Niger, un miracle économique méconnu (1960 – 1980) : Par

« Je tiens de façon particulière au respect de certaines valeurs de notre société : le travail bien fait, l’intégrité, le stoïcisme, le sens de la responsabilité et l’amour de la patrie » Professeur Cheick Modibo DIARRA, Ph.D., Astrophysicien, Navigateur interplanétaire de la NASA

« Les politiques industrielles ont particulièrement connu du succès en Asie de l’Est en raison de l’engagement et de la vision des dirigeants et des institutions politiques qui ont mis au point et appliqué des critères stricts de performance pour les industries, lesquelles bénéficient de subventions et de mesures protectionnistes avec l’appui d’une administration publique compétente en grande partie à l’abri des pressions politiques »

RAPPORT ECONOMIQUE SUR L’AFRIQUE, 2013 / Union Africaine

De retour au pays dans les années fin 80 – début 90, bardé de diplômes après un long séjour au Canada, l’occasion me fut donnée d’apporter ma modeste contribution à la formation de la jeunesse nigérienne qui est l’avenir du pays par le Doyen de la faculté des sciences économiques et juridiques de l’Université Abdou Moumouni, Dr Kiari Liman Tinguiri, un nigérien d’une honnêteté intellectuelle exemplaire qu’on ne retrouve plus dans le Niger d’aujourd’hui ; en tout cas très difficilement ! Il m’approcha en ces termes : « Youssouf, tu viens de rentrer du Canada avec un Ph.D. ; tu es le plus apte de nous tous pour assurer le cours de ‘’Développements récents en Analyse économique ». Il s’agissait de présenter aux étudiants de maîtrise les théories les plus récentes dans différentes spécialités des sciences économiques. Et comme pour joindre le geste à la parole, il veilla à ce que je sois classé Maitre de Conférences (l’unique) alors que lui-même était encore Maître-Assistant !!

Dans ce contexte, j’ai élaboré mes cours en ayant à l’esprit de former des individus compétents et patriotes certes mais aussi volontaires et optimistes c’est-à-dire confiant que l’Homme peut changer beaucoup de choses et que tout n’est pas écrit d’avance. Que leur destin n’est pas de vivre misérables dans un pays immensément riche en ressources naturelles et que le salut viendra des politiques économiques mises en œuvre avec intelligence et détermination par des dirigeants  prêts au sacrifice ultime pour le bonheur de leur peuple. Travail, discipline, patriotisme et … la prospérité sera au rendez-vous. Qu’ils doivent être vigilants devant des théories pessimistes qui incitent au découragement et font de nous les éternelles victimes d’un ‘’système mondial impitoyable et injuste qui n’a pas fondamentalement changé depuis des siècles’’. Pour atteindre cet objectif, tous les cours étaient présentés théoriquement dans un langage mathématique rigoureux, passés au tamis des vérifications empiriques et débouchaient sur des implications en matière de politique économique ; montrant, ainsi le pouvoir du savoir pour changer les choses. Réveiller en eux la fibre patriotique en leur exposant l’histoire économique (la vie au quotidien) des (dans les) pays développés où j’ai eu l’occasion d’y séjourner (France, Canada, Etats Unis,…… Chine) ; ou toucher leur amour propre et exacerber leur sentiment de fierté en leur dévoilant les défis énormes, notamment dans le domaine économique et plus particulièrement dans le secteur industriel, qui ont été relevés par les générations de la lutte anti coloniale et de l’indépendance au Niger. Il n’y a, donc, pas de fatalités au sous-développement ; la misère n’est pas inéluctable et la notion que tout est fatalité est destinée aux intelligences inférieures (Hung Liang Chi, 1809). Mieux, il y a bien une alternative puisque certains pays l’ont montré avec brio de même que certains dirigeants de pays aujourd’hui pauvres parce que leur politique a été remise en question après eux. En effet, un grand humaniste français contemporain, Alain Peyrefitte, a rappelé dans un essai magistral (‘’Du miracle en Economie : leçons au Collège de France’’, édition Odile Jacob) que tous les pays du monde ont connu à un moment de leur histoire la condition de sous développé. C’est même la condition humaine normale depuis des millénaires. Il y a seulement deux siècles que certaines sociétés humaines ont pu sortir de cette situation. Ainsi, le sous-développement n’est pas une malédiction mais c’est le développement qui est un miracle ! Il suggère, donc, aux pays en développement de ne pas perdre leur temps à faire des diagnostics de leur cas mais d’observer et copier intelligemment les pays qui ont réussi car s’ils ne sont pas certains de réussir en le faisant (toute entreprise comprend un risque) il est clair que l’échec est assuré pour ceux qui font le contraire !

