Le Nigérien de la semaine : Moussa IBRAHIM ABDOU

Pouvez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora ?
Je m’appelle Moussa Ibrahim Abdou. Je suis né à Niamey il y a 44 ans de cela .Je suis marié et père de deux enfants de 4 et 8 ans. Depuis bientôt 10 ans j’assume la responsabilité de l’aménagement urbain de la commune de Saint-Genis-Pouilly.
Elle est située dans le Pays de Gex qui se trouve dans le département (français) de l’Ain. La Commune est l’un des pôles urbains de l’agglomération du Pays de Gex qui est une agglomération de 27 communes regroupant environ 100 000 habitants. La commune se situe également aux portes de Genève dont elle est l’un des centres d’agglomération dans le cadre de ce qu’on appelle le « Grand Genève », qui est une entité territoriale transfrontalière de 500 000 habitants, regroupant des communes françaises et suisses situées de part et d’autre de la frontière. Nous nous trouvons à 15 mn de l’aéroport de Genève et à 25 mn de la gare et du centre-ville de Genève. Par conséquent cette situation confronte la commune aux enjeux inhérents aux territoires frontaliers. La mobilité étant principalement l’un de ces enjeux. En effet, chaque 500 000 passages- véhicules sont effectués chaque jour entre les deux pays.
C’est pourquoi, en partenariat, français et suisses travaillent pour permettre le prolongement du tramway jusqu’à Saint-Genis-Pouilly. Aujourd’hui il n’est qu’à 300 m de la commune et 1.2 km de notre centre-ville.
Or chaque jour, environ 50 000 passages de véhicules traversent la frontière.
Par ailleurs la commune accueille sur son territoire une partie des installations du centre européen de la recherche nucléaire (CERN).

Que devrions-nous savoir sur votre parcours ?
J’ai passé toute ma scolarité à Niamey. Pour le primaire à l’école Canada, le collège au CEG2 et le lycée au Mariama.
Ensuite, après le bac, ayant bénéficié d’une bourse d’études, je suis allé en Algérie où j’ai effectué des études d’architecture.
Par la suite j’ai intégré l’école supérieure d’architecture et paysage de Bordeaux et ce, dans le cadre d’une formation conjointement organisée avec l’université Bordeaux 3 (Michel de Montaigne) en vue de l’obtention d’un master en stratégie et maitrise d’ouvrage de projets d’urbanisme.
J’ai complété ces deux formations par l’obtention d’un Exécutive master en management des politiques publiques à Sciences Po Paris.
Auparavant j’étais respectivement responsable du service urbanisme- développement économique et environnement de la commune de Champs-Sur-Marne située en Ile de France, plus précisément en Marne la vallée. C’était mon premier poste. Ensuite je suis allé travailler à la communauté d’agglomération du Grand Besançon c’est-à-dire une structure intercommunale regroupant 59 communes de la région Franche-Comté en tant que responsable de l’aménagement de zones d’activités commerciales et économiques au sein de la direction économie et aménagement de l’espace.
Et depuis pratiquement 10 ans je suis à mon poste actuel où je pilote le développement urbain de la commune de Saint-Genis-Pouilly.
Mais à vrai dire, ce qui m’a le plus marqué ce n’est pas tant ce parcours somme toute classique que mon engagement syndical et associatif.
En effet, comme beaucoup de mes camarades de l’époque j’ai été aspiré par le mouvement syndical nigérien qui présageait des changements politiques à venir.
Dans ce mouvement, l’USN (Union des Scolaires Nigériens) était le fer de lance avec sa force de mobilisation et portée par une forme d’insouciance, et comme cela est le cas, à cet âge, la naïve conviction de mener un combat pour un monde meilleur.
