Interview avec Directeur de la Météorologie Nationale : «Il n’y a que très peu des zones où le cumul pluviométrique à la date de 10 août est déficitaire par rapport à l’année dernière», a déclaré M. Katiellou Gaptia Lawan

 FInterview avec Directeur de la Météorologie Nationale : «Il n’y a que très peu des zones où le cumul pluviométrique à la date de 10 août est déficitaire par rapport à l’année dernière», a déclaré M. Katiellou Gaptia LawanMonsieur le Directeur, Comment se présente la situation pluviométrique dans notre pays ?

La situation pluviométrique est favorable cette année parce que nous avons des excédents pluviométriques sur l’ensemble du pays. Comparativement à l’année précédente, il est observé des précipitations excédentaires au niveau de tous nos relevés pluviométriques. Cet excédent est d’ailleurs même assez important, soit de l’ordre de 50 à 200 mm dans plusieurs localités du pays comme le Sud et le Sud-est du Manga, le Sud-ouest du Damagaram, le Nord Maradi, le Sud de l’Ader, le Nord Dosso, le Nord-Est et le Nord-Ouest Tillabéri. Dans toutes ces zones, nous avons des excédents qui sont de l’ordre de 50 à 200 mm par rapport à l’année dernière à la même période et à la même date. Nous avons les autres excédents également qui sont de l’ordre de 10 à 50 mm, sur toutes les régions nord Manga, Nord Tahoua, Sud Agadez, le centre de Tillabéri et au niveau de Dosso. Donc toutes ces zones sont excédentaires.

Cette situation est-elle comparable à celle de l’année dernière ?

On a essayé de regarder cette situation également par rapport à la moyenne. On fait toujours la moyenne de référence. Donc on a pris la référence de 1981 à 2010, c’est-à-dire sur 30 ans. C’est juste une moyenne arithmétique qui nous donne une indication. Ainsi par rapport à cette moyenne, on remarque quasiment sur l’ensemble de notre pays que nous assistons à un excédent pluviométrique. C’est donc la même situation que 2019, sinon un peu mieux que 2019 en termes d’excédents ou de quantité de pluies tombées. Nous avons quelques cas de déficits, notamment au Sud Dosso et dans le centre de Maradi. C’est une petite zone par rapport à la normale. A la date du 10 août 2020, nous avons enregistré déjà plus de 200 mm à Dolé. En effet, Il n’y a que très peu des zones où le cumul pluviométrique à la date de 10 août est encore déficitaire par rapport à l’année précédente. C’est juste une petite zone au Sud de Damagaram, une petite partie du Sud Maradi et Sud Dosso.

Dans quelles conditions la saison a-t-elle démarré cette année ?

Ce qu’il faut dire ici, c’est que nous disposons des données pratiquement sur l’ensemble de notre pays en termes de démarrage simulé. On utilise une formule appelée ‘’Sivakumar’’ dans tous les pays du Sahel. Par rapport aux dates simulées on a essayé de faire une carte de démarrage moyen. Ce qu’il faut comprendre, quand on parle de démarrage de la saison, cela  ne veut pas dire que c’est en même temps que ça commence sur tout le pays. C’est comme la pluviométrie, elle commence au Sud pour remonter au Nord. Par exemple, si nous prenons la zone de Sud Dosso (Gaya et Dolé), le démarrage de la saison se situe entre le 15 et le 31 mai. Si on veut prendre Niamey et le centre des régions du fleuve, le démarrage de la saison se situe dans l’intervalle du 31 mai au15 juin. Ces dates donnent un intervalle moyen de démarrage de la saison des pluies. Quand on va plus à l’Est et au Nord Tillabéri, Nord Maradi, centre et Nord Zinder, le démarrage se situe entre  le 15 et le 30 juin et vers Diffa, ce démarrage va du 30 juin au 15 juillet. La fin de la saison, c’est également la même chose, elle n’intervient pas en même temps.