L’histoire de la pensée économique nous apprend que la plupart des théories en sciences économiques évoluent dans le sens de donner plus d’importance à l’action de l’homme. Voyons quelques exemples ! Le paradigme des ‘’bienfaits de l’arriération’’ suggère qu’un pays sous-développé ou en développement a plus de chance d’avancer vite parce qu’il bénéficie de l’expérience des autres pays avancés. Profiter des cas de réussite en utilisant plus efficacement les solutions déjà trouvées par eux tout en évitant de supporter les coûts de la recherche-développement ; corrigeant les erreurs faites par ces pays ; anticipant sur les obstacles pour les contourner ou les lever. En définitive, capitaliser autant sur les succès que sur les échecs des uns et des autres qui ont réussi.  Allant plus vite, il est normal qu’il les rattrape !! Donc, le sous-développement ne doit pas être une fatalité mais bien un état qui peut évoluer en fonction de la volonté humaine. Alexandre Gerschenkron, historien anglais, insiste sur les obstacles à la croissance rencontrés par les pays tardivement industrialisés (fin XIX – début XX siècle) après les pionniers de la révolution industrielle (Grande Bretagne, Belgique, France) et sur les moyens politico-économiques par lesquels ils ont contourné ces difficultés. Dans cette perspective, l’élément le plus important est constitué par l’intervention décisive de l’Etat, à la fois substitut et complément de l’initiative privée : mobilisation des capitaux, développement de l’infrastructure, protection ou création d’entreprises, vieille technologique, etc….Parallèlement, le financement bancaire se substitue à l’autofinancement insuffisant, l’épargne étrangère se substitue à l’épargne intérieure limitée , les technologies importées se substituent à la technologie nationale embryonnaire. La Corée du Sud l’a bien compris et tira de l’expérience japonaise beaucoup de leçons sur la façon de faire tourner une économie fondée sur le secteur privé, mais à gestion étatique !

Il existe cinq théories du commerce international dans le modèle de société ‘’dominant’’ de notre sphère. La théorie des ‘’avantages absolus’’ (Adam Smith) qui stipule qu’un pays a un avantage absolu s’il produit plus de biens qu’un autre  en utilisant la même quantité d’input (en d’autres termes il est plus efficient). La théorie des ‘’avantages comparés’’ (David Ricardo) où un avantage relatif entre produits domestiques suffit pour justifier une spécialisation donc un échange entre pays ; cette théorie est vérifiée dans la plupart des échanges que les compagnies effectuent au niveau international. La théorie de la ‘’dotation en facteurs’’ (Eli Heckscher et Bertin Ohlin) affirme que même si les technologies sont identiques, certains pays jouissent d’avantages comparés sur les autres pays parce qu’ils sont dotés de facteurs particuliers (terre, travail, capital, savoir-faire) nettement plus en abondance ; elle explique pourquoi certains pays se spécialisent dans la production de certains produits (Argentine pour la viande, Inde pour la gestion informatique).  La théorie du ‘’cycle de vie du produit’’ (Raymond Vernon) montre comment le développement du commerce international passe par trois phases : création d’un nouveau produit pour satisfaire un marché domestique, exportations puis production sur place pour satisfaire la demande des autres pays industrialisés, délocalisation de cette production dans les pays sous-développés où les coûts salariaux sont plus bas. Ainsi, la boucle est bouclée en ce sens que le pays industrialisé qui exportait un produit qu’il a conçu devient plus tard un importateur de ce même produit. Il y a beaucoup d’évidence empirique qui supporte la théorie du cycle du produit ; un cas emblématique est le poste de TV en couleur inventé en Grande Bretagne qui n‘en produit plus aucun. La théorie des ‘’clusters’’ (Michael Porter) stipule qu’il est important d’avoir un réseau de firmes de la même industrie avec leurs fournisseurs concentrés dans une seule zone géographique. Les entreprises se nourrissent réciproquement de leur savoir-faire et leur compétition les pousse à innover plus rapidement ; les meilleurs et plus brillants employés se déplaceront plus facilement vers celles qui offrent de meilleures perspectives en termes de salaires, carrière et sécurité. En fait, il s’agit moins d’une théorie que d’une explication ex post des succès enregistrés par certaines régions du monde dans la concrétisation d’avantages  au niveau mondial dans une technologie ou un produit sans avoir un avantage particulier dans un facteur spécifique de production. C’est le triomphe de l’intelligence et du volontarisme qui explique ce qui suit.

