Mouctar Mamoudou, Président du Conseil de ville de Niamey : «Nous avons enregistré environ 4700 maisons effondrées et plus de 31.000 sinistrés»

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Monsieur le président du conseil de ville, les importantes pluies enregistrées depuis quelques temps à Niamey et la montée des eaux du fleuve ont engendré des inondations dans plusieurs quartiers et autres localités de la région de Niamey. Pouvez-vous nous faire la situation des inondations dans la région de Niamey ?

 Effectivement la région de Niamey a reçu d’importantes  pluies,  des pluies exceptionnelles dans l’ensemble du pays et  dans  la sous-région africaine. Ces pluies ont engendré des inondations et principalement dans les quartiers riverains du fleuve et  aussi sur tout ce qu’on a comme aménagements hydro-agricoles y compris les îles qui sont dans le périmètre de Niamey. Nous avons enregistré environ 4700 maisons  effondrées et plus de 31.000 sinistrés.A à la suite de ça, le chef de l’Etat s’est déplacé pour aller voir sur le terrain les conditions de vie des sinistrés, il a donné  rapidement des instructions pour que ces sinistrés soient pris en charge, logés, nourris et assistés et surtout trouver des solutions durables pour éviter la récurrence de ce problème.  Une situation que nous sommes en train de gérer  avec le concours de toutes les bonnes volontés et surtout du gouvernement qui n’a pas tardé à réagir et à apporter les premières solutions immédiates et aussi des solutions durables.

Face à cette situation qui fait aujourd’hui l’actualité, quelles sont les dispositions prises au niveau de la ville de Niamey pour venir en aide aux populations sinistrées ?

Les dispositions sont prises à une échelle plus élevée que la ville de Niamey. Le gouvernement a mis les moyens qu’il faut  et au niveau de la ville de Niamey, nous avons mis à disposition les écoles. Il y a aussi une solidarité entre les populations. La conjugaison de tout ça a permis d’atténuer les difficultés et de permettre à ces populations  d’être dans un endroit sécurisant en attendant leur relogement sur des sites qui ne sont pas inondables. Et des moyens sont mobilisés pour les assister, leur permettre d’avoir de quoi manger, d’avoir des couvertures…Nous sommes aujourd’hui en train d’enregistrer beaucoup d’aides de la part des bonnes volontés, cela  est à soutenir et à encourager.

Pour le moment, M. le président, beaucoup de familles sinistrées ont été relogées dans  des salles de classe, alors que  la rentrée des classes ne tardera pas dans notre pays. Comment la municipalité compte-t-elle gérer cette problématique ?

Très rapidement, il faudrait trouver des lieux de relogement de ces populations et libérer les classes. Et pour cela, nous avons déjà identifié des sites en tout cas pas inondables. L’idée c’est de faire en sorte d’éviter la récurrence de ce problème. Reloger définitivement ces populations sur de bons sites, libérer les sites inondables et dédier ces sites inondables à d’autres vocations notamment des vocations qui riment avec l’eau telle que l’agriculture, tels que les bassins, les retentions d’eau, la pisciculture…ainsi que tout autre activité qui peut avoir l’eau comme besoin qui peut désormais  éviter un conflit entre l’homme et l’eau. Cela repose toute la question de repenser l’urbanisation de notre ville. Vous avez vu malheureusement des sites inondables depuis des années sont urbanisés alors que nous avons des sites non inondables qui restent disponibles. Cela est paradoxale. Et c’est à ça qu’il faut prendre conscience, corriger ça avec la collaboration de tous au niveau du gouvernement, des municipalités et au niveau  aussi des populations, il faudrait qu’il y ait une responsabilité individuelle et collective. Nous avons vu en 2012 quand on a eu l’inondation, il y a eu cet exercice de repositionnement des populations sinistrées, mais malheureusement les populations ont vendu les sites  qui leur ont été donnés pour venir encore se repositionner sur les sites inondables. Nous allons faire en sorte que cela ne se répète pas, qu’il y ait un suivi et des conditions permettant à ces populations non seulement de viabiliser les sites qui leur ont été affectés mais aussi empêcher fondamentalement, catégoriquement la construction dans la ville de Niamey des sites inondables. Pour cela, la ville de Niamey a établi un plan de prévention ou un plan de zonage des zones inondables avec toutes les caractéristiques. Il y a des zones qui sont rouges qui sont très inondables, des zone oranges  qui sont inondables, des zones vertes qui sont relativement inondables et nous allons orienter l’octroi des permis de construire en fonction de cette catégorisation de notre sol pour qu’il y ait une vraie politique d’occupation du sol, une planification qui va nous permettre de sortir de cette récurrence des inondations dans notre capitale.

