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Refondation économique au Niger : agriculture, pétrole et industrialisation, les grands chantiers dévoilés par le ministre des Finances



À travers son passage dans l’émission Le Grand Entretien de la RTN, le ministre de l’Économie et des Finances, Maman Laouali Abdou Rafa, a livré une lecture détaillée de la situation économique du Niger, entre résilience post-sanctions, perspectives de transformation structurelle et volonté affichée de refonder les mécanismes de gouvernance publique. Dans un contexte marqué par les conséquences du 26 juillet 2023, les sanctions économiques régionales et les tensions sur les finances publiques, le gouvernement tente désormais d’imposer un nouveau récit économique fondé sur la souveraineté productive, l’agriculture irriguée, le pétrole et la transformation locale.

Face aux journalistes :Abdoulaye Tiemogo, Abari Amiti Aboubacar et Amadou Yéro, le ministre a d’abord dressé le tableau d’une économie frappée par plusieurs chocs successifs : insécurité persistante, crises climatiques récurrentes et sanctions communautaires ayant paralysé durant plusieurs mois les circuits financiers et commerciaux du pays. « Tout était fermé », résume-t-il, évoquant une période où les opérations financières, les échanges commerciaux et l’accès aux ressources extérieures avaient été suspendus.

Pourtant, malgré cet environnement jugé particulièrement hostile, les autorités affirment avoir réussi à maintenir la croissance économique grâce à un plan d’urgence et de résilience. Selon le ministre, l’économie nigérienne a enregistré une croissance de 10,4 % en 2024, un niveau présenté comme exceptionnel à l’échelle du continent africain. Une performance que le gouvernement attribue principalement à deux secteurs : l’agriculture et le pétrole.

Le ministre insiste notamment sur le rôle stratégique du secteur agricole, qui représente près de 38 % de l’économie nationale. Grâce à la dispersion géographique des producteurs et au maintien d’un certain niveau de production malgré les crises, l’agriculture aurait constitué un amortisseur essentiel face aux sanctions. À cela s’ajoute désormais la montée en puissance du pétrole brut avec le démarrage effectif des exportations via le pipeline Niger-Bénin.

Mais au-delà des chiffres macroéconomiques, le gouvernement cherche surtout à convaincre que cette croissance peut progressivement produire des effets concrets sur les conditions de vie des Nigériens. Le ministre reconnaît d’ailleurs implicitement que la perception populaire reste contrastée. « Quand on parle de croissance à 6 % ou 10 %, les populations veulent voir immédiatement l’amélioration dans leur panier de la ménagère », admet-il en substance.

Pour répondre à cette interrogation, le ministre met en avant l’impact de la “Grande Irrigation”, devenue selon lui un véritable « game changer » pour l’économie nationale. Les autorités revendiquent une forte progression de plusieurs productions agricoles : poivron, tomate, pomme de terre, riz, blé ou encore manioc. 

Derrière cette politique agricole, l’objectif affiché est désormais clair : passer d’une économie de simple production à une économie de transformation industrielle. Le gouvernement veut encourager la création d’unités de transformation du mil, du sorgho, du niébé, du poivron ou encore de la viande afin de créer davantage de valeur ajoutée localement.

Le ministre estime que le Niger ne doit plus rester enfermé dans un modèle où les matières premières quittent le pays sans transformation. Il appelle ainsi les opérateurs économiques nigériens à abandonner une logique exclusivement commerciale pour investir davantage dans l’industrie et les sociétés structurées capables de survivre aux générations.

Cette volonté de transformation économique s’inscrit également dans la stratégie de souveraineté portée par les autorités de la refondation. Sur les secteurs miniers et pétroliers, le discours officiel met désormais l’accent sur un meilleur contrôle national des ressources naturelles. Le ministre évoque notamment la SOMAÏR, le pétrole et les nouvelles sociétés minières créées par l’État, tout en réaffirmant que le Niger reste ouvert aux partenariats étrangers « dans le respect des intérêts nationaux ».

Autre sujet central de cet entretien : la dette publique et la gestion de la trésorerie de l’État. Face aux critiques liées au remboursement prioritaire de certaines dettes extérieures après les sanctions, le ministre défend une logique de crédibilité financière. Selon lui, le Niger devait impérativement honorer ses engagements afin d’éviter un défaut de paiement susceptible de dégrader durablement la confiance des partenaires financiers et des marchés.

Il reconnaît néanmoins que les sanctions ont profondément désorganisé la trésorerie publique. L’accumulation des arriérés, le gel des comptes et les difficultés d’accès aux marchés financiers ont contraint le gouvernement à restructurer une partie importante de sa dette afin d’étaler les remboursements dans le temps.

Sur le plan intérieur, le ministre tente également de rassurer concernant les retards de paiement et la circulation monétaire. Il explique que la trésorerie de l’État fonctionne selon des cycles complexes, avec des recettes irrégulières mais des dépenses permanentes, notamment les salaires, les pensions et les dépenses sécuritaires. Il affirme toutefois que les autorités ont engagé une meilleure optimisation de la gestion de la trésorerie et que le paiement des salaires du mois de mai avait déjà commencé au moment de l’entretien.

Dans ce vaste chantier de refondation économique, le gouvernement met également en avant la lutte contre les dysfonctionnements administratifs et les dérives dans la commande publique. Le ministre reconnaît l’existence de failles structurelles favorisant parfois des situations de surfacturation ou d’inefficacité budgétaire. Il annonce une révision progressive de certains mécanismes hérités des anciens systèmes de gouvernance afin de rendre la dépense publique plus efficiente.

Selon lui, la “bonne gouvernance” ne se limite pas à la lutte contre les détournements. Elle consiste surtout à orienter les ressources publiques vers les secteurs capables de produire le plus d’impact économique et social pour le pays.

Le ministre insiste enfin sur un autre enjeu stratégique : la modernisation technologique de l’administration financière. Entre digitalisation des régies financières, automatisation des procédures et recours croissant à l’intelligence artificielle, les autorités veulent accélérer la transformation numérique des finances publiques afin d’améliorer la collecte des recettes, le suivi budgétaire et l’efficacité administrative.

À travers cet entretien, le gouvernement nigérien tente donc d’installer un nouveau narratif économique : celui d’un pays qui, malgré les sanctions, les tensions régionales et les fragilités structurelles, cherche à reconstruire son modèle autour de la souveraineté économique, de l’agriculture irriguée, de la transformation industrielle et d’une meilleure maîtrise des ressources stratégiques nationales.

Pour mieux comprendre la vision des autorités sur la refondation économique du Niger, les réformes engagées dans les secteurs des finances, de l’agriculture, du pétrole et de la gouvernance publique, ainsi que les défis structurels auxquels fait face l’économie nationale, regardez ci-dessous l’intégralité du Grand Entretien avec le ministre de l’Économie et des Finances.

Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)