Lutte contre la fraude des hydrocarbures : Attention à la « résilience économique » des nigériens !

Le Gouvernement s’apprête à lancer une « offensive massive », si ce n’est déjà, contre la fraude des hydrocarbures sur toute l’étendue du territoire. C’est ce qui ressort d’une réunion autour du Président de la République, le mercredi 20 octobre. Selon les chiffres qui circulent, l’état nigérien perdrait entre 40 à 50 milliards de CFA par an, à cause de la fraude des hydrocarbures, désignée comme une véritable « menace pour la SONIDEP », selon le ministre des finances Ahmed Djidoud, préoccupé ces derniers temps à chercher l’argent partout…

« Opérations coups de poings » !

D’ores et déjà, annonce-t-il, une batterie de mesures sera mise en place : « Identification des sources d’approvisionnement », « opérations coups de poings au niveau des Douanes et des autres FDS », « application stricte des sanctions », entre autre. Des gros muscles et de la grosse artillerie en perspective. Ainsi dit, de Dosso à Diffa en passant par Tahoua, Agadez, Maradi, Zinder et dans toutes les villes « roulant au carburant fraudé », l’on s’interroge sur le bien-fondé, de ce qui est désormais perçu, comme une « nouvelle épreuve » que le gouvernement veut imposer au pays. Quelle est la plu value économique et politique de cette action ? A qui profitera-t-elle réellement, se demandent en effet nombre de commentateurs ?

Point besoin d’être économiste, pour comprendre que « le commerce du carburant », constitue  actuellement l’une des dorsales de la résilience économique des nigériens ! Rappelons que la structure de notre économie, tout comme celle des autres pays africains, est faite d’un assemblage souvent concurrentiel entre l’économie moderne dite formelle, avec ses règles d’accès et sa fiscalité et de l’autre, l’économie endogène, dite informelle, basée sur l’esprit du libre-échange, la production et le commerce des produits manufacturiers et agro sylvo pastoraux, l’artisanat et les mines artisanales, l’immigration et aujourd’hui la « vente du carburant ». Pas de chiffres précis cependant sur cette économie informelle, qui représenterait au bas mot, plus de 60% de l’économie nationale, selon plusieurs estimations. Selon tous « les experts », elle serait d’ailleurs le principal moteur de croissance de l’économie nationale. Soit !

« Une hérésie inqualifiable »

Mieux, au-delà de son caractère « frauduleux », le commerce du carburant représente aujourd’hui et pratiquement le « dernier gros employeur » de l’économie nationale. C’est en effet, c’est la principale activité vers laquelle se sont tournés des milliers de jeunes nigériens, après que leurs boutiques aient été détruites, les routes de l’immigration fermées, le métier de passeur interdit, le transit commercial arrêté et les sites aurifères concédés à des multinationales étrangères. Au bas mot, c’est plus d’un million de nigériens qui vivent directement ou indirectement de ce commerce et c’est l’ensemble de la population nigérienne, mis à part celle de Niamey, qui profite de cette « opportunité ». Car il ne faut pas l’oublier, c’est l’incapacité du gouvernement à ramener le prix du litre d’essence à sa juste valeur (au Nigéria le litre coute 190 francs, un peu moins en Algérie et en Libye, contre 540 francs au Niger) pour des raisons qui n’ont rien d’économique, qui a ouvert cette brèche que le jeune Djidoud trouve certainement monumentale.

Ainsi, en assurant régulièrement du carburant bon marché de Nobi à Tesker, en créant des milliers de petits emplois, ce « bizness frauduleux », contribue plus que tous les projets de développement, à accroitre la mobilité des acteurs économiques et à assurer la disponibilité des produits de première consommation à un prix raisonnable. Ce qui en soit est un facteur de croissance de l’économie nationale. Vouloir arrêter ce système d’un coup, parce qu’on a besoin d’argent, en usant en plus de la menace et de la violence, est une « hérésie inqualifiable » pour « un gouvernement qui cherche à s’asseoir », concluent nombre de commentateurs. Sans compter que l’opération va immédiatement entrainer une inflation des prix du transport et des produits de première nécessité et, priver des milliers de jeunes de leurs emplois et de leurs revenus. Un vrai danger pour la sécurité nationale, en somme !

A qui profite le crime

« C’est un complot » s’insurge une « pro Bazoum » qui ne comprend pas, quelle mouche a bien pu piquer « son » président. Après la pilule de la « facture certifiée » qui passe très mal avec les « grands opérateurs économiques », voilà qu’il veut « s’attaquer aux petits qui cherchent à manger ». « On dirait que quelqu’un veut le pousser à dilapider son capital de sympathie… On voit bien que mon président est insuffisamment briffé là-dessus », se désole notre interlocutrice. En effet, avant lui, tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la 5ème république, ont fait le même diagnostic sur la fraude du carburant, mais se sont toujours ravisés au moment de prendre « les mesures radicales », sans doute plus par pragmatisme et par humanisme, que par manque de courage.

Car la question principale ici, pour chaque gouvernant faisant face à la problématique est non « comment faire », mais « à qui profite réellement cette opération ? Si le gouvernement cherche à récupérer 50 milliards, en créant un million de chômeurs, la plu value économique de l’opération est pour le moins contestable, selon tous les commentateurs. Dans la réalité des choses, ce sont plutôt les acteurs qui tiennent la pompe qui seront en effet les principaux bénéficiaires de cette opération, plus que l’Etat qui en est l’initiateur. Ils gagneraient sans doute en quadruple ou en quintuple, par rapport à ce que gagnerait concrètement le pays. Parmi ces acteurs, il y’a la française TOTAL et les autres… ! Suivez mon regard !

Le Souffle de Maradi