Sabre National de  lutte traditionnelle : La 42ème édition s’ouvre cet après-midi à l’arène de Niamey

C’est aujourd’hui que s’ouvre dans la capitale Niamey, la 42ème édition du Sabre National de lutte traditionnelle. C’est une arène remise à neuf depuis le rendez-vous raté de l’année dernière en raison de la propagation effrénée de la COVID 19 dans le monde, et qui a obligé les amoureux de la lutte traditionnelle à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il y a donc longtemps que cette arène de Niamey était prête pour abriter les joutes des quatre vingt gladiateurs des huit régions du pays sevrés de combat depuis les rencontres de 2020. C’est la quatrième fois que la ville de Niamey  accueille cet événement, après 1981 qui a consacré le sacre de Balla Kado de Zinder en finale devant son coéquipier Langa-langa ;  1991 avec la victoire finale de Ada Masko de Maradi devant son coéquipier Oumarou Maty; 2003 avec le sabre enlevé par  Mahamadou Abdoul Karim  de Niamey devant Dari Wourno de Maradi et l’édition de 2013 avec la victoire finale de Alio Salaou de Zinder. A cette occasion, les esprits se sont échauffés et l’édition a été ternie par diverses contestations des décisions arbitrales et des remous qui s’en sont suivis. Ce qui avait obligé le comité d’organisation à remettre à Alio Salaou son Sabre hors de l’arène.

On rappelle que lors de l’édition 2020,  les quatre-vingt lutteurs s’étaient donné rendez-vous dans la capitale du Katsina. A Maradi, l’écurie de Tillabéri a surpris le public sportif en jouant les grands rôles et en se maintenant dans la course au Sabre durant toutes les étapes des éliminatoires, notamment grâce à son redoutable stratège et fin technicien Ousman Hassane. En effet, à chacune de ses apparitions dans l’arène improvisée du stade régional de Maradi,  Ousman Hassane a fait sensation au point de conquérir la sympathie du public  qui l’a supporté jusqu’en finale. Une finale qui l’a opposée à Tassiou Sani de Zinder. Dans un combat épique, Ousmane Hassan a fait preuve de ténacité et de courage pour vaincre le colosse zinderois. Selon les esprits avertis de cette discipline sportive, le surnaturel a été très présent au cours de  ce combat entre ces deux mastodontes de la lutte traditionnelle du Niger. C’est donc le lutteur de Tillabéri grand vainqueur, qui va devoir remettre son Sabre en compétition cet après-midi à l’arène de Niamey.

Il faut dire que chaque année, l’enthousiasme et l’engouement que suscite cet événement ne font que croître, preuve que cette discipline frappée du label de « sport  Roi » au Niger,  compte des millions d’admirateurs.  Mais, il aura fallu beaucoup de temps pour que ce sport, qui tire toute sa popularité des vertus qu’il incarne, soit hissé sur la scène nationale et même internationale. Car, il faut bien le noter, au Niger, la lutte traditionnelle fait partie des valeurs ancestrales les plus profondes. En effet, la plupart des communautés de l’espace nigérien de l’époque pré-coloniale connaissent la pratique ludique de la lutte avec des variantes en fonction des régions.

Les rencontres, qui opposaient les jeunes des quartiers et des villages, se déroulaient sur la place publique ou devant la cour du chef, sous la supervision des responsables de la jeunesse (Maï samari), des commerçants jouant le rôle de managers pour les lutteurs. Le calendrier des rencontres est établi suivant les cycles de moissons ou de transhumance. A l’issue des combats, un ‘’roi’’ ou le champion de la région est désigné. Quand la renommée d’un lutteur dépasse les limites de sa contrée, des tournées sont entreprises pour lui rendre visite, pour le vaincre ou pour se faire battre dans une atmosphère de joie et de gaieté. Selon le directeur technique national de la Fédération nigérienne des luttes, M. Malam Barka Akoda, auteur d’une étude sur la question, les pouvoirs nationaux issus de l’indépendance dans les années 1960 se sont très peu intéressés au développement des pratiques sportives traditionnelles, les reléguant, comme leurs prédécesseurs, aux oubliettes. Il aura fallu la dernière édition de la semaine de la jeunesse, en 1973, pour que la lutte fasse partie du programme de cette grande manifestation nationale. Il faut dire que la lutte a connu son envol au Niger à partir de 1975, lorsque le gouvernement de l’époque, sous la férule du Conseil Militaire Suprême (CMS), a inséré dans son programme l’organisation successive, dans chaque chef-lieu de département, d’un championnat de lutte traditionnelle. L’objectif recherché par les gouvernants de l’époque était d’abord le renforcement de l’identité et de l’unité nationales et ensuite la cohésion sociale et la mise en place d’infrastructures destinées à la lutte.  Pour atteindre ces objectifs, les autorités ont entamé une réforme et la mise en place des instances pouvant prendre, en concert avec le ministère, l’organisation de ces championnats.  C’est ainsi qu’une association des lutteurs vit le jour par ordonnance présidentielle N° 7511/PCMS du 13 mars 1975. Cet acte confirme la vision du régime qui veut que la lutte traditionnelle soit un facteur d’unité nationale et de l’affirmation de l’identité culturelle des Nigériens. Elle est devenue une grande manifestation culturelle et sportive qui mobilise tout le pays : les pouvoirs publics, les lutteurs, les différents animateurs, les journalistes, les techniciens, les spectateurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les sponsors. Chacune de ces composantes joue un rôle précis et complémentaire.

Par Oumarou Moussa

24 décembre 2021
Source : http://www.lesahel.org/ 

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