Femmes et Politique : Des femmes maires se prononcent sur leur combat politique

Contrairement aux anciennes échéances électorales au Niger,  les  municipales de 2021 ont vu la proportion de femmes augmenter parmi les maires. Les élues dirigent aussi bien des communes rurales et qu’urbaines. Le contexte général est constitué d’éléments qui continuent à résister à la prise de responsabilité des femmes. Il faudra un certain nombre d’années pour faire le bilan d’une politique municipale menée par une équipe où la mixité est de mise et où les femmes prendront une part plus active à la décision.  Quelques femmes élues expliquent comment elles arrivent à assumer cette fonction de maire. 

Mme Sani Fourera Saley/Maire de la commune rurale de Yellou, enseignante de formation

« Les femmes ont bien compris l’importance de faire de la politique. Elles sont prêtes à prendre une part plus active au développement du pays. Nous sommes élues maire pour être sur tous les fronts, notamment dans le cadre éducatif et sanitaire où nous avons bien de choses à proposer. Concernant surtout la scolarisation de la jeune fille, c’est un combat de longue haleine, mais nous parviendrons.  Si nous sommes élues maires aujourd’hui, c’est parce qu’à un moment nous étions proches des communautés à travers les groupements féminins où nous apportions nos contributions au développement local. En tant que Maire, nos responsabilités sont engagées et nous allons bien nous assumer. Les hommes aussi nous soutiennent dans l’accomplissement de nos missions municipales.  Pour une femme, il est difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale, mais nous l’avons choisi et nous ferons avec. Il faut savoir bien s’organiser. Les problèmes récurrents chez nous, sont surtout liés à l’exode rural ou les bras valides quittent, laissant femmes et enfants. Heureusement qu’avec la proximité des zones frontalières entre le Nigeria et le Bénin, les femmes exercent des activités génératrices de revenus : petit commerce des habits, des pagnes, des cosmétiques, elles excellent aussi dans la transformation agricole comme l’huile d’arachide, la pâte d’arachide. Yellou est connue comme une zone par excellence de l’élevage et de la pêche, les populations s’y affairent grâce aussi à ces activités lucratives.»

Mme Garba Aminatou Attinine  Hassane Maire de la commune rurale de Farey,  Professeur d’Economie Familiale

« La population a fait appel à moi, car j’étais active dans le domaine associatif. Et avec le soutien de mon époux et des anciens, notre équipe est là, elle pilote les activités municipales. Etre Maire n’est pas facile, il faut faire avec, parfois on agit même contre nos envies, nos projets, pourvu que les choses bougent. Je suis la seule femme au sein du conseil et je suis le maire, donc si je suis là, c’est aussi grâce à leur contribution, il n’y’a pas une empathie entre nous, nous nous entendons bien et nous travaillons la main dans la main. Notre commune a 47 villages administratifs, on a une seule maternité, le projet qui me tient à cœur c’est l’ouverture d’une seconde maternité dans l’immédiat, car les femmes souffrent.  L’éducation de la jeune fille  est aussi au centre de nos préoccupations, nous allons nous y atteler dans les plus brefs délais. Nous organisons des séances de sensibilisation  pour amener certaines populations réticentes à laisser leur fille aller à l’école. »

Mme Moussa Aissa Ali Maiga Maire de la Commune rurale de Sakoira, agent de  développement communautaire

« Si je suis maire, c’est parce que très tôt je me suis intéressée à la politique et j’ai aussi eu des parrains politiques. Le premier combat pour toute femme qui aime embrasser la carrière politique, c’est la formation, c’est important aussi de bénéficier de l’appui des autres sœurs. J’affirme, je crois qu’effectivement même si le premier niveau de solidarité, c’est l’appartenance politique. En tant qu’agent du développement communautaire, j’étais en contact permanent avec la population. Nous avions beaucoup travaillé et quand j’ai déposé ma candidature, elle a été validée et votée. En tant que femme maire, les toutes premières difficultés c’est l’enchevêtrement des deux sphères de vie : la vie professionnelle et privée. Nous devons nous surpasser pour maintenir l’équilibre. Et au niveau de l’administration, les hommes sont très peu à le comprendre. On vous laisse souvent tout faire pour voir à quel niveau vous pouvez aller. Mais bon, nous nous sommes engagées, nous devons le faire. Les problèmes rencontrés par nombre de femmes lors des élections, c’est au niveau d’abord des listes des partis pour recruter des femmes. Le manque de leadership, le manque de disponibilité des femmes sont plus souvent invoqués au niveau des instances des partis politiques, une façon de les disqualifier. Essayons, de nous soutenir et d’avoir du temps pour nos formations politiques. Pour celles qui franchissent le pas et se font élire, la question de la sphère domestique et familiale se pose à nouveau lorsqu’il s’agit de monter dans la hiérarchie des postes, impliquant nécessairement plus de disponibilité. Nos projets à court et long terme tournent autour des activités génératrices de revenu, car la commune de Sakoira regorge de potentialités qu’il faut juste exploiter. Les femmes confectionnent des nattes et pratiquent la culture de l’oignon blanc avec le lequel on fait ‘’ le Gabbou’’ bien prisé dans nos sauces traditionnelles. Avec l’appui des partenaires, je veux développer ce commerce et assainir le milieu,  développer l’agriculture et créer des jardins avec des irrigations, de l’énergie solaire. Nous comptons sous peu faire la promotion des énergies renouvelables au niveau de la zone ».