En 1960, le premier gouvernement du Niger indépendant a opté pour une politique industrielle basée sur le modèle de la stratégie de substitution aux importations. Sa mise en œuvre est simple dans ses principes ; Il s’agit :

  • d’abord cibler les débouchés importants (intérieurs), tels que les reflètent les achats substantiels effectués à l’étranger au fil des années ;
  • ensuite s’assurer de la capacité des industriels locaux à maîtriser les techniques de production ou de la volonté des investisseurs étrangers à fournir des techniques, des gestionnaires et du capital ;
  • enfin ériger des obstacles protecteurs (tarifs douaniers ou contingents à l’importation) afin de couvrir les coûts initiaux élevés de la production locale et d’assurer la rentabilité des industries prioritaires pour des investisseurs potentiels.

La stratégie de substitution est généralement traduite par le choix comme premières cibles d’un investissement des industries de biens de consommation, notamment les produits alimentaires transformés, boissons, textiles, habillement, chaussures. La fabrication de ces produits fait appel à des techniques relativement normalisées et aisément accessibles aux industries des pays en développement. En l’absence d’un capitalisme national et d’investissements directs étrangers, l’Etat a créé quelques unités industrielles de transformation de produits locaux pour satisfaire une demande domestique solvable. C’est au cours de cette période que fut créée la quasi-totalité des entreprises et sociétés d’Etat ou d’Economie mixte qui constituent l’essentiel du tissu économique et industriel du Niger. Après le coup d’Etat de 1974, cette option de politique économique n’a pas été remise en cause. Au contraire, profitant de l’embellie due au boom des recettes d’exportations de 1976 à 1980 et, donc, de la hausse rapide et substantielle des ressources de l’Etat, les nouvelles Autorités  ont entrepris de vastes programmes de modernisation et d’extension des grandes entreprises publiques comme la Nigelec, l’Ortn, la Sntn, l’Opt et créé d’autres non moins importantes comme la Sonichar, la Sonidep, la Leyma, la Nitra, l’Onaha, l’Onarem, etc….. . C’est ainsi que le parc industriel était composé de 72 entreprises en 1988. Déjà à la veille de l’ajustement structurel (1983), le secteur des entreprises publiques (non compris le secteur privé et celui de l’économie mixte) se composait de 54 entreprises qui réalisaient 24 % de la valeur ajoutée du secteur moderne soit encore 4,6 % du produit intérieur et employait environ 13.000 personnes soit 46,6 %  de la population active occupée dans le dit secteur.

Voici quelques entreprises industrielles et commerciales créées par le PPN-RDA (Parti Progressiste Nigérien section du Rassemblement Démocratique Africain) et le CMS (Conseil Militaire Suprême) sur le modèle de la stratégie de substitution aux importations et des avantages comparés : Société Nigérienne des Cuirs et Peaux (SNCP), Société Nigérienne de Tannage (SONITAN), Société Nigérienne de Textile (NITEX/SONITEXTIL), Société Nigérienne de Fabrication Métallique (SONIFAME), Société Nigérienne de Céramique (SONICERAM), Société Nigérienne de Plastique (SONIPLA), Société nigérienne de Cimenterie (SNC), Société Nigérienne d’arachide (SONARA), Société Nigérienne de Primeurs (SONIPRIM), Société Nigérienne des Produits Pétroliers (SONIDEP), Société Nigérienne du Charbon (SONICHAR), Société Nigérienne d’Assurance et Réassurance (SNAR-LEYMA), Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC), Société Nigérienne de Transit (NITRA), Société Nationale de Transports Nigériens (SNTN), Société Nigérienne de Transports Fluviaux (SNTF), Société du Riz du Niger (RINI), Société de Transformation du Mil (SOTRAMIL), Société Nigérienne de Télévision (SNT), Société Nigérienne des Télécommunications (SONITEL), Société Nationale des Eaux (SNE), Société Nigérienne de Produits Vétérinaires (VETOPHAR), Société de Produits Pharmaceutiques (SONIPHAR), Société des Mines du Niger (SMDN), Office du Lait du Niger (OLANI), Abattoir Frigorifique de Niamey (AFN), Office des Aménagements Hydro-Agricoles (ONAHA), Office National de Recherches et Exploitation Minières (ONAREM), Office des Postes et Télécommunication (OPT), Office des Eaux du Sous-sol (OFEDES), Office National des Produits Pharmaceutiques et Chimiques (ONPPC), Office des Produits Vivriers du Niger (OPVN), Société Nationale d’Exploitation et de Recherches Animales (SONERAN), Imprimerie Nationale du Niger (INN), Centre des Métiers d’Art du Niger (CMAN), Centrale d’Approvisionnement (CA), Usine des Phosphates de Tahoua, Usine de Cigarettes de Maradi, Usine d’Allumettes de Maradi, Usine de Craie à Malbaza, Huilerie de Maradi (SICONIGER), Huilerie de Matamèye (SHN), Huilerie de Magaria (SEPANI), Société Nigérienne de Commercialisation des Produits (COPRO-NIGER), Société Nigérienne d’Urbanisme et de Construction  Immobilière (SONUCI), etc………….. !