Ainsi durant toute ma scolarité du collège (1988 – 1994) j’ai participé aux différents bureaux du CEG 2 de Niamey jusqu’en devenir le secrétaire général en 1994. La raison de mon engagement s’expliquait par deux raisons principales :
D’une part il fallait s’occuper ! Pour rappel sur cette période nous avons connu deux années blanches (1990 et 1993) et du coup le temps était long et permettait à ceux qui le souhaitaient de s’adonner à ce qui rythmait durant cette période la vie des scolaires nigériens : le syndicalisme.
D’autre part, à l’époque craignant le basculement du mouvement estudiantin vers une dérive qui risquait de nous éloigner fortement des bancs de l’école, je voulais être acteur au lieu de subir des décisions qui risquaient de nous couter cher.
Malheureusement cela a été le cas au vu du nombre d’années blanches que nous avions connu. Mais bien entendu les gouvernements respectifs de cette époque, par la force des choses étaient pleinement responsables de ce qui s’est passé. Mais aujourd’hui une certaine honnêteté impose à reconnaitre une responsabilité partagée dans ce chaos. Et l’USN avait aussi sa part. Mais il y a lieu de rappeler que, contrairement aux politiques, les scolaires inconscients ou manipulés, souvent les deux, avaient eux des circonstances atténuantes. Pour la plupart, l’enjeu des évènements les dépassait. Le souvenir marquant que je garde de cette période est un état déliquescent, des libertés nouvelles acquises, certes porteuses d’espoirs, mais qui présageaient un avenir incertain. Tous les échelons et secteurs institutionnels de l’Etat ont souffert et encore à ce jour nous payons le prix. Je pense à l’école nigérienne qui, depuis ne s’est pas relevée.
Mais je dirais qu’il n’y pas de regrets à avoir car une nouvelle ère s’ouvrait pour le pays avec tous les risques et les incertitudes qui accompagnent les changements ! Mais durant cette période je garde en souvenir les débats houleux mais démocratiques qu’on avait lors de nos réunions de la section lycéenne et collégienne (regroupant l’ensemble des collèges et lycées de la capitale) dans l’enceinte du lycée Kassaï.
Je me rappelle de certains de nos grands frères dont j’ai en mémoire les noms car ils m’ont chacun impressionné tantôt par leurs convictions sincères dans le combat mené ou leur engagement syndical ou encore leurs qualités orales : Bakari Sow, Anouar Diallo, Yacouba Diallo, Djama , Afizou etc….
Ensuite au lycée Mariama, je me suis mis en retrait du mouvement syndical pour des raisons personnelles. En effet l’année précédente, j’ai été marqué par un accident de voiture (dans laquelle je me trouvais aussi) et qui a couté la vie en septembre 1994 à mes deux meilleurs amis et camarades de l’époque Harouna Tinni et Ousseini Halidou (que leurs âmes reposent en paix).
Néanmoins je faisais partie de la commission politique du bureau et on essayait à chaque fois de conjuguer militantisme syndical et scolarité. En effet pour moi le syndicalisme, à ce niveau en tout cas, ne devrait pas être une activité en soi mais plutôt un moyen de faire émerger les revendications des scolaires pour garantir et améliorer leurs conditions de vie.
Par conséquent pour moi en aucun cas nos manifestations ne devaient prendre le pas sur notre scolarité. Ainsi le temps des grèves doit être limité pour garantir le déroulement académique normal d’une année scolaire.
C’est ainsi que furent passées les années du lycée dans une ambiance syndicale et politique marquée par les balbutiements d’un processus démocratique encore à ses débuts et des des tensions politiques qui ont entrainé le coup d’état du général Baré.
Ensuite je poursuivis mes études en Algérie (Alger d’abord et Tizi-Ouzou ensuite).
Là encore le virus du syndicalisme ne m’a pas lâché ! Après avoir fait partie ma première année estudiantine de la commission politique de l’union des scolaires nigériens en Algérie, l’année suivante je devenais délégué de la cité universitaire Bouraoui Amar avant d’être élu secrétaire général adjoint de l’union des scolaires nigériens en Algérie (USNA) et avec mon ami Mamouda Bachar en tant que secrétaire général.