Mme Saley Lantana Mahamadou Maire Commune rurale de Bengou, enseignante de formation

« Nous sommes des responsables des communes, mais nos contraintes sont surtout liées au social en tant que femmes notamment la capacité à faire face à certaines adversités de la vie, et aussi à assumer pleinement cette fonction de Maire. C’est un peu difficile mais il faut juste s’armer de courage. Dans nos communes, la légitimité élective dépend étroitement de la position dans les rapports sociaux locaux. Nous étions également actives dans les associations, nous rendons service, quand c’est nécessaire  ce sont là autant d’atouts qui peuvent favoriser une candidature surtout féminine. Notre commune fait face à plusieurs problèmes notamment celui lié au déplacement massif des jeunes vers les centres urbains. Cela est dû principalement  à la porosité des frontières qui l’entourent. Elles font également du maraichage et avec des appuis de l’Etat et des partenaires au développement nous allons beaucoup contribuer à l’épanouissement de la commune».

Mme Oumarou Biba Seyni Maire de la Commune de Koygolo, agent de santé

« Tout comme dans de nombreuses communes rurales, où les femmes sont élues,  ces dernières ont construit leur légitimité autour des activités d’entraide au sein de leur commune. Foyandis, groupements féminins, cérémonies sociales sont autant de cadres fédérateurs pour s’affirmer et s’imposer. Au début je me suis dit pourquoi pas moi car bien des femmes leaders d’aujourd’hui ont exercé généralement des professions dans des secteurs typiquement féminins notamment les infirmières, les éducatrices spécialisées, les sages-femmes, pour à long terme envisager souvent la fonction de maire comme une extension des fonctions qui leur sont socialement dévolues. J’exhorte ainsi les filles qui veulent émerger à faire surtout preuve d’un fort investissement au niveau des bancs de l’école d’abord et non sur des téléphones portables et autres petits écrans. Certes ce sont des outils qui ont des avantages mais aussi des inconvénients. Nous essayons d’accroitre les revenus des femmes en les initiant aux activités génératrices de revenus ; au maraichage, à l’embouche bovine et bien d’autres. Je profite des réunions, des rencontres et des formations pour apprendre à mieux gérer ma commune. Avec cela je me forme et, j’arrive à diriger des débats d’idées sur tout le processus de prises de décisions participatives».

Mme Zeinabou Abdoulaye Maire commune rurale de Mehanna, Formation en Conseillorat pédagogique

«Nous avions comme bon nombre de femmes leaders bénéficié du soutien de nos sœurs et surtout du mari qui lui, également était resté Vice Maire. Je prenais part régulièrement aux activités politiques qui sont liées à ma commune et à son développement. Pour ce poste, le quota des femmes m’a été d’un apport considérable. En ce qui concerne le développement local, les femmes s’activent surtout au jardinage aux abords de la mare, autour des puits et excellent aussi dans le commerce, elles défilent au niveau des marchés environnants pour proposer leurs produits de culture, leurs articles fabriqués….. Et, ce sont des vraies agricultrices, elles produisent du gombo du haricot et bien d’autres. Nous sommes là pour aider non seulement les femmes mais aussi les hommes,  pas de discrimination, pas de politique car nous  représentons en tant que première responsable de la commune la population dans son ensemble.  J’aide tous ceux qui le désirent à prendre des décisions, à s’affirmer pour leur plein épanouissement. J’invite mes sœurs à se départir de certaines idées et à progresser dans la vie. Nous sommes un pays aux potentialités énormes, il faut juste s’organiser, les jeunes et les femmes sont nombreux, aidons les et nous verrons sous peu les résultats». 

Propos recueillis par  Aïssa Abdoulaye Alfary

05 novembre 2021
Source : http://www.lesahel.org/