La Nigérienne de la semaine : Docteure Gazibo Kadidiatou

Docteure Gazibo Kadidiatou

Comment souhaitez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora?

 Je suis Docteure Gazibo Kadidiatou, nigérienne, politologue de formation, enseignant-chercheur à l’Université de Tahoua, et cumulativement Directrice Générale des Droits de l’Homme, de la Protection Judiciaire Juvénile et de l’Action Sociale au Ministère de la Justice du Niger.

Quel a été votre parcours académique?

J’ai effectué toutes mes études de l’école primaire au Lycée à l’école publique du Niger. Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai bénéficié d’une bourse de coopération algérienne pour intégrer l’École Nationale d’Administration d’Alger où j’ai obtenu une maitrise en relations internationales, section diplomatie.

De retour au Niger et après avoir passé deux années de service civique national au Ministère des Affaires Étrangères, de la Coopération, de l’intégration Africaine, et des Nigériens à l’extérieur, j’ai fait le choix d’aller avec le soutien de ma famille, continuer mes études en France. Je me suis inscrite à l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Une fois mon Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en poche, je suis allée rejoindre mes sœurs à Paris où j’ai obtenu mon doctorat de science politique à la Sorbonne. Particulièrement intéressée par les études, j’ai toujours su que je voulais aller aussi loin que possible et j’ai construit mon parcours universitaire autour de cet objectif.

Qu’est-ce-qui vous a poussé vers ce secteur?

C’est mon oncle, le professeur Gazibo Mamoudou  qui m’a « poussée » comme vous dites, vers ce choix de carrière. Sans perspective professionnelle immédiate après ma maitrise et les deux années de service civique national, j’ai eu l’opportunité d’aller continuer mes études à l’institut d’Études Politiques à Bordeaux en France, suite aux conseils avisés de mon oncle, qui avait lui-même obtenu son doctorat là-bas. De là est née ma passion pour la science politique.

Parlez-nous de vos expériences professionnelles nationales et internationales?

J’ai occupé plusieurs postes au Niger. D’abord j’ai  été recrutée à l’Université Publique de Tahoua en qualité d’enseignant-chercheure permanente en Science politique où j’assure des enseignements en science politique et en relations internationales. J’interviens également à l’Université Abdou Moumouni de Niamey et dans quelques Universités privées de Niamey. Ensuite j’ai été cumulativement nommée Cheffe de Programme formation au Centre National d’Études stratégiques et de sécurité (CNESS). Mon cahier des charges comportait trois objectifs principaux : développer un plan de formation pour contribuer à faire la promotion des questions de défense et sécurité nationales auprès des nigériens; créer un  bulletin et une revue du CNESS pour respectivement faire connaitre les activités menées par le CNESS sur les questions sécuritaires, de défense et de développement ; et enfin développer une expertise scientifique autours des questions stratégiques, sécuritaires et de défense nationale pour le Niger. Je suis actuellement la Directrice Générale des Droits de l’Homme, de la Protection Judiciaire Juvénile et de l’Action sociale (DGDH/PJJ/AS) au Ministère de la Justice, en plus de mon poste à l’université de Tahoua.

J’ai également travaillé en France en tant qu’éducatrice spécialisée dans un service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). Il s’agissait, conformément à la politique de prévention du Plan de lutte anti-terroriste (PLAT), d’intégrer une équipe pluridisciplinaire afin de renforcer les services déconcentrés de l’administration pénitentiaire. En résumé, il s’agissait de participer à l’amélioration de l’identification des phénomènes de radicalisation et de la prise en charge des personnes en voie de radicalisation ou radicalisées placées sous main de la justice.

Quels enseignements avez-vous tirés de votre expérience?

Les différentes expériences m’ont fait comprendre  d’une part que le monde universitaire est très différent du monde administratif. Les enjeux et les responsabilités étant différents, il y’a une forme de liberté et de responsabilité individuelles que l’on ne retrouve qu’à l’université. Mais la grande « découverte » pour moi c’est que partout il faut savoir s’adapter et composer avec ses collègues.

En France, où on a tendance à penser que « tout coule de source », il faut pourtant au quotidien savoir se battre (parfois contre le système mais beaucoup contre les collègues et la hiérarchie) pour avancer surtout quand on est considéré comme n’étant pas à sa place parce qu’on est d’origine étrangère.