On a essayé donc de regarder en fonction de la moyenne pour voir comment le démarrage s’est comporté. Pour l’essentiel on se situe dans le démarrage moyen en retard. Ainsi, sur la grande partie, on observe un démarrage normal. Toutefois, il y a aussi beaucoup de parties où ce démarrage était intervenu en retard. Il n’y a que dans les zones Nord-Est et le centre Tillabéri, au centre de l’Ader, le Sud de Damagaram, où nous avons des démarrages qui ont commencé un peu précocement.

Par rapport à l’année dernière nous avons également la même configuration. C’est un démarrage moyen en retard sur l’ensemble du pays. Mais il faut aussi regarder ce qui se passe de façon ponctuelle d’une année à une autre. On a essayé de faire une moyenne des neuf (9) dernières années au démarrage de la saison par rapport à la moyenne de 1981-2010. Cela va nous donner la tendance de ce qu’on a l’habitude de voir ces dernières années. Ainsi, on a constaté qu’à l’Est, la situation est en train d’être améliorée en termes de démarrage de la saison pluvieuse. C’est le cas des régions de Zinder et de Diffa où l’installation de la campagne s’effectue beaucoup plus précocement par rapport au Sud-Ouest du pays. Quand on prend par exemple le centre Tillabéri, Nord Dosso, le centre de l’Ader, vers Maradi et Niamey, c’est là où on a vraiment du retard dans le démarrage.

Qu’est-ce qui explique cela ?

Souvent on a des faux départs, c’est-à-dire on peut avoir des fortes précipitations en Avril ou en Mai et après on observe une pause de sécheresse qui fait que les producteurs sont obligés de ressemer. Autrement dit, les débuts sont beaucoup plus problématiques. Cette situation est certainement due au changement climatique.

Qu’est-ce qu’on peut retenir en termes de perspectives pluviométriques ?

En perspective, nous conseillons toujours aux producteurs de se référer d’abord à notre prévision saisonnière qu’on réalise chaque année au mois d’avril. Dans cette prévision saisonnière, nous avions dit qu’on va assister cette année à des pluies excédentaires. Dans le bulletin qui été publié à cet effet, nous avions précisé que pendant les mois des juillet et d’août on pourra assister à des très fortes pluies qui pourraient engendrer même des inondations. Aujourd’hui, le fleuve est complètement rempli au point où il constitue une préoccupation pour les riverains. Heureusement que l’Etat a pris des dispositions sur la base des informations qu’on avait données. La digue de protection a été rehaussée d’une quarantaine de centimètres. Le résultat de ce travail est aujourd’hui là. Le niveau du fleuve est de 634 cm. On a dépassé le seuil rouge qui est de 620 cm. Avec cette situation, on est en train d’aller vers le record de tout le temps qui était de 638 cm.

L’analyse qu’il faut faire à ce niveau du fleuve, c’est de rappeler que cette crue n’est pas la même avec celle qu’on a l’habitude de voir les mois de décembre et de Janvier. C’est une crue influencée par des fortes précipitations tombées aux alentours du fleuve, c’est-à-dire dans les régions de Tillabéry, au Burkina Faso, dans la région de Tahoua et même à Niamey. Ça fait des années que le fleuve n’a pas atteint ce niveau en juillet. Ça fait aussi longtemps qu’on n’a pas vu le fleuve atteindre ce niveau au mois d’août. Donc si les précipitations continuent à tomber, et c’est le même cas, la situation pourrait s’aggraver et peut être nous assisteront à un nouveau record du niveau du fleuve.

Avez-vous des conseils à donner aux riverains du fleuve au regard de cette situation ?

Il faut veiller à la protection civile à travers une vigilance accrue du niveau des eaux du fleuve. Ce travail technique est fort heureusement en train d’être mené au jour le jour par les services compétents de l’Etat. Au niveau de la Direction de la météorologie nationale, nous travaillons aussi à mettre à la disposition du public et des différentes structures, des avis et informations nécessaires pour que l’Etat arrive à réagir à temps pour prévenir et préserver les vies humaines et les biens des populations.

Propos recueillis par Ali Maman(onep)

19 août 2020
Source : http://www.lesahel.org/