Ce parc industriel et commercial est soutenu par un système financier adéquat composé de banques spécialisées : Banque de Développement de la République du Niger (BDRN), Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA), Caisse de Prêts aux Collectivités Territoriales (CPCT), Société Nigérienne de Crédit Automobile (SONICA), Crédit du Niger.  C’est ainsi que toute une gamme assez variée de biens industriels étaient produits pour satisfaire une demande domestique en hausse. Ce sont notamment ; huile, farine, semoule, biscuit, bonbons, lait, viande, cuirs et peaux, maroquinerie, savon, parfum, pommade, cigarettes, allumettes, plastiques, chaussures, médicaments et produits pharmaceutiques, équipements et menuiserie métalliques, couvertures, pagnes, briques rouges, ciment, craie, fourneaux, chauffe-eaux et pompes solaires, fruits et légumes (tomates, haricots verts, fraises, etc……), etc…….

Une anecdote rend mieux que n’importe quel discours sur l’ambiance de cette époque ! Un jour que je manifestais ouvertement mon étonnement devant une telle performance du régime du PPN-RDA dans sa marche forcenée vers l’industrialisation du Niger, un ‘’jeune loup ‘’de cette époque (un ‘’Ancien’’ pour moi) nous révéla qu’au temps fort de la mise en œuvre de cette politique industrielle ; la création d’une entreprise était annoncée  à chaque Conseil des Ministres ! Il y avait même un ‘’Expert’’ pour cela à la Présidence de la République que le microcosme politico-administratif de Niamey affublait du sobriquet ‘’Monsieur Entreprise’’ avec un sentiment mêlé de moquerie et d’admiration, jaloux certainement de sa proximité avec le Président Diori Hamani.

Il est vrai que ce tissu industriel a complètement disparu à la suite des différents programmes d’ajustement structurel.

Dans le milieu des années 70, le Gouvernement nigérien a fait le choix de stimuler l’activité économique par le développement du secteur des entreprises publiques. Aux termes d’un Arrêté du Ministère du Commerce et des Transports, le SEP se composait, en mai 1983, de 54 entreprises qui réalisaient 24% de la valeur ajoutée du secteur moderne soit encore 4,6%  de la population active occupée dans le secteur. Jusqu’en 1982, sous les  effets conjoints de la croissance en volume des exportations d’uranium, de la bonne tenue des cours mondiaux de ce minerai et des facilités de l’endettement extérieur, les Autorités ont aisément trouvé les ressources pour mener à bien cette politique. En revanche, avec le retournement de conjoncture internationale qui a accompagné le second choc pétrolier et la baisse d’activité sensible observée dans les mines uranifères, la situation des finances publiques s’est fortement tendue. Subséquemment, les contre-performances d’un secteur parapublic largement subventionné sont devenues éclatantes car plus difficiles à supporter. Dans l’explication de ces mauvais résultats, l’accent a bien sûr été mis sur les défaillances propres à la gestion interne de certaines entreprises. Mais la responsabilité des déficits a également été imputée à des facteurs externes, en l’occurrence la qualité insatisfaisante des relations institutionnelles entre l’Etat et ses entreprises ainsi que les faiblesses de l’environnement macro-économique. A partir de 1983 ce diagnostic a inspiré le programme de réforme du SEP qui a été mis avec l’assistance financière des bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque Mondiale, CCCE devenue AFD). Ce programme se présente sous la forme d’un triptyque.

