Le Mali s’émancipe ou s’embourbe ?

 Dans la vie, il faut oser, surtout en matière de gouvernance. Il faut multiplier les choix et les actes : dans tous les cas, quoique vous fassiez dans ce domaine, vous serez très certainement critiqués. Certains le feront de bonne foi, d’autres avec méchanceté et parti-pris. Le monde tourne ainsi. Aujourd’hui, à travers son choix de s’émanciper de plus en plus de la tutelle coloniale française, le Mali se retrouve être la coqueluche des réseaux sociaux. De belle guerre car ce pays a longtemps souffert des agissements intempestifs et mesquins de la politique française. Du reste, tous les pays soumis aux affres de la françAfrique commencent à en avoir marre de la France ! C’est un sentiment qui ne date pas d’aujourd’hui ; de tous les temps, les intellectuels africains les plus sincères ont dénoncé et combattu la prise en otage de nos pays par la politique mesquine, hypocrite de la France. Des tirailleurs au saccage de nos richesses naturelles, elles sont énormes les injustices que la France à perpétrer sur ses anciennes colonies. Et au nom de cette spoliation de nos matières premières, la France a étendu ses tentacules meurtriers sur nos dirigeants. En effet, pour réussir à bien cette opération de vol de nos richesses, il fallait au préalable imposer son autorité sur nos pays ; ce qui se faisait avec joie durant la période coloniale où notre sort avait été scellé à travers le Pacte Colonial. Durant cette époque, nous n’étions pas véritablement indépendants et l’autorité coloniale passait par tous les moyens pour nous spolier. De nos jours, le degré d’émancipation des peuples ne permettait plus une telle aberration. Il fallait passer par d’autres artifices ; c’était cela le vrai rôle de la FrançAfrique. Réunir les chefs d’état africains, ceux relevant de l’autorité coloniale française et leur imposer des règles de gouvernance suicidaires pour leurs peuples. De l’autre côté que fait la France ? Elle gère le maintien au pouvoir de ses larbins à travers tant la FrançAfrique que les institutions régionales, notamment la CEDEAO et l’Union Africaine. Cette garantie offerte par la France aux chefs d’état africains a fini par rattraper plusieurs d’entre eux. En effet, une fois qu’un Président d’un pays africain découvre la supercherie et s’engage à passer outre, il est carrément démis de ses fonctions ou même assassiné. Allez voir sur les réseaux sociaux les dirigeants africains assassinés sous les auspices de la France ; une bonne vingtaine dont Thomas Sankara, Baré Maïnassara et tant d’autres. Dans cette entreprise machiavélique, la France a toujours bénéficié du soutien des valets locaux. Des hommes très proches de la victime sont instrumentalisés pour faire le sale boulot ; c’est le cas chez notre voisin le Burkina où le défunt et respectable président Thomas Sankara avait été assassiné par son propre ami Blaise Compaoré. Aujourd’hui, tous les présidents africains relevant de la tutelle française vivent sous cette menace.

Dans un tel contexte, le choix du Mali de se libérer de la pression politique française mérite d’être appréhendé avec une plus grande attention. En effet, il reste évident qu’il n’y a pas meilleur choix que celui que le Mali vient de faire. C’est une décision très courageuse et tous les peuples africains se doivent d’appuyer les autorités maliennes. A défaut d’en faire autant, une mobilisation générale doit accompagner le choix du Mali. Tout d’abord, le peuple malien doit vibrer en harmonie et faire bloc derrière leurs autorités. Ceci demeure une condition incontournable pour la réussite de cette révolution inédite. Le Mali doit à l’interne forger la cohésion nécessaire pour barrer la route à d’éventuels valets locaux. C’est notre Afrique et c’est aussi cette France qui excelle dans le diviser pour mieux régner. Cette propension que nous avons à lâcher prise en cas d’extrêmes difficultés ou face à certains appâts, doit être combattue. Nous devons cultiver le nationalisme à outrance et comprendre que cette France n’a jamais eu d’amis ; elle n’a que des intérêts. On ne le dira jamais assez car il y en a encore qui reste sous le charme de la propagande colonialiste. On annonce que nos secteurs d’activités ont tellement été infiltrés par la France que nous ne saurions nous débarrasser de sa tutelle ! Cette aberration n’est rien d’autre qu’une partie de la propagande coloniale. Certes, les français ou leurs valets locaux ont des ramifications jusque dans les secteurs vitaux de nos états. Nos armées, nos forces de défense et de sécurité n’ont plus de secrets pour eux ; ils connaissent tant la taille de notre armement que notre potentiel humain ; souvent, ce sont eux-mêmes ou chez eux que nos officiers parachèvent leur formation.

Pour toutes les raisons avancées un peu plus haut, nous restons convaincus que les autorités maliennes ont besoin d’un front uni de résistance contre les agissements des français. La présence des militaires russes aux côtés des forces de défense et de sécurité maliennes est un espoir certain dans ce sens. Ces militaires russes ont piqué les yeux et l’esprit des français qui commencent à s’agiter en proférant des menaces. Tous doivent rester aux aguets car la France a malheureusement une grande connaissance de nos forces et faiblesses.

Pour finir, il faut se pencher tant sur les chances que sur les conséquences d’un tel choix. L’exemple est le meilleur pour le Mali. Cependant, les maliens ne doivent pas perdre de vue que le projet de l’Etat de l’Azaouad relève d’un objectif colonial derrière lequel la France entretient toujours un gros rêve. On a vu sur les réseaux sociaux ces vidéos dans lesquelles des rencontres sont organisées en France pour soutenir le MNLA. De plus, l’on se rappelle la présumée libération de Kidal. Les militaires maliens ne sont jamais entrés dans cette ville ; c’était plutôt la France qui a tout manigancé. Qui est à Kidal ? Quel est le statut réel de cette ville ? Personne ne peut répondre avec exactitude à ces questions. Il revient donc aux autorités maliennes de tout mettre en oeuvre pour sécuriser et leurs populations et leur pouvoir ; la France est un monstre qui ne recule face à rien pour défendre et préserver ses intérêts.

Kaillo