De mes expériences au Niger, j’ai appris que rien n’est mécanique, qu’il faut s’armer de courage et de patience pour ne pas renoncer.

Quels difficultés et éléments facilitateurs avez-vous rencontrés en tant que « cadre nigérien en France? »

J’ai intégré le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) à Paris mon doctorat en poche. Pour autant, des collègues et surtout ma hiérarchie ont fait tout leur possible pour tenter de remettre en question mes compétentes simplement parce qu’ils n’ont pas le même background. Malgré ma large expérience dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation, fruit des nombreuses formations que j’ai données, de plusieurs recherches et rencontres sur le sujet, il m’a été très difficile de m’imposer et de trouver ma place.

Je pourrais résumer les facteurs facilitateurs aux opportunités de travailler dans un cadre agréable et d’avoir une rémunération stimulante.

Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours?

Comme je le disais tantôt, je suis le produit de l’école publique jusqu’au baccalauréat et de la coopération diplomatique du Niger jusqu’à la maitrise. Donc le Niger a été un moteur de mon parcours et je ne peux qu’en être fière et reconnaissante. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours défendu la réhabilitation de l’école publique. Le Niger ne sera réellement un état de droit, fondé sur des principes d’égalité, de justice et de liberté qu’en assurant l’égal accès à l’éducation à tous les nigériens. L’état de droit ne saurait se satisfaire d’une éducation à deux vitesses : une de qualité dans le privé et à l’étranger pour les privilégiés et une à rabais dans le public pour la grande masse des nigériens.

Quelles valeurs vous ont guidé?

Rigueur,  intégrité et abnégation.

Que pensez-vous de l’avancée de « votre secteur » au Niger et dans la sous-région?

Je travaille sur les questions de paix de sécurité et des droits de l’Homme; secteurs qui sont essentiels pour la stabilité et le développement d’un État. Vous n’êtes pas sans connaitre les défis sécuritaires auxquels le Niger et la sous-région font face. Ces défis mettent en péril les droits de l’Homme qui sont au fondement de la démocratie et de l’État de droit. Les populations essuient quotidiennement des attaquent terroristes avec leurs lots de morts, de destructions et de déplacements forcés. Elles font face aussi à des conflits communautaires et à la criminalité transfrontière. Malgré la mobilisation de moyens et de ressources colossaux, la situation sécuritaire au Niger et dans la sous-région reste préoccupante.

Avez-vous des solutions, des projets ou de plans pour le développement de « votre secteur » au Niger?

« La sécurité est un droit fondamental et l'une des conditions de l'exercice des libertés individuelles et collectives. L'État a le devoir d'assurer la sécurité en veillant, sur l'ensemble du territoire de la République, à la défense des Institutions et des intérêts nationaux, au respect des lois, au maintien de la paix et de l'ordre public, à la protection des personnes et des biens ».

Si je m’en tiens à l’enjeu des droits de l’homme, je dirais que qu’il faut penser à des solutions pluridimensionnelles. En premier lieu, le rôle de l’État est primordial dans la préservation de la paix et de la sécurité, la promotion et la protection des droits de l’Homme, la tranquillité et la quiétude sociale. Pour cela, les actions de l’État doivent reposer sur les principes fondamentaux qui préservent la paix sociale : la justice, l’égalité, l’éradication de la pauvreté. En second lieu, il faut accompagner les organisations de la société civile et les acteurs de proximité parfois peu médiatisés qui oeuvrent dans ce secteur. Enfin, il faut que tous les acteurs tirent le meilleur parti des instruments et moyens internationaux en s’assurent de bien les articuler à nos contextes sociaux et culturels.   

Quels conseils donnez-vous aux jeunes nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle?

J’ai l’habitude de dire à mes étudiants que c’est par le travail, la discipline et la persévérance qu’on peut réussir. Certes les conditions de travail et les opportunités sont plus difficiles aujourd’hui. Mais les jeunes doivent savoir qu’ils ont un rôle important à jouer pour l’avenir du Niger. Ils doivent se « battre » pour occuper la place qui est la leur dans la société. Abdiquer face aux difficultés ne doit jamais être une option.

Docteure Gazibo Kadidiatou -  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 


Réalisée par Boubacar Guédé

25 avril 2021
Source : https://www.nigerdiaspora.net