La période était particulièrement difficile. Les étudiants quoique boursiers ne recevaient pas leurs bourses. Même les diplomates ne percevaient pas leurs salaires et étaient constamment menacés d’expulsion de leurs logements par leurs bailleurs. Et l’ambassade elle-même n’était pas épargnée. Quant à nous autres étudiants nous étions environ 800 nigériens boursiers en Algérie. Et pour avoir la bourse c’était constamment un bras de fer avec l’Etat du Niger. Nous occupions constamment l’ambassade pour réclamer nos bourses. Chaque été, avec la fermeture des résidences étudiantes et les restaurants universitaires c’était le branle du combat. Et beaucoup d’ambassades africaines étaient occupées par les étudiants de ces pays en Algérie , afin d’ amener l’Etat algérien à mettre la pression sur nos gouvernements respectifs, nous nous entendions pour occuper au même moment nos ambassades.
Je dirais que cette stratégie a fonctionné car afin de régler le problème, au moins à son niveau, le gouvernement algérien a décidé au début des années 2000, si mes souvenirs sont bons, de mettre à la disposition des étudiants étrangers une résidence estudiantine d’accueil estival pour tous ceux qui restaient durant leurs vacances universitaires.
Enfin, à Bordeaux, pendant 3 années j’ai été secrétaire général de l’Association des Nigériens de Bordeaux. C’est une association créée par nos ainés qui ont vécu, étudié ou vivent encore dans cette ville ( Abdourahmane Ridouane, Mamadou Gazibo, Abderrahmane Issa etc.)
Comme toutes les associations de ce type, il s’agissait d’abord, dans un cadre organisé de permettre entre les nigériens une entraide. Ensuite vis-à-vis des autres communautés et du pays d’accueil, de véhiculer une image positive du Niger à travers des manifestations promouvant le Niger. Avec l’association des nigériens de Toulouse nous organisions des manifestations communes, d’abord pour se connaitre et ensuite pour valoriser notre pays. Ce qui préfigurait déjà de ce qui allait devenir le CONIF (Conseil des Nigériens de France).
Aujourd’hui, même si malheureusement je n’ai pas le temps de m’impliquer dans leurs activités, je les suis et les trouve très intéressantes car des initiatives et des actions sont entreprises pour permettre à la diaspora nigérienne de France de jouer un rôle moteur dans la vie de notre pays.


Parlez-nous de votre fonction actuelle de Directeur du pôle développement urbain et politique
Ma fonction actuelle se décompose en deux missions principales :

  • le développement urbain qui se décline principalement en trois volets : le réglementaire, l’opérationnel et le financier.
  • et la politique de la ville : qui est un dispositif mis en place au niveau national et piloté au niveau local par la commune. Il s’agit concrètement de mettre en place une politique publique spéciale pour améliorer la vie des habitants des quartiers défavorisés. Le critère de d’identification d’un quartier défavorisé est le revenu : à savoir des ménages gagnant annuellement moins de 60 % du revenu médian de l’aire urbaine.

Sur la commune de Saint-Genis-Pouilly nous avons un quartier de ce type où résident 1700 habitants.
Concernant le développement urbain et son volet règlementaire : la mission du pole consiste en la définition du cadre règlementaire de l’urbanisme. Cela se traduit à travers ce qu’on appelle le plan local d’urbanisme (anciennement plan d’occupation des sols) qui, en résumé est constitué d’un ensemble de documents qui encadrent la planification et l’aménagement du territoire d’une commune et/ou de plusieurs communes regroupées au sein d’une intercommunalité.
L’urbanisme étant un champ pluridisciplinaire et transversal, c’est donc à travers ce document que plusieurs thématiques sont règlementairement encadrées : le logement, la mobilité, l’environnement, le commerce et l’activité économique, les équipements publics, l’agriculture, les déchets, l’assainissement etc…
Un zonage établit des vocations par secteur, soit de façon exclusive, dominante ou mixte.