  • Privatisation totale ou partielle des activités financièrement viables mais sans un intérêt stratégique pour le pays.
  • Liquidation des entreprises ne présentant ni viabilité financière ni intérêt stratégique.
  • Réhabilitation des entreprises destinées à rester dans le portefeuille de l’Etat.

Malheureusement, ce programme a connu un échec retentissant apportant la preuve que les bonnes intentions ne font pas forcément les bonnes politiques et …….encore ; si il n’y a pas d’agenda caché ! D’ailleurs, un peu partout en Afrique les programmes de stabilisation d’abord et d’ajustement structurel ensuite ont contribué à une désindustrialisation massive des économies. Ne voulant pas, dans un premier temps, admettre la responsabilité unique des programmes d’ajustement, les institutions de Brettons Wood ont trouvé le  concept de gouvernance (environnement socio-économique dissuasif  et politiques macroéconomiques inadéquates) pour expliquer cet échec. Au Niger, en plus du caractère inopérant des propositions faites s’ajoutent la mauvaise exécution et le contexte socio-politique. Dans ce dernier registre, il faut rappeler que le PAS a été appliqué  dans un contexte d'instabilité politique, institutionnelle et sociale. Ainsi, le pays a connu en l’espace d’une décennie (de 1990 à 1999) ; une Conférence Nationale Souveraine, quatre Républiques, deux coups d’Etat, deux régimes militaires et deux rébellions armées. Cette situation d’instabilité a sévèrement contrarié la mise en œuvre d’une politique économique cohérente et durable. Il n’est pas question, ici et maintenant de faire le bilan du PAS au Niger mais plutôt d’aller de l’avant en initiant une nouvelle politique industrielle hardie. 

Ce n’est pas une honte de reconnaître ses erreurs. Beaucoup de pays ont connu des revers en matière de stratégies de développement mais ont su se relever après une remise en question douloureuse. La Corée, par exemple,  avait dans un premier temps opté dans le cadre de sa politique industrielle pour une stratégie de l’industrie lourde avant de renoncer et s’orienter vers l’industrie légère. Dans tous les cas, l’humanitaire dans lequel se complait le Niger n’est pas une stratégie de développement et la sommation des projets ne constitue pas forcément un tissu industriel. Au contraire, l’aide extérieure peut avoir un effet dépressif sur la production domestique, donc, sur la croissance lorsqu’elle se substitue à l’effort interne au lieu d’en être un complément comme le suggère ‘’le modèle à deux déficits’’ en anglais ‘’two-gap model of planning’’ (Hollis Chenery, Michael Bruno).

Pourquoi une telle fixation sur la politique industrielle ? Parce que l’industrialisation dans un pays impose une philosophie du rendement et de l’efficacité ; une méthode de travail fondée sur l’effort, la discipline (ponctualité, constance et sérieux), et la solidarité. Le produit de tout cela étant sanctionné par un juge intraitable mais juste, invisible et pourtant bien réel et présent donc non soumis aux pressions du pouvoir politique ; c’est le marché. Ainsi, propagées à tous les secteurs de l’économie cette philosophie et cette méthode de travail ; il y aura un ‘’effet de propagation ‘’ automatique à partir d’un ‘’pôle de croissance’’  provoquant un développement général de tous les secteurs. (François Perroux)

En définitive, il faut, donc, réhabiliter la politique de substitution aux importations des années 60 et aller plus loin sur le plan conceptuel et de l’exécution pour élargir la gamme de produits et diversifier les débouchés en tenant compte de l’évolution économique au niveau mondial et de l’abondance relative des ressources naturelles et ….humaines au niveau national. ‘’La critique est facile mais l’art est difficile’’ ! Or si la science économique moderne est quasiment une science exacte par sa méthode, elle est aussi inévitablement un art par son objet. Pourquoi toutes les conditions sont parfois réunies à un endroit précis à un moment donné et pourtant ça ne décolle pas pour reprendre l’expression ‘’take off’’ chère à Walter Rostow ?

Youssouf MAYAKI, Ph.D.

Economiste

Haut Fonctionnaire des Finances

Administrateur Civil

Homme politique