Quelle réflexion nous inspire la dernière session extraordinaire de la CEDEAO sur la situation au Mali ? Par Issoufou BOUBACAR KADO MAGAGI

D'après le rapport de la mission effectuée au Mali, présenté par le Président Goodluck Jonathan, ancien président de la république fédérale du Nigéria, chef de la délégation de la CEDEAO, au Mali, la junte militaire au pouvoir, a fait des concessions, elle a donné une suite favorable à la demande de la libération du président déchu pour lui permettre de se faire soigner dans le lieu de son choix, une promesse ferme d'organiser les élections générales , libres , démocratiques et transparentes, en concertation avec la classe sociopolitique malienne, a été faite, en contre partie, nous aurions compris, que la CEDEAO devrait faire des concessions et poursuivre des négociations avec les militaires, dans un climat apaisé.
Il semblerait que c'est la promesse qui aurait été faite à la junte.

Cependant, à la surprise générale, le sommet extraordinaire de la CEDEAO, tenu ce vendredi 28 août 2020, en visioconférence , semble maintenir son embargo sur le Mali, malgré les démarches diplomatiques engagées par la junte militaire, le ton est durci !

Quelles conséquences faudrait- il craindre pour la sous-région ?

Tout d'abord, nous constatons que la CEDEAO semble plus privilégier la situation actuelle au Mali, elle oublierait d'attirer la plus haute attention de certains chefs d'Etat africains de l'espace CEDEAO, qui sont train d'insister à vouloir briguer un 3ème mandat en violation flagrante du protocole additionnel sur la bonne gouvernance et la démocratie. On denombre plusieurs morts et des nombreux blessés graves, suite aux manifestations populaires contre les 3ème mandats , dans certains pays ,la CEDEAO n'a pas fait état de cette douloureuse situation , dans son discours final !

Seules certaines grandes puissances étrangères se sont prononcées, les USA, la France et l'Union Européenne, ont exigé des enquêtes judiciaires pour situer les responsabilités sur les pertes en vie humaine et de rendre la justice.

Certes les coups d'Etat et les années scolaires blanches sont d'une part, sources de recul démocratique et d'autre part, d'un grand retard sur le plan de développement économique et social pour les pays africains.
Mais face aux coûts sociaux très élevés des dégâts que cause la mauvaise gouvernance, seules les forces organisées sont à même d'arbitrer.
On se souvient qu'au Niger , suite aux conflits politiques aux coûts sociaux et économiques très élevés , seules les différentes interventions, certes déplorables des forces armées, avaient permis d' éviter le pire.

On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs.

"Le seul remède" contre les coups d'Etat, en Afrique, reste la bonne gouvernance démocratique et économique.

La CEDEAO doit tendre plutôt vers une CEDEAO des peuples qu' une CEDEAO des chefs d'Etat .

Le ministre des affaires étrangères français a laissé entendre, dans un point de presse , que la France et certains chefs d'Etat africains avaient déjà attiré l'attention du Président malien déchu, Ibrahim Boubacar Keita sur les conséquences de sa mauvaise gestion de la gouvernance démocratique, ce qui laisse entrevoir que la France, l'Union Européenne et les autres grandes puissances néo-imperialistes ne s'accomoderont plus avec la mauvaise gouvernance en Afrique en général et dans les pays qu' elles considèrent comme leur chasse gardée en particulier.

Une prise de conscience collective en vue de prendre en charge notre destin commun en main est plus que nécessaire si nous voudrions nous libérer des jougs des grandes puissances néo-imperialistes .

Face à l'entêtement de certains gouvernants africains , d'une part, à faire la promotion de la mauvaise gouvernance, et d'autre part, face aux contestations populaires clairvoyantes , il ne serait pas impossible que les grandes puissances étrangères néo-imperialistes, s'entendent pour aider les forces bien organisées à mettre de l'ordre dans certains pays africains quelques soient les prix .
Elles préféreront continuer à nous piller dans un minimum d'ordre qui les arrange.

Il n'est pas exclu également que certaines grandes puissances étrangères puissent bien aider le Mali à contourner l'embargo de la CEDEAO, ce qui serait un grand revers pour la CEDEAO et la grande revanche d'une puissance, à défaut de provoquer la dislocation de la CEDEAO tant souhaitée par certaines puissances ex colonisatrices.

Nous conseillons à la CEDEAO d'être très prudente par rapport à ses prises de positions tranchées sur le Mali innocent, victime d'une mauvaise gestion de la gouvernance.

La CEDEAO aurait dû profiter de ce sommet extraordinaire du vendredi 28 août 2020, pour se désolidariser des événements malheureux qui se produisent actuellement en Côte d'Ivoire et en Guinée Conakry et créer les conditions nécessaires pour la mise en œuvre des réformes qualitatives sur la bonne gouvernance démocratique et économique. En effet, les causes des ces situations malheureuses dans son espace sont dûes à la mauvaise gouvernance.

Les décisions prises à l'issue de ce dernier sommet extraordinaire risqueraient d'affaiblir encore la CEDEAO car elle ne disposerait pas des moyens de sa politique au Mali.

Les différents régimes africains ont manqué de solidarité entre eux, et de grande vision dans la pratique de la bonne gouvernance pour le continent, ils ont laissé aux autres les soins de décider à leur place. Même les simples élections générales constitutionnelles sont financées grâce l'argent des contribuables des autres, avec une telle attitude les pays africains devraient faire profil bas par rapport à certaines prises de positions .

La géopolitique et la géostrategie telles qu'elles se dessinent en Afrique, devraient imposer à nos chefs un minimum de réflexion objective, approfondie avant de prendre certaines décisions. La situation au Mali donnerait un prétexte encore aux autres pour bien nous divertir et nous nuir .

La problématique qui se pose est la suivante : est-ce que la CEDEAO a les moyens d'imposer des sanctions productives contre le Mali sans l'apport de ces grandes puissances étrangères qui sont déjà d'accord avec les orientations de la junte militaire malienne ?

Ces grandes puissances étrangères se sont déjà rangées aux côtés du peuple souverain malien, lisons bien leurs discours entre les lignes .

Evitons de marcher sur les œufs, c'est l'Afrique qui gagne !

A bon entendeur salut !

Issoufou BOUBACAR KADO MAGAGI.