Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” : Si, malgré la sortie de ce livre blanc de l’opposition, Un Issaka Souna ne démissionne pas, il n’est sans doute pas au service du Niger, mais d’un clan politique.

Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” : Si, malgré la sortie de ce livre blanc de l’opposition, Un Issaka Souna ne démissionne pas, il n’est sans doute pas au service du Niger, mais d’un clan politique. Il en est de même de tous ceux qui ont été épinglés dans ce livre Pendant que vous jouez au médiateur au Mali, chez vous, la crise électorale prend de l’ampleur. Et c’est fort à-propos que l’opposition, qui a rendu public un ouvrage appelé « Livre Blanc sur le processus électoral 2020-2021 » vous demande humblement de balayer d’abord devant votre porte avant de vous préoccuper de la devanture des autres. C’est vrai que vous n’avez pas su donner l’exemple chez vous en matière de dialogue et de respect des lois, bref en termes de gouvernance. Le processus électoral, en particulier, est dans un tourbillon d’incertitudes parce que vous n’avez su ou voulu instaurer un dialogue susceptible de désamorcer les tensions perceptibles depuis longtemps et qui se cristallisent à mesure que les échéances électorales approchent.

Dans ce Livre blanc, l’opposition nigérienne vous a épinglé comme étant le principal responsable de la situation qui prévaut au plan politique. Vous avez refusé de parrainer le dialogue national et l’opinion internationale, en particulier les partenaires du Niger en matière électorale, savent désormais ce qui est caché derrière les images policées de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), de la direction de l’informatique et du fichier électoral biométrique (Difeb) ainsi que de la Cour constitutionnelle. Tout est sous contrôle du Pnds Tarayya, votre parti politique, celui pour lequel vous vous êtes permis, en violation de votre serment et de la Constitution, de désigner un candidat à l’élection présidentielle. Les révélations de l’opposition politique à travers ce livre blanc mettent de l’eau au moulin de tous ceux qui vous ont très tôt accusé d’être l’alpha et l’oméga de la crise. Vous avez refusé de parrainer ce dialogue tant souhaité de vos compatriotes, il n’est permis à personne de douter de votre de vos desseins. Le Livre blanc enlève tout crédit au processus électoral et particulièrement à ceux qui l’animent. Si, malgré la sortie de ce livre blanc de l’opposition, Un Issaka Souna ne démissionne pas, il n’est sans doute pas au service du Niger, mais d’un clan politique. Il en est de même de tous ceux qui ont été épinglés dans ce livre.

Quant aux partenaires du Niger en matière électorale, Le Pnud et le système des Nations unies, entre autres, les ambassades d’Amérique et de France notamment, laissez-moi l’opportunité de leur dire dans les lignes de cette lettre, que ce serait faire preuve de mauvaise foi que de croire que le Niger se prépare à des élections libres, transparentes et honnêtes. Le parti pris des acteurs chargés de l’organisation est manifeste.

Monsieur le “Président”

Vous le comprenez sans doute, je ne peux vous écrire sans vous rapporter ces réactions enregistrées aux quatre coins du monde à propos de vos positions et de vos discours à propos de la crise malienne. Des réactions d’à-propos et pour le moins pertinentes qui ont vocation à rappeler à votre bon souvenir la contradiction de vos actes et de vos discours à propos des mêmes choses, des mêmes évènements et faits politiques. J’ai été mis en miettes par des personnes averties et puisque, lorsqu’on est chef d’Etat, on vit parfois dans une bulle, j’ai tenu à vous informer de cette leçon qui m’a été faite et qui m’a littéralement fait taire. Mes vis-à-vis disent espérer que vous aussi, vous allez vous taire une fois que je vous aurai transmis ce que mes oreilles ont pu entendre.

Monsieur le “Président”

Un d’entre eux, m’a brutalement demandé si je trouvais juste et admissible que le régime tue à balles réelles des Maliens sans que la Cedeao que vous présidez ne lève le petit doigt mais que vous soyez si prompts à réagir lorsque le peuple malien, souverain, exige la démission du Président Ibrahim Boubacar Keita.