Cela nécessite des moyens et une mobilisation importante notamment des partenaires techniques et financiers. Quel est, Monsieur le président, le message fort que vous aimeriez adresser aux partenaires techniques et financiers à ces moments de grandes préoccupations ?

Comme le Chef de l’Etat l’a dit, aujourd’hui, nous sommes dans une situation de catastrophes naturelles, donc, il y a les mécanismes de développement d’appui qui sont déjà déclenchés et le gouvernement à son niveau aussi a mobilisé des moyens. Le concours de ces moyens va nous permettre d’abord de gérer les urgences c’est-à-dire prendre en charge les sinistrés, les reloger, les nourrir, leur donner des couvertures ainsi que toutes les premières nécessités  pour qu’ils puissent vivre convenablement et aussi créer des conditions pour que la rentrée scolaire se passe dans de bonnes conditions, libérer les classes …Il faut aussi anticiper sur les maladies qui peuvent se développer à partir de la stagnation des eaux des pluies, de la prolifération des moustiques. Au niveau de Niamey, nous avons déjà entamé l’opération de démousticage, nous allons la poursuivre. Il y a aussi la désinfection de ces lieux, toutes les mesures contre le Covid. Il faut aussi s’attaquer aux solutions permettant d’éviter cette récurrence. Eviter à ce que les ménages concernés ne reconstruisent pas les maisons effondrées. Eventuellement leur donner des terrains très rapidement pour qu’ils puissent reconstruire sur des sites favorables à leurs habitats  pour leur meilleur épanouissement et que désormais, les inondations ne riment plus avec ces catastrophes. C’est le mot d’ordre du Chef de l’Etat qui nous a demandé de développer des mécanismes dans ce sens. De telle manière que l’eau aujourd’hui qu’on considère comme néfaste ou bien qui fait des dégâts, soit une force. Et l’eau est véritablement une force quand on sait l’utiliser, quand on sait la manier, l’encadrer. Nous avons un territoire vaste, nous devrons mettre en place des outils d’aménagement nous permettant de répartir cette eau de manière assez équilibrée sur notre territoire. Aujourd’hui, ce qui pose problème, c’est que toutes ces eaux concourent à un endroit ce qui fait que toutes les zones qui sont dans le proche périmètre de ces endroits sont inondés. Imaginez si on établit un aménagement qui permet par exemple les affluents du fleuve de prévoir des zones  de rétention beaucoup plus en amont et dans ces zones de rétentions d’eau, développer des activité agricoles. L’eau qui va rester sur ce territoire, va permettre le développement d’un micro climat, va permettre le développement d’une végétation et va permettre aussi l’alimentation d’une nappe phréatique. Et ça va aussi réduire la question de l’ensablement du fleuve. Une des raisons qui a fait que le fleuve est aujourd’hui en grande crue, la capacité du fleuve a diminué. La question de l’ensablement est aussi un chantier sur lequel il faut s’attaquer avec beaucoup de méthodes. Nous, nous estimons que la première action consiste à éviter à ce que le sable rentre dans le fleuve. Une fois qu’on arrive à maitriser les entrées d’eau dans le fleuve, on va voir à l’intérieur du fleuve, quels sont les mécanismes pour désensabler. Et la ville de Niamey est en train de penser à chaque période d’étiage de fermer les autres carrières de la ville de Niamey, de demander aux camions de ne se servir que sur le lit du fleuve en attendant la période d’étiage. Et si nous répétons ça chaque année, ça va nous permettre de régler le problème de l’ensablement. Mais le problème de l’ensablement du fleuve, ce n’est pas seulement une question spécifique à Niamey, c’est une question qui concerne le bassin du Niger. Et le bassin du Niger concerne tous les pays qui sont traversés par le fleuve et je pense qu’au niveau de l’ALG on est en train de penser à ça. Mais ça n’exclut pas localement nous puissions faire ce travail pour permettre de diminuer la vulnérabilité  autour du périmètre du fleuve notamment au niveau des quartiers riverains comme Kirkissoye, Banga Bana, Saguia, Goudel, Lamordé, Saga etc. Ces quartiers sont  aujourd’hui  considérablement soumis aux dangers de la crue du fleuve.

