Amères vérités : Messieurs du pouvoir, vous êtes tellement sales de vos détournements, trafics et violations de la loi que vous ne pouvez pas gagner une élection démocratique dans ce pays


Soyez raisonnables pour ne pas entraîner le Niger dans un conflit dont il n’a pas besoin. Les crises électorales, tragiques ou pas en termes de conflits humains entrainant parfois mort d’hommes, sont en partie le fait de certaines organisations internationales qui n’ont aucun souci de ce qui pourrait advenir des gouvernances qu’elles encouragent et soutiennent, parfois sans fioritures. L’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) est assurément au rang de ces organisations internationales. Et ce n’est pas sans raison qu’un peu partout, sur le continent, et particulièrement au Niger, les citoyens se raquent contre l’Oif qui se veut plutôt un solide paravent pour tout chef d’Etat prêt à violer les lois de son pays, à voler l’argent de son peuple et à s’offrir toutes sortes de manipulations, subtiles ou grossières, pour se maintenir au pouvoir et continuer à gouverner comme bon lui semble, contre la volonté de son peuple. On ne fera pas, ici, le débat que posent facilement ceux qui, sans aucune précaution d’usage, considèrent que l’OIf, c’est la France et la France, c’est l’Oif ; que l’organisation ne sert, en fin de compte, que les intérêts de la France, d’une certaine France qui se rend incapable de faire sa propre mutation ; une certaine France engluée dans ses certitudes et ses assurances d’hier, et qui se fait remarquer par son refus d’épouser Aujourd’hui pour pouvoir préparer demain. Mais, la France, malgré tout, n’est pas toute l’Oif et c’est les façons de faire de l’organisation francophile et francophone qui nous intéressent. Parlons, donc, de l’Oif, cette organisation qui, par ses accointances malheureuses avec tout ce qui est tordu dans l’évolution de nos systèmes démocratiques, contribue beaucoup à plomber nos efforts, nos luttes pour la liberté, la démocratie et la justice.

Nous ne parlerons, donc, pas de la France, mais bien de l’Oif qui vient de cautionner ce qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de mascarade et de complicité avérée pour des élections telles que les conçoit, de notre part, une certaine philosophie condescendante et méprisante. Ce qu’ils appellent «élections tropicalisées», c’est-à-dire que l’on ne retrouve que chez nous, sous les tropiques. Par cette expression, on nous dénie toute capacité d’organisation, toute aptitude à conduire un processus électoral digne du nom et ce qui leur plaît, qui leur convient, c’est d’avoir justement des chefs d’Etat tels qu’Issoufou Mahamadou du Niger, Alassane Dramane Ouattara de Côte d’Ivoire, Alpha Condé de Guinée et bien sûr un certain Ibrahim Boubacar Keita, aujourd’hui démis de ses fonctions. C’est en trouvant en face des chefs d’Etat de cet acabit, prêts à imposer à leurs peuples des processus électoraux dits «tropicalisés», avec des codes électoraux taillés sur mesure, des fichiers électoraux faits pour faire gagner qui on veut, que des institutions telles que l’Oif trouvent une justification à leurs pensées.

Alors, on va tête baissée, sans aucun souci de ce qui pourrait advenir de cette volonté machiavélique de soutenir des régimes politiques impopulaires à se maintenir au pouvoir par des voies frauduleuses. Dans le processus électoral actuel du Niger, l’Oif a certainement cautionné, soutenu et crédibilisé à sa façon ce qui est plus que susceptible de provoquer un conflit sociopolitique grave. Ce n’est pas son affaire. Le Niger n’est pas une préoccupation et le sort du peuple nigérien ne semble nullement être dans cette posture honteuse de l’Oif.

Si ce processus électoral débouche sur une crise électorale tragique, et cela est prévisible, les Nigériens doivent savoir qu’ils n’ont rien à attendre d’une organisation aussi inconséquente qui tient des discours pour poser des actes contraires à ce qu’elle prétend défendre. Ce n’est pour rien que la Francophonie est plombée dans son organisation et ses actions. Tel un albatros, ses ailes de géant au pie d’argile l’empêchent de voler.

L’audit du fichier électoral qu’elle prétend avoir réalisé est du pipo. Les Nigériens, l’Oif doit le savoir, ne l’acceptent pas et l’opposition et les non affiliés l’ont martelé. Si le pouvoir de Niamey s’entête à aller aux élections dans les conditions actuelles, il y a de gros risques que le Niger bascule dans un conflit dont personne ne peut prévoir la nature et la portée. Issoufou Mahamadou, qui termine un second et dernier mandat à la tête de l’Etat, est particulièrement interpellé. C’est pour la forme. Dans le fond, il ne viendra à aucun Nigérien raisonnable et de bonne foi, d’interpeller un homme qui, à la tête de l’Etat, a étalé et clamé son parti pris. Le drame du Niger et de son peuple est là, dans cette posture et cette attitude d’Issoufou Mahamadou qui ne se souvient doute plus de son serment coranique.

Il faut le dire clairement, le pouvoir actuel ne compte pas, et tout le monde le sait, sur les suffrages des Nigériens pour se maintenir au pouvoir. Sa belle assurance tient à ce processus électoral, particulièrement à ce fichier électoral taillé sur mesure. C’est pourquoi il a interdit, par le biais d’une Ceni trop docile, l’accès à la base de données électronique aux experts de l’opposition et des non affiliés. Dans ces conditions, point besoin d’organiser un simulacre d’élections. Il faut simplement proclamer sa volonté et sa décision de se maintenir au pouvoir ou de placer qui l’on a décidé. Aucun candidat présenté par le pouvoir ne peut gagner une élection démocratique au Niger, en décembre prochain. Si la liberté de choisir est garantie, même la corruption, et des expériences probantes l’ont démontré dans ce pays, ne peut suffire à gagner une élection démocratique. Alors, les gens du pouvoir doivent savoir raison garder en commençant à faire leurs valises pour partir. Vous êtes tellement sales de vos détournements, trafics et violations de la loi que vous ne pouvez pas gagner une élection démocratique dans ce pays. Soyez raisonnables pour ne pas entraîner le Niger dans un conflit dont il n’a pas besoin.

Bonkano