Niger : retards de paiement des contractuels de l’enseignement, classes perturbées et crise silencieuse à Niamey
Selon le journal L’Actualité, la question des arriérés de pécule des contractuels de l’enseignement prend, à Niamey, des allures de crise à bas bruit. Le quotidien décrit une scène devenue presque routinière : des enseignants s’entassent chaque jour dans l’enceinte de l’Hôtel des Postes, espérant, parfois sans information claire, le paiement d’un dû qui tarde à venir. L’image, insiste le journal, contraste avec le discours d’un État qui se veut refondateur, souverain et soucieux de dignité.
Pour L’Actualité, le problème dépasse largement le registre du “retard administratif”. Car pendant que les enseignants attendent, l’école se dérègle : des classes se vident, des cours sautent, l’emploi du temps se fragmente et les élèves, faute d’encadrement stable, se retrouvent en errance. Le journal y voit le signe d’un malaise plus profond : lorsque la rémunération devient incertaine, c’est tout l’édifice de la continuité pédagogique qui vacille, et avec lui la confiance dans la capacité de l’État à tenir ses obligations les plus élémentaires.
Dans une période où la Refondation est présentée comme une rupture avec les pratiques inefficaces du passé, L’Actualité estime que l’éducation ne peut être traitée comme un dossier secondaire. L’école publique, rappelle-t-il, n’est pas seulement un service parmi d’autres : elle est un pilier de la souveraineté intellectuelle, un levier de cohésion sociale, et l’un des rares investissements capables d’engendrer des effets durables sur la productivité, la citoyenneté et la stabilité.
Au fond, la critique formulée est celle d’un test de gouvernance. Non pas un test théorique, mais un test concret : la capacité à faire fonctionner les mécanismes de paiement, à éviter l’humiliation publique de ceux qui instruisent la nation, et à protéger le temps scolaire contre l’érosion lente des dysfonctionnements. Pour le journal, la Refondation ne peut se réduire à des slogans ; elle se mesure dans le quotidien, là où l’administration doit produire des résultats visibles.
L’avertissement est clair : si l’attente et la précarité deviennent la norme dans l’éducation, c’est l’idée même de souveraineté qui perd de sa substance. Car un projet national se bâtit d’abord dans les salles de classe — ou se fragilise, silencieusement, quand celles-ci se vident.
Boubé G (Nigerdiaspora)