des éléphants blancs du régime de la Renaissance qui pense que les effets d'annonce suffisent à régler les problèmes réels quotidiennement vécus par les nigériens. Quel mépris pour un peuple à qui on doit pourtant tout. 



07 avril 2017
Source : Le Courrier 

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