Par exemple un secteur peut exclusivement être à vocation agricole alors qu’un autre l’est à dominante économique et un autre peut recevoir les deux. Par contre les secteurs agricoles et naturels sont totalement préservés. Cette organisation permet, d’une grande échelle qui est la ville à la plus petite qui est la parcelle, d’encadrer et d’organiser les différents usages sociaux et fonctionnels en vue de préserver le cadre de vie d’une façon générale.
L’élaboration du document, sous la houlette de la collectivité est strictement encadrée par le droit de l’urbanisme et celui de l’environnement.
Plusieurs institutions (société civile, l’Etat et ses démembrements : chambre de l’agriculture, office national des forêts, la police de l’eau, les chambres consulaires (CCI) etc…) qu’on appelle personnes publiques, sont associées à la démarche et émettent des avis, soit sous forme de recommandations soit de manière prescriptive.
Tout au long de cette élaboration une concertation du public est ouverte afin de permettre aux citoyens d’émettre également un avis sur les orientations du document.
Ensuite le document est arrêté mais avant son approbation définitive, une enquête publique est organisée sous l’égide d’un commissaire enquêteur désigné par le tribunal administratif.
Voilà en résumé les grandes lignes ponctuant l’élaboration du Plan local d’urbanisme communal ou intercommunal.
Sur ce volet, même si la notion de puissance publique s’exerce et s’impose à la fin, mon expérience m’a démontré qu’il est judicieux pour les pouvoirs publics de co-construire un document consensuel avec l’ensemble des acteurs concernés : institutionnels, associatifs et citoyens.
En effet non seulement cela permet la prise en compte de l’ensemble des avis et d’avoir un document au plus près de la réalité en tenant compte des attentes pour pouvoir élaborer un document correspondant aux enjeux du territoire. Ensuite ce document dont les orientations sont partagées par tous les acteurs, permet d’éviter lors de son application les contentieux qui peuvent découler d’un document imposé.
Et pour nous c’est un gain de temps et d’argent.

Une fois, approuvé, ce sera donc sur la base de ce document règlementaire que l’ensemble des autorisations d’urbanisme (permis de construire – permis d’aménager- déclaration de travaux) sera instruit. Il faudra préciser que lors de leurs instructions, ces autorisations d’urbanisme sont transmises à différents concessionnaires de réseaux divers : société d’électricité, régie de l’eau, syndicats gestionnaires de l’assainissement et déchets etc.
Ainsi ils émettent aussi un avis qui peut être conforme selon les cas. Cette démarche obligatoire permet à chacun d’entre eux de suivre l’évolution du territoire pour pouvoir anticiper les besoins à venir et dimensionner leurs réseaux et leurs moyens au vu de cette évolution.
Concernant le volet fiscal et financier : Même en Europe beaucoup de gens ignorent que le droit de l’urbanisme comporte un aspect fiscal et financier afin de permettre à toutes les institutions impactées au vu de leurs compétences exercées de bénéficier des recettes nécessaires aux investissements et à l’entretien nécessités par les nouvelles constructions. Le fait générateur des taxes est l’obtention d’un permis de construire. En effet, en France le législateur a ainsi défini, à travers un cadre fiscal et financier précis l’ensemble des taxes et participations financières dues par les bénéficiaires des autorisations de construire.
Ainsi chacun en ce qui concerne sa compétence perçoit des taxes à chaque fois qu’une autorisation de construire est délivrée. Que ce soit les collectivités, les sociétés en charge de l’électricité, l’assainissement, les déchets etc.
Comme vous en doutez ces différentes taxes et participations financières permettent à tous de faire face aux investissements nécessités par l’augmentation de leurs réseaux, à l’entretien qui s’en suit.
En ce qui concerne ces taxes les montants sont variables selon la taille et l’ampleur des opérations : cela va de 3000 euros environ ( 2 000 000 de FCFA) par exemple pour une maison individuelle de 150 m² à près de 20 millions d’euros (un peu plus de 13 milliards de FCFA) pour un programme de 500 logements.