Un autre m’a fait remarquer que le plus inexplicable en ce qui vous concerne, personnellement, est de parler avec le président et l’opposition de ce pays et ne pas être capable de recevoir l’opposition chez vous depuis presque 10 ans. Ça pose problème, n’est-ce pas ? Toujours à votre attention, beaucoup de gens, au Niger, au Mali comme ailleurs, vous demandent où était la Cedeao quand les Burkinabè chassaient Blaise Compaoré, leur président, qui a pourtant été démocratiquement élu, comme vous dites ?

J’ai compris que la question vous visait précisément puisqu’il a été soulignait que pendant ce temps, feu Salif Diallo, figure de proue de la contestation populaire, se pavanait dans les murs de la présidence de la République du Niger, sous votre ample protection et “bénédiction”.

La meilleure, c’est bien entendu cette lettre du 26 janvier 1996 dont vous êtes l’auteur et qu’ils sont allés déterrer, je ne suis où, pour montrer à quel point vous êtes disqualifié à prétendre qu’il est hors de question que le Président IBK démissionne. Dans cette lettre explosive remise au goût du jour qu’on m’a fait lire avant de me donner copie vous demandiez à la Cour suprême de l’époque, ni plus ni moins que de constater l’empêchement absolu du président de la République élu le 17 mars 1993. Ah, que nos actes savent nous rattraper ! La copie de la lettre, disentils, doit servir de traitement de choc à mon amnésie et je dois avouer que j’ai été complètement assommé. Et dans le vertige qui m’a pris, je me posais une seule question : si nos frères maliens ont pu se procurer une copie de cette lettre, notre crédibilité est par terre, c’est imparable.

Monsieur le “Président”

Vous avez, notamment, rappelé dans votre lettre à la Cour suprême, que le Président Mahamane Ousmane prend parti dans les affaires internes d’une formation politique, se comportant ainsi comme un chef de clan au mépris de la hauteur qu’exige sa charge. Toutes choses, m’a-t-on assené, dont vous vous êtes rendu coupable, aujourd’hui.

Vous avez également fait remarquer à la Haute cour de l’époque que le Président Ousmane fait tenir un stock d’armes au foyer de la Garde présidentielle et au Palais abritant le Conseil des ministres et refuse de le mettre à la disposition du gouvernement en dépit d’une demande expresse du Premier ministre. Ils m’ont tranquillement dit que non seulement Mahamane Ousmane n’a pas gardé les quantités d’armes que vous avez, aujourd’hui, à la Garde présidentielle, mais il est surtout important de relever que sous Mahamane Ousmane, les milliards destinés à la sécurité et à la défense du Niger n’ont pas été détournés et l’intéressé n’a pas couvert et protégé les auteurs de tels crimes.

Vous avez aussi relevé qu’il refuse de se soumettre aux décisions de justice, portant ainsi atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire et qu’il traînerait une grave pathologie qui le rend inapte à gouverner. Mes interlocuteurs, déterminés à me fermer le clapet, m’ont fait observer, avec évocation de cas probants, combien de fois vous avez violé la Constitution et servi de protecteur à des personnes épinglées dans des rapports d’inspection.

Monsieur le “Président”,

Il faut reconnaître que vous mettez mal à l’aise tous ceux qui, comme moi, essaient, en vain, de vous défendre. Je sais qu’il n’y a pas de belles choses pour le faire, mais je m’y emploie par principe, comme un soldat qui entreprend de faire un baroud d’honneur en se sachant vaincu à l’avance. J’ai l’impression que tout semble s’écrouler sous vos pieds : le prestige, le renom, etc. À la lumière de la crise malienne, vous n’avez pas eu d’autre choix, je l’ai compris, que de faire tomber les fards si méticuleusement posés, cette image que vous avez mis tant de fortunes à cacher à l’extérieur, en la polissant et en la faisant briller de mille feux par coups incessants opérés dans certains médias.

Aujourd’hui, davantage de personnes, à l’extérieur du Niger, ont compris quel chef d’Etat vous êtes pour votre peuple. Je n’ai rien pu contrer, les faits étant têtus. Vos actes ont si mieux parlé de vous que vos paroles volent en l’air et le tapage médiatique autour de ce que vous seriez a coûté trop cher au Niger sans résultat probant, en définitive.

Monsieur le “Président”

Balayer d’abord chez soi avant de regarder ailleurs, je suis parfaitement d’accord avec ça. Balayez d’abord chez vous en instituant ce dialogue national inclusif, l’antidote à une crise inévitable qui risque de plonger le Niger dans le chaos.

Mallami Boucar

 

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