Comme à chaque ramadan, les prix des produits alimentaires explosent en Afrique

Moment festif, la rupture du jeûne entraîne une forte demande des produits alimentaires, et les prix s'en ressentent.

Un caddy de supermarché débordant de nourriture croupit sous la lune. Sur El-Watan, Le Hic illustre la frénésie consumériste qui frappe de plus en plus le peuple d'Algérie. Le constat du quotidien algérien n'est pas tendre. "Gaspillage", "addiction aux achats de produits alimentaires", "achats impulsifs". Et comme à chaque ramadan, les prix des produits alimentaires explosent en Afrique.

Comme en écho, des scènes d'émeutes pour acquérir des bidons d'huile se sont déroulées à quelques jours du ramadan, notamment à Constantine. Une rumeur de pénurie en serait à l'origine, comme si la population craignait de manquer.

Evidemment, une telle pression sur l'offre entraîne des conséquences. "Une situation qui est devenue récurrente à l’occasion de chaque mois de ramadan, les prix des produits alimentaires de base s’envolent sur le marché, les achats impulsifs se font plus par tradition que par nécessité", constate une enquête de la radio algérienne.

L'Algérie n'est pas la seule concernée. Tous les pays majoritairement musulmans du continent africain vivent cette surchauffe. La période du ramadan est festive et la population entend bien y participer, notamment lors de la rupture du jeûne à la nuit tombée. D'où une consommation effrénée de nourriture, pour un moment de partage.

Face à la consommation en forte hausse, les prix s'envolent par le simple jeu de l'offre et de la demande. La spéculation va bon train, même si les commerçants jurent ne rien pouvoir faire contre et se disent obligés de répercuter les hausses.

Le ministère du Commerce tunisien invoque, lui, une autre explication. Le ramadan cette année tombe en pleine intersaison agricole. Le ministre Ramzi Trabelsi a prévenu : tomates et piments seront rares et donc chers, le pays ne pouvant compter que sur la production sous serre. En fait, tous les légumes sont concernés. Il n'empêche que les services effectueront des contrôles afin de lutter contre les pratiques illicites de monopole et de spéculation.

Parfois, il est aussi tentant de faire porter le chapeau de cette augmentation des prix à des causes conjoncturelles. Les restrictions de circulation pour cause de Covid-19 auraient aussi leur part de responsabilité. Ainsi, selon un commerçant de Conakry en Guinée, "les raisons de cette hausse vertigineuse des prix sont la conséquence de la fermeture des frontières entre la Guinée et le Sénégal, parce que la plupart de ces produits viennent de là-bas".

Même les produits alimentaires les moins onéreux n'échappent pas à la hausse des prix en période de ramadan.

Face à l'augmentation de 20% du prix du kilo de viande, un boucher explique à une cliente que la viande vient du Mali : "Il y a une rareté des vaches chez nous actuellement et la plupart des vaches viennent du Mali voisin." Avec le coût du transport, il dit être obligé de revoir souvent le prix en fonction de l’acquisition des taureaux, rapporte une cliente au micro de Media Guinée.

Au Nigeria, selon RFI, les autorités religieuses ont même lancé un appel aux commerçants pour qu'ils maintiennent des prix raisonnables. Il faut dire que le coût de la nourriture dans le pays n'a jamais été aussi élevé en douze ans ! L'inflation y est déjà de 17% et la hausse du ramadan pourrait avoir des conséquences sévères pour les moins fortunés.

Bouazza Kherrati de la Fédération marocaine des droits des consommateurs (FMDC) s'adresse au bon sens des Marocains. L'association appelle les consommateurs à faire preuve de sagesse dans leurs achats alimentaires et à moins gaspiller. Il faut dire que ramadan ou pas, le gaspillage alimentaire est en hausse constante au Maroc. 3,3 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, soit 91 kilos par personne.

Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/