La détermination de ces montants et ce, conformément au droit en la matière est sous la responsabilité du pole.
Cet aspect de ma mission est primordial car étant une commune qui depuis plus de 20 ans progresse sur le plan démographique continuellement de l’ordre de 5 %, il est impératif d’anticiper les besoins en services et les équipements publics.
Pour ce faire nous avons identifié et mobilisé l’arsenal des dispositifs permettant aux communes de trouver les financements via les opérations privées et nous n’avons pas hésité à les utiliser.
Ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir sur notre budget un taux d’investissement de l’ordre de 45 % alors que la moyenne en française est 7 %. Et je précise que notre commune n’a aucun endettement et un taux inférieur à la moyenne de l’aire urbaine. Ce qui est exceptionnel en France.
Concernant le volet opérationnel le pole intervient à différents niveaux :
D’abord au niveau de la planification et la programmation stratégiques des projets : qu’ils soient publics ou privés.
Je dois dire qu’à ce niveau de la règlementation à l’opérationnalisation, ce qui qui guide notre démarche est l’économie urbaine.
En effet, de façon stratégique et réglementée nous essayons de faire en sorte que notre commune soit la plus attractive pour les promoteurs immobiliers, ceux qui cherchent un logement ou pour les acteurs économiques en recherche de lieux d’implantation.
Et pour cela nous créons les conditions requises. Sans rentrer dans détails ennuyeux pour vos lecteurs, nous réalisons des équipements publics qui valorisent le territoire communal et cela incite les promoteurs à venir car ils sont surs de vendre leurs logements sur une commune qui répond aux attentes de leurs clientèles.
Ainsi par exemple sur les 10 dernières années ont été réalisés : plus de 3000 logements, 3 écoles primaires, un lycée international, une maison de santé accueillant plus de 40 professionnels de santé, des parcs publics, un gymnase etc.
Sont en cours de construction environ 1000 logements dont près de 500 seront livrés en 2020. Une piscine communale est en chantier et sera livrée début 2020.Le chantier d’un centre culturel et de conférences de plus de 1000 places va démarrer aussi en 2020.
Un centre commercial de 70 000 m² a été autorisé et le démarrage du chantier est prévu en 2021.
D’ici 2030 sont programmés plus de 1000 logements, plusieurs autres équipements publics sont déjà programmés. Et nos zones d’activités économiques et commerciales se développement soit par la réhabilitation des activités qui s’y trouvent ou l’implantation de nouvelles.
Par exemple se sont récemment installées sur le Technoparc de notre commune des activités d’enseignement de la Swiss UMEF qui se trouve aussi au Niger.
Tout le volet foncier ainsi que les contentieux qui peuvent découler de ces différents programmes sont aussi gérés par le pole.
Ainsi c développement est bon pour nous car il garantit à la commune des recettes fiscales et financières. Des emplois locaux sont créés et l’économie locale tourne.
Aujourd’hui, vous verrez que la concurrence économique va au-delà des pays, elle se fait aussi au niveau des villes car en Occident et cela arrive dans les pays du tiers-monde, l’économie se tertiarise et les richesses sont de plus en plus en ville. D’où les investissements qu’elles doivent faire pour se rendre attractives.
Au niveau de la mise en œuvre, le pole intervient tout au long du processus : du foncier aux marchés publics et études urbaines en passant par les contentieux.
Voilà de façon synthétique et je dirais ramassée la mission du pole développement urbain de la commune.
S’agissant de la mission de politique de la ville : Il s’agit surtout d’un dispositif contractuel signé par plusieurs partenaires en faveur de quartiers dits prioritaires. En France on appelle quartier prioritaire celui où, comparativement à l’aire urbaine du secteur habitent au moins 1000 personnes dont les revenus annuels sont inférieurs à 60 % du revenu médian de référence.
En clair il s’agit, au bénéfice exclusif du quartier, de mettre en place une politique spécifique pour réduire les inégalités sociales et territoriales.
