Révision controversée du statut général de la fonction publique : L’ancien secrétaire du SUNADIC écrit au Président de la République

Il vous souviendra que dans une tentative désespérée de légalisation et de perpétuation des pratiques malsaines ayant caractérisé la gestion de l’administration diplomatique et consulaire et qui ont conduit au dysfonctionnement actuel de l’administration publique nigérienne, l’ancien ministre des affaires étrangères et de la coopération saisissait son homologue de la fonction publique et de la réforme administrative aux fins de modification du Statut Particulier du personnel de l’administration diplomatique et consulaire. J’avais déjà à l’époque alerté le Premier ministre sur les dangers qui entourent une telle intention et les vraies raisons derrière cette manière cavalière tendant à légaliser et à perpétuer des pratiques honteuses et malsaines en violation flagrante des textes et lois de la République. Fort heureusement, la réponse défavorable du ministère de la fonction publique fut très claire et des plus salutaires : le reversement, non limité dans le temps, est assimilable à un changement de cadre, encadré strictement par l’article 65 de la loi 2007-26 du 23 juillet 2007, portant Statut Général de la fonction publique de l’Etat. Le reversement d’agent d’autres cadres mis à la disposition du ministère des affaires étrangères, est donc prohibé et viole les dispositions législatives et règlementaires et impacte négativement le bon fonctionnement de l’administration publique en ce qu’il contribue à la désagrégation des autres cadres d’emploi de la fonction publique de l’Etat. (Voir Lettre 001065/MFP/RA/SG du 23 octobre 2020).

Il faut ajouter qu’en plus de la désagrégation des autres cadres d’emploi de la fonction publique de l’Etat, cette pratique malsaine encourage la culture de la médiocrité et surtout la rupture d’égalité des citoyens devant la loi et les emplois publics en ce qu’elle permet à quelques privilégiés d’accéder à des cadres autres que leurs cadres d’origine par des voies illégales.

Permettez-moi, Excellence monsieur le Président de la République de saisir l’occasion de la récente déclaration rendue publique par les centrales syndicales pour fustiger le comportement méprisant des responsables du ministère de la fonction publique et de la réforme administrative vis-à-vis des partenaires que sont les représentants des travailleurs dans la conduite du processus de révision cité en objet, pour attirer votre attention sur les intentions malveillantes cachées derrière cette révision inopportune du Statut général de la fonction publique de l’Etat.

En effet, si des pratiques malsaines comme le reversement d’agents

d’autres cadres dans d’autres cadres autres que leurs cadres d’origine devaient être légalisées et perpétuées, il faut craindre le pire pour l’administration publique de notre pays.

Ceci se fera au détriment du mérite et de la compétence et encouragera la culture de la médiocrité et la recherche du gain facile chez nos concitoyens et aggravera la politisation de l’administration publique et le développement des pratiques néfastes telles que le népotisme, le favoritisme et le trafic d’influence.

Il est inadmissible que les ministres et autres cadres véreux utilisent leur position pour favoriser leurs proches en leur ouvrant les voies pour accéder à des fonctions auxquelles ils n’ont pas droit.

Pendant ce temps, ils ne se gênent pas de détruire lâchement, la carrière et l’avenir de cadres valeureux et honnêtes dont le seul tort est d’avoir dénoncé leurs magouilles.

C’est le lieu de vous rappeler, Excellence monsieur le Président de la République que la lettre que je vous ai adressée depuis le 06 mai 2021 pour demander ma réhabilitation est restée sans suite jusqu’à cette date.

Au nom de la loi et de la neutralité de l’administration, et conformément à vos engagements énoncés dans votre discours d’investiture, dans lequel vous vous engagiez notamment à respecter les libertés fondamentales, individuelles et collectives syndicales, d’expression et d’association et de ne prendre ni cautionner aucune mesure avilissante contre les citoyens et surtout à votre serment sur le Livre Saint, je vous prie, Excellence monsieur le Président de la République, de bien vouloir ordonner ma réhabilitation dans les plus brefs délais dans mon cadre d’origine, le cadre diplomatique et consulaire et la reconstitution de ma carrière administrative ainsi que le remboursement de mes salaires suspendus illégalement depuis septembre 2015, comme l’a du reste fait le Médiateur de la République (voir lettre n° 0491/MR/SG/DR/ DT/2019 en date du 26 août 2019).

Dans l’attente d’une suite favorable, veuillez accepter, monsieur le Président de la République, mes salutations distinguées.

Ali Issoufou, Mle 85336/J- Niamey

Ancien Secrétaire Général du Syndicat National de l’Administration Diplomatique et Consulaire (SYNADIC)

Fait à Niamey, le 23 juin 2021