Femme modèle : Médecin-Colonel de la Gendarmerie Marie Djika «L’autorité n’a pas de sexe, c’est le grade qui prime !»

Femme modèle : Médecin-Colonel de la Gendarmerie Marie Djika «L’autorité n’a pas de sexe, c’est le grade qui prime !»

Médecin-Colonel Mahamane Nomao Djika Mariama, plus connue sous le nom de Colonelle Marie a débuté l'école à la mission fille de Zinder, et au Collège Mariana de Niamey et Collège Sacré- Coeur de Dakar. Puis le lycée Mariana et le collège international Cévenol. Nantie d'un bac D elle s’est inscrite en faculté des Sciences de la Santé à l'université Abdou Moumouni de Niamey où elle a obtenu le doctorat d'état en médecine, ayant eu envie d’apporter sa petite pierre dans la réduction de la mortalité maternelle et infantile elle s’est orientée vers cette spécialité et poursuit actuellement une spécialisation en Gynécologie-Obstétrique. Elle a intégré le corps des Forces de Défense et de Sécurité grâce à un concours de recrutement de médecins du Ministère de la défense en 2005. Elle a eu à occuper plusieurs postes et à eu à effectuer deux (2) missions onusiennes notamment en Côte d'Ivoire et en République Démocratique du Congo. La quarantaine révolue, Marie Djika est issue de la famille royale de Chadakori Maradi. Elle est l’ainée d'une fratrie de neuf (9) enfants dont 5 filles et 4 garçons. Elle est mariée et mère de 3 enfants. Dans cet entretien, elle nous parle de son expérience d’une des rares femmes haut gradées dans la Gendarmerie Nationale.

Dans la mentalité nigérienne, le métier des armes est plutôt considéré comme un métier masculin. Qu’est ce qui a motivé votre choix, en tant que femme, à embrasser la carrière militaire ?

Il ne s’agit pas d’une considération liée typiquement au Nigérien. Si on prend d’un point de vue général beaucoup de métiers indépendamment de celui d’armes étaient réservé uniquement aux hommes.

Ce qui fait qu’ils n’ont pas de féminin correspondant dans la langue française. Il est vrai que nous faisons partie des pionnières concernant le métier d’armes mais depuis lors je pense que la femme Nigérienne a présentement sa place au sein de cette institution puisqu’à l’occasion de chaque concours il y’a de nombreuses candidates. S’agissant de ma carrière, je peux dire que c’est le destin qui m’a amenée dans ce corps même si par ailleurs j’ai découvert que c’est une vocation. J’aime bien. C’est un métier noble!

Entant que Gendarme, avez-vous eu à faire face à des attitudes discriminatoires dans votre carrière, soit de la part de vos collègues ou même des citoyens ? Sinon que pensez-vous de la perception de l’autorité féminine dans le corps des FDS ?

Sincèrement je ne pense pas avoir eu à faire face à une discrimination. Nous accomplissons les mêmes missions que les hommes, raison pour laquelle nous avons été envoyées sur les différents théâtres des opérations extérieures (missions des Nations Unies). Nous jouissons d’un certain respect au sein de notre institution. Nous sommes régis par un règlement qui n’a rien à voir avec le genre, qui fait que chacun connaît sa place. D’ailleurs, ce n’est pas dans notre corps seulement, même dans l’administration publique cette hiérarchisation existe sauf qu’elle est plus marquée chez nous. Je ne suis pas d’accord avec le terme «autorité féminine» du moment où nous recevons la même formation que les hommes, l’ «autorité» n’a pas de sexe, c’est le grade qui prime!

S’il existe encore des choses à améliorer, selon vous, sur quoi les efforts doivent-ils être concentrés pour une plus grande prise en compte du genre dans les Forces de Défense et de Sécurité ?

Comme je le disais tantôt, nous faisons partie des pionnières mais depuis un certain temps «la femme en uniforme» n’est plus une curiosité tellement nous sommes nombreuses à avoir embrassé cette carrière. La principale évolution je dirai que la femme se trouve à tous les différents niveaux des structures de l’armée.Le genre féminin est pris en compte au sein des FDS du moment où nous sommes impliquées dans toutes les activités sans distinction de sexe.

Pour les filles qui veulent embrasser cette carrière, nous leur disons surtout de ne pas vouloir intégrer les FDS parce que c’est le dernier recours après avoir essuyé plusieurs échecs. Les FDS c’est un monde d’élites. Etre FDS c’est un don de soi. Il faut avoir des qualités beaucoup plus qu’au sein des autres métiers. Aux jeunes filles qui veulent embrasser cette carrière surtout avoir la vocation, il ne s’agit pas de «porter la tenue». Etre FDS ça se mérite, cela implique de s’accrocher aux études puisqu’on y accède par concours.

Est-ce qu’il y’a des charges spécifiques réservées aux femmes dans le corps des FDS?

Il n’existe pas de charges spécifiques réservées aux femmes. Nous sommes polyvalentes comme les hommes. Il n’y’a aucun métier au monde qu’une femme ne peut pas exercer comme un homme et en mieux d’ailleurs puisque la femme c’est l’organisation, la planification et le raffinement. N’a-t-on pas coutume de dire que derrière chaque grand homme se cache une femme? Mettez la femme devant et vous verrez avec quel sérieux la tâche sera accomplie.

Vous êtes aussi une mère au foyer, comment concilier vos charges de porteuse de tenue avec la vie familiale?

On est d’abord une femme avant d’être une «femme en uniforme». Concilier sa vie de famille avec son travail c’est bien possible. Il s’agit d’une organisation personnelle. Je ne suis pas d’accord avec ses femmes travailleuses qui abandonnent la gestion de leurs foyers aux aide-ménagères. Notre métier s’arrête dès qu’on franchit la porte de la maison, on devient alors épouse et mère. Je n’ai jamais accepté qu’une aide-ménagère donne le bain à mes enfants ou prépare le repas tant que je suis disponible. C’est vrai que ça peut être contraignant mais c’est un choix. Un métier ne doit pas être un prétexte pour ne pas jouer son rôle de maîtresse de maison, et ceci, quel qu’il soit.

Par Aïssa Abdoulaye Alfary

16 mai 2021
Source : http://www.lesahel.org/