En effet, la politique de la ville vise à réduire les écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines et à améliorer les conditions de vie de leurs habitants dans une perspective de restauration de l’égalité entre les territoires.
A Saint-Genis-Pouilly, se trouve un quartier prioritaire où résident 1700 habitants et mon rôle est de piloter la mise en œuvre de ce contrat de ville qui s’étale sur une certaine durée et repose sur trois piliers fondamentaux qui sont la cohésion sociale, le cadre de vie et le renouvellement urbain, le développement de l’activité économique et l’emploi.
A partir d’un diagnostic territorial qui permet de comprendre et connaitre les besoins le contrat de ville identifie des orientations thématiques stratégiques qui par la suite se déclinent en actions concrètes. Et chaque année, suite à des appels à projets, en vue de la mise en œuvre de ces actions, chaque partenaire au vu de sa compétence apporte les financements et l’accompagnement nécessaire.
Ce qui est à noter c’est la participation des habitants au processus par leur présence au sein des organes de gouvernance. En effet le conseil citoyen propre au quartier existe, et ce conseil est composé des habitants et des acteurs du quartier. Partenaires à part entière au regard de leur qualité d’experts d’usage, ils font donc partie du comité technique et du comité de pilotage.
Concrètement depuis bientôt 5 ans, par ce cadre exceptionnel nous avons engagé des investissements conséquents au bénéfice du quartier. Que ce soit sur la réussite éducative, la lutte contre la fracture numérique, la santé, la culture, le sport, l’emploi ou encore l’amélioration du cadre de vie.
Par exemple sur la réussite éducative on a mis en place le dispositif de l’accompagnement scolaire des enfants du quartier par des aides aux devoirs et des études surveillées. Dans le cadre de la lutte contre la fracture numérique des ateliers d’initiation à l’informatique, de codage sont organisés au bénéfice des enfants de 8 à 12 ans. Sur la question de l’emploi, et en lien avec Pole emploi qui est un partenaire sur cette thématique du contrat de ville, un accent est mis sur la formation et l’insertion professionnelle.
Ainsi les demandeurs d’emploi du quartier ou les travailleurs qui le désirent en vue d’une réorientation professionnelle bénéficient de formations adéquates pour améliorer leur profil et correspondre aux attentes des employeurs.
Sur le plan de la santé un accompagnement est mis en place pour faire connaitre leurs droits aux habitants et faciliter l’accès aux soins.
Le cadre de vie du quartier a aussi été amélioré par des travaux de rénovation qui ont été réalisés dans les bâtiments afin de lutter –notamment- contre la précarité énergétique. Par ailleurs des parcs et des jeux y ont aussi été aménagés.
Vous l’aurez compris qu’à une petite échelle il s’agit d’une politique publique de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités sociales et territoriales.
C’est ce qui se passe au Niger mais à l’échelle de tout un pays.


Pouvez-vous nous parler de vos actions nationales et internationales ? 
Je ne peux pas dire que j’ai des actions internationales si ce n’est mes participations et contributions à des ateliers organisés par la convention de Ramsar, qui est une convention internationale regroupant plus de 160 pays en vue de la préservation des zones humides dans le monde. Son siège est en Suisse. Cette convention procède au classement en « Sites Ramsar » de territoires à protéger au vu de leurs sensibilités environnementales et des écosystèmes qui s’y trouvent. Les nigériens ne le savent pas mais le seul africain à avoir dirigé cette convention et ce pendant deux mandats est nigérien. Il s’appelle Tiega ANADA.
Ma collaboration avec cette convention, sous la conduite de Paul OUEDRAOGO en charge de la région Afrique a consisté, en partenariat avec l’UICN et ONU Habitat, à identifier et définir les outils et mécanismes permettant de concilier l’urbanisation et la préservation des zones humides en Afrique. En effet, au regard de l’urbanisation galopante du continent africain, il est impératif de faire coïncider politique publique liée à l’eau et celle de l’urbanisme afin s’inscrire dans une logique et une perspective de développement durable des territoires.
