Issoufou Mahamadou : Entre folie des grandeurs et déni des réalités !

Chaque jour qui passe, au Niger, le constat, mieux l’évidence d’une présidence bicéphale (deux pôles de décisions) à la tête de l’Etat se précise de plus en plus, et renforce, naturellement, le sentiment, dans le pays, d’une régence entre le président sortant, Issoufou Mahamadou et son dauphin politique, Mohamed Bazoum. Séjournant dans la région de Maradi pour présenter des condoléances à la famille du Chef coutumier de Mayayi, l’Honorable Boukari Sabo, récemment disparu (Paix à son âme !), l’ancien président de la république, Issoufou Mahamadou, a encore réussi l’exploit de défrayer la chronique sur le statut privilégié qu’il se sera octroyé, une fois, hors du pouvoir formel. En effet, sur les images diffusées sur les réseaux sociaux de la place, l’on pouvait voir la très forte délégation qui l’accompagnait ainsi que l’impressionnant dispositif sécuritaire et protocolaire déployé à l’occasion de ce déplacement. L’avion qui le transportait paraissait être un jet privé, probablement affrété à prix d’or aux frais de la princesse, puisqu’apparemment, il ne ressemblait pas à un aéronef appartenant la flotte locale. On y voyait même des hauts officiers de police, voire de ministres actuels (Kassoum Moctar et Foumakoye Gado) pour accueillir l’ancien PR. Même la circulation urbaine de Maradi avait été bouleversée par l’arrivée du ‘’Roi Issoufou et sa suite’’, fait digne d’un président de la république en exercice. A ce sujet d’ailleurs, l’on pourrait s’interroger, plus sérieusement, sur le véritable statut du Haut Représentant du Président de la République, tel qu’un certain Foumakoye Gado, un des pions importants de la ‘’Issoufoumania’’, l’incarne au quotidien, loin, très loin de ce que l’on devrait en attendre, c’est-à-dire, être le représentant du président de la république en service, et non être au service du PR sortant. A vrai dire, l’on ne comprendrait jamais les raisons objectives de la présence du Haut Représentant du PR aux côtés d’un ancien PR, si ce n’est qu’Issoufou Mahamadou    Mahamadou et son clan se foutent éperdument du Niger qu’ils auront transformé en une dynastie politique. Remarquez à ce sujet la garde prétorienne qui accompagne souvent Foumakoye à l’occasion de chacun de ses déplacements, dont on eût dit qu’il s’agissait du responsable d’une institution constitutionnelle, mais bien d’un poste de pure complaisance politique pour caser un fidèle ! Les moyens employés par le Haut Représentant du PR proviennent des fonds publics, mais le service, mieux le rôle pour lesquels ces moyens ont été prévus, auront été détournés à des fins personnelles, afin de servir les intérêts d’Issoufou Mahamadou et de son clan. Le Président Bazoum pourrait-il supporter, sur la conscience, un tel détournement d’objectifs manifeste ? Pourquoi, lorsque les autres anciens Chefs d’Etat (Mahamane Ousmane, Djibo Salou, ou encore Tandja Mamadou de son vivant) se déplaçaient, l’on ne voyait pas le Haut Représentant du PR ? A la vérité, le Président Bazoum, qui a prêté serment sur le Saint Coran, devrait revoir la copie présentée par Foumakoye Gado dans cette représentation qui n’aura été, en fin de compte, qu’un pur détournement d’objectifs pour servir des intérêts personnels et claniques. Pourquoi une telle rupture d’égalité flagrante entre anciens Chefs d’Etat, complaisance à l’égard d’un d’entre eux et indifférence à l’encontre des autres ?

La réponse à cette grave interrogation serait, peut-être, à rechercher dans l’état psychologique d’Issoufou Mahamadou lui-même, un état psychique fait de narcissisme primaire et d’un sentiment de persécution intérieure. Issoufou Mahamadou n’était rien d’autre qu’un assoiffé de pouvoir personnel, en dépit de ses multiples professions de foi en matière de démocratie et d’Etat ayant jalonné sa carrière politique, qui rêvait, depuis sa tendre enfance, de conquérir et d’exercer le pouvoir suprême, habité de l’idée qu’il serait né pour le pouvoir. Il ne vivait que pour le pouvoir et par le pouvoir, schéma en dehors duquel il ne concevait aucune issue pour son destin. En fait, il rêvait d’une monarchie républicaine, un système politique dans lequel le nombre de mandats présidentiels serait illimité afin d’instaurer une dynastie politique à la tête de l’Etat. Mais un tel eldorado constitutionnel était impossible à mettre en oeuvre au Niger, car la limitation des mandats avait déjà été érigée par le constituant du 10 octobre 2010 au rang de dispositions insusceptibles de modification. L’échec du Tazarché de Tandja Mamadou en est l’illustration parfaite. Contraint par la logique constitutionnelle, il s’en remit alors à sa propre imagination pour concevoir une forme indirecte d’exercice du pouvoir, par l’installation d’une présidence de la république fantomatique, de pure forme, sans grande légitimité électorale, en lieu et place d’une véritable alternance politique qui aurait pu propulser la démocratie nigérienne à une autre dimension que ce piètre et lamentable spectacle qu’offre, actuellement, la vie politique nationale. Auparavant, en grand manoeuvrier politique, il avait réussi à se payer le Prix Mo Ibrahim décerné par la fondation du Soudano-britannique, Mohamed Ibrahim, qui récompense le leadership politique sur le continent africain. En règle générale, cette haute distinction concernait surtout les anciens dirigeants, longtemps après la cessation de leurs fonctions directionnelles. Mais, pour le cas particulier d’Issoufou Mahamadou, la fondation a enfreint cette précaution d’usage qui consistait à observer assez de distance temporelle avant de couronner le potentiel récipiendaire du prestigieux prix. Le doute serait donc permis concernant les conditions dans lesquelles cette auguste distinction avait été obtenue, car Issoufou Mahamadou était encore en fonctions lors de la remise de celle-ci.

Comme on le voit, Issoufou Mahamadou ne pourra jamais s’éloigner trop du pouvoir, même si, de façon officielle, il n’en est plus le dépositaire attitré, car, par un moyen ou par un autre, son ombre tutélaire planera toujours au-dessus de la gouvernance politique actuelle du Niger. Son A.D.N constitutif est tout fait de cette pulsion pouvoiriste, irrésistible chez lui et qui serait, justement, au fondement de sa personnalité même. En cela, il continuera à pourrir la présidence de Mohamed Bazoum, qui, d’ailleurs, ne se sent nullement gêné par cet état de fait, dont il s’accommode volontiers, au demeurant ! On raconte à ce sujet que, si vous désiriez frustrer le président Bazoum pendant un entretien, tenter d’évoquer avec lui l’attitude actuelle d’Issoufou Mahamadou, et vous voilà abandonné par votre hôte présidentiel, avec une mine de deuil ! Nombre de visiteurs impertinents du président Bazoum auraient été, très souvent, éconduits sur ce sentimentalisme au charme désuet, selon l’entourage des deux personnages ! Et pendant ce temps, le Niger continue à faire les frais d’une présidence à deux cornes et tant pis pour les conséquences sur la marche générale du pays !

 

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