Le Niger, ses voisins et la France : Par Moussa Tchangari

Au cours de ces derniers jours, les citoyens nigériens, privés d'accès à l'Internet, n'ont pas eu l'occasion de mesurer tout l'intérêt que portent d'autres pays, voisins ou lointains, à la crise post-électorale en cours dans le pays. Comme il est de coutume en pareilles circonstances, plusieurs dirigeants étrangers se sont prononcés sur la situation qui prévaut au Niger; mais, les réactions les plus significatives sont bien sûr celles des dirigeants des deux plus puissants voisins du pays, à savoir le Nigeria et l'Algérie.

Selon le porte-parole de la présidence de la République fédérale, M. Garba Shehu, interviewé par correspondant en Haussa de la Deutsche Welle (DW) à Abuja, le président Muhammadu Buhari a appelé son homologue nigérien pour le féliciter, non seulement pour "la bonne tenue des élections", mais aussi "pour la victoire du candidat du PNDS-Tarrayya, Bazoum Mohamed". Le porte-porte de la présidence nigériane a indiqué également, dans cette interview du 24 février, que le président Buhari appelle ceux qui contestent les résultats de l'élection présidentielle à user des voies légales de recours et à éviter de créer la "fitna" et la division dans le pays.
A la suite du président Buhari, le prèsident algérien, Abdelmajid Tebboune, s'est également prononcé sur la situation au Niger. C'était le 2 mars dernier, lors de sa première intervention publique, après sa sortie d'hôpital. Evoquant la situation au Sahel, le président algérien a déclaré, selon RFI, ce qui suit : « La France pense qu’elle a une mission historique dans le Sahel et elle défend ce rôle. Nous pensons différemment. Nous voulons aider à bâtir des pays avec un peu de démocratie. Nous étions les premiers à envoyer une mise en garde à la rue à Niamey qui refuse l’élection de Bazoum. Nous sommes contre la violence...Nous œuvrons pour une solution pacifique en Libye, au Mali et au Niger ».

Avant ces déclarations, nous avons entendu celles du ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qualifiant les élections nigériennes d'exemple pour l'Afrique; et ce, bien même avant la tenue des 1er et second tours de l'élection présidentielle. Les autorités françaises, on le sait, n'ont jamais caché leur soutien indéfectible au régime de Niamey; et les raisons sont évidentes et connues de tous : la France qui a, au Niger, d'importants intérêts, économiques et militaires, défendus becs et ongles par le président sortant, n'entend point laisser les Nigériens gérer seuls leur crise.

Quoi qu'il en soit, en attendant la proclamation officielle des résultats du second tour de l'élection présidentielle par la Cour constitutionnelle, on peut dire que les Nigériens savent à présent qu'ils ne sont pas les seuls concernés par ce qui se joue dans leur pays. La crise post-électorale en cours dans le pays est scrutée aussi bien à Abuja qu'à Alger et Paris, sans oublier Ndjamena, dont des soldats stationnent à la périphérie de Niamey, en attendant, semble-t-il, leur déploiement dans la zone des trois (3) frontières. Les prises de position de ces capitales indiquent que le futur du Niger, indépendant et souverain dans ses 1 267 000 km2, dépend de la façon dont sera gérée la situation présente; et ce n'est pas seulement l'affaire des seuls protagonistes de la crise post-électorale.

Par Moussa Tchangari
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