En occident c’est relativement facile car ces zones sont protégées par des instruments juridiques et l’urbanisation y est strictement interdite tandis que dans les pays africains, la vigilance est de mise et ceux qui doivent les protéger sont démunis face à une urbanisation galopante, le manque d’instruments juridiques et souvent des autorités politiques passives.
A Niamey le cas de la ceinture est un exemple illustratif.
Je ne sais pas si on peut appeler ça activités internationales mais ici je fais partie de la « Rencontre Franco-Suisse des urbanistes ». Il s’agit d’un cadre d’échanges organisé chaque année et qui réunit des citoyens, des universitaires, des professionnels de l’urbanisme et des élus de la France et de la Suisse pour porter et partager ensemble des regards croisés sur des thématiques d’aménagement du territoire.
Au Niger, malheureusement, à mon regret je n’ai pas encore eu l’occasion de participer à une action même si je suis très attentif à ce qui s’y passe.


Justement que pensez-vous du développement urbain de ses dernières années au Niger ?
Vaste et complexe sujet ! Les réponses ne sont pas simples.
Mais avant d’aborder spécifiquement le cas du Niger permettez-moi d’aborder ce sujet à une plus grande échelle car cela permettra de comprendre les enjeux, les défis qui sont les nôtres et la complexité des solutions à trouver.
D’une façon générale, il est important de rappeler que l’on assiste à l’urbanisation croissante de la planète. Et cela dans un contexte mondial où les relations citoyennes sont ouvertes et où la globalisation s’impose aux territoires urbains. En 2008, pour la première fois de l’histoire humaine, la part de la population mondiale demeurant dans des agglomérations urbaines a dépassé celle de la population vivant dans les zones rurales. Plus de 3.3 milliards de personnes habitent en ville et selon les prévisions de l’Organisation des Nations Unies (ONU) le taux d’urbanisation mondial va s’accroitre considérablement au cours des prochaines décennies, pour atteindre près 60 % en 2030 et 70 % en 2050 ; les centres urbains anciens et nouveaux vont absorber l’essentiel de la croissance démographique à venir.
Mais ce bouleversement affectera surtout les régions pauvres et émergentes. En effet, les pays développés étant déjà fortement urbanisés leur croissance reste relativement limitée en passant de 74% de nos jours à 85% en 2050.
En ce qui concerne l’Afrique, en l’espace de vingt ans, la population urbaine du continent a été multipliée par deux ; Près d’un demi-milliard en 2015, selon les Nations unies, et elle devrait encore presque doubler au cours des vingt prochaines années, pour frôler le milliard d’habitants. L’Afrique deviendra alors à majorité urbaine.
Le Niger n’échappe pas à ce phénomène et cette urbanisation croissante a généré, et je dirais même, aggravé de nouveaux problèmes en termes d’emploi, de logements, d’infrastructures, d’équipements publics ainsi que services urbains.
Or d’après une étude des nations unies la population du Niger devrait atteindre 79 millions en 2050 et 209 millions en 2100.En sachant qu’ 2018 la population urbaine nigérienne est de 17 % et que de 1960 à 2018, elle a connu une augmentation de 184 %, il faudra sans surprise s’attendre à ce qu’elle constitue de croitre dans les années à venir.
Au vu des prévisions démographiques si on ne fait rien les nigériens seront majoritairement des citadins en 2050.
Je ne suis pas en train de digresser mais ce que j’aimerai souligner, et aussi paradoxal que cela puisse paraitre, pour contrôler le développement urbain il faudra impérativement développer le secteur rural pour créer une véritable économie rurale pourvoyeuse d’emploi et génératrice de richesses.
Mais dans tous les cas, la priorité de notre pays de maitriser sa croissance démographique car, que ce soit en milieu ou urbain il me parait difficile de créer une croissance économique à la hauteur de la croissance démographique actuelle.


Mais revenons au développement urbain !