Les services de la municipalité ont-ils les moyens de mettre en œuvre toutes ces stratégies ?

Les moyens, on n’en a jamais assez pour faire face à tous les défis. Il faut avec intélligence avec méthode utiliser les moyens qui sont à disposition. Le souci c’est l’implication de tous les acteurs. Et aujourd’hui, nous avons l’entraide entre les populations, nous avons les bonnes volontés, à l’échelle de la ville, nous avons tout le mécanisme développé par nos services techniques et matériels et encore plus loin au niveau du gouvernement il y a eu un déploiement fort des moyens et à cela vient s’ajouter les partenaires techniques et financiers. Je pense que la conjugaison des efforts nous permettra de faire face à ces défis.

 Monsieur le président, la ville de Niamey qui s’agrandit souffre d’un problème d’assainissement. On a comme l’impression que le mal n’est vraiment pas traité à la racine. Comment vous expliquez cette situation ?

 Le mal est justement en train d’être traité à la racine et je vous explique pourquoi. L’assainissement de la ville de Niamey est basé sur deux éléments structurels : le fleuve et la vallée Gountou yéna. Autour de ça , nous avons tout le tissu urbain. Et le gouvernement a eu la pertinence de traiter les deux structures. Le fleuve en faisant des digues et l’aménagement de la vallée Gountou yéna. S’il n’y avait pas eu ces deux éléments, aujourd’hui on serait confronté à des catastrophes encore plus pires. C’est ainsi que du côté de Goudel, de Lamordé, de Saga et tous ces endroits où il y a des digues, les dégâts ont été limités. L’aménagement de la vallée de Gountou yéna a permis une évacuation rapide des eaux du centre ville. En plus, le gouvernement a fait un travail considérable sur les chaussées drainantes ce qu’on appelle les pavés. Dans tous les quartiers inondables il y a l’aménagement des routes pavées. Il faut que les gens comprennent que les routes pavées ont deux fonctions : une fonction de circulation et une fonction d’évacuation des eaux. Ce sont des aménagements qu’il faut comptabiliser dans le souci d’assainir la capitale. En plus, il y a le schéma directeur de l’aménagement de la ville de Niamey. Ce schéma a permis de diviser la ville de Niamey en treize sous bassins. La ville de Niamey constitue elle-même un grand bassin, un endroit où les eaux concourent et à l’intérieur de ce bassin, nous avons pu déterminer des sous bassins c’est-à-dire des endroits à une échelle donnée où nous avons des concours d’eau. Nous sommes en train de travailler sur ces sous bassins avec méthodes. Je pense que par rapport à l’assainissement on connait aujourd’hui les problèmes , on connait aussi les solutions. Je pense que les solutions, c’est de faire des caniveaux à certains endroits, mais à d’autres endroits de mettre en œuvre des mécanismes de rétention d’eau de telle manière que les eaux ne se retrouvent pas dans les ménages.

Réalisée par  Fatouma Idé(onep)

  04 septembre 2020

Source : http://www.lesahel.org/

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