Pour moi, au Niger, le développement urbain et le secteur rural doivent sont les deux faces du socle de notre politique d’aménagement du territoire car les deux ne s’opposent mais, bien au contraire sont totalement complémentaires. En effet, pour maitriser le développement urbain il faut protéger les zones agricoles et naturelles et procéder à la mise en place d’une politique économique en faveur de la ruralité pour éviter l’exode des ruraux vers la ville.
En effet cet exode rural va générer le besoin de logements et de services urbains et cela v provoquer ‘explosion nos villes au-delà de leurs limites naturelles.
Et sachant que nous n’avons pas les moyens de procéder aux investissements urbains pour satisfaire ces besoins générés par cette croissance, irrémédiablement la pauvreté urbaine va s’accentuer.
Or déjà on se rend compte qu’en termes économiques les centres urbains commencent à prendre le pas sur le rural. Ainsi on aura des ruraux et des citadins pauvres car la pauvreté rurale se déplace en ville sans que elles-mêmes ne soient prêtes ou du moins se préparent à affronter ce défi immense.
Et malheureusement cette situation est traduite par certaines données ! En effet au Niger, bien que l’agriculture constitue la principale activité de l’ économie en faisant travailler plus de 80 % % de la population active, la structure du PIB reste dominée par le secteur tertiaire dont la contribution à l’économie est à hauteur de près de 50 % contre près de 40 % pour le secteur primaire.
Le milieu urbain au sein duquel se trouve localisé le secteur tertiaire participe quant à lui à hauteur d’environ 60 % à la formation du PIB et concentre en son sein la grande majorité, des activités du secteur informel, soit 70 %. Le secteur informel urbain absorbe plus de 85 % de nouveaux venus sur le marché de l’emploi.
Or l’évolution sans cesse croissante du secteur informel dans l’économie urbaine est en partie liée au processus d’urbanisation qui s’amplifie et qui engendre la concentration des hommes et des activités au sein des principaux centres urbains du Niger.
Ainsi voyez-vous, pour juguler ce phénomène, il faudrait, à travers une véritable politique publique en faveur des zones rurales maitriser l’exode des ruraux vers la ville en sachant que nos centres urbains n’ont rien à offrir, sinon u mirage.
Néanmoins quoiqu’il en soit et au regard de la croissance démographique, dans tous les cas, l’urbanisation croitra. Et afin d’éviter une véritable bidonvilisation de nos villes il est impératif que nos pouvoirs publics prennent conscience que les investissements à réaliser dans les villes sont devenus prioritaires et inévitables.
Selon ONU Habitat, chaque année les besoins d’investissements à réaliser dans les villes africaines s’élèvent à 25 milliards de dollars. L’enjeu pour les pouvoirs publics nigériens est de prendre du défi et d’apporter des réponses.
Ainsi par exemple la campagne de déguerpissement menée par les pouvoirs municipaux à l’encontre des activités dites « informelles » reste pour moi surprenante. En effet même si « ce n’est pas beau à voir » aux yeux de certains, ces commerces de rues constituent le véritable poumon économique et de cadre d’échanges commerciaux de la ville de Niamey. En effet la meilleure réponse aurait été, plutôt que de les chasser, de trouver avec eux des solutions pour des emplacements aménagés et localisés au vu de la réalité de la géographie des échanges commerciaux.
Maintenant pour apporter des réponses concrètes à votre question et dans le prolongement de mon propos précédent, à mon avis il faut :

  • d’abord mettre en place et/ou renforcer un cadre institutionnel pour mieux encadrer le développement urbain : en effet on le sait tous que nos collectivités n’ont pas les compétences humaines et ne bénéficient pas d’outils règlementaires pour cela.
  • ensuite être réaliste et pragmatique sur la gouvernance locale et la gestion urbaine. L’administration territoriale nigérienne repose sur le double principe de la décentralisation, de la déconcentration et de la libre administration des collectivités territoriales.

Or cette organisation territoriale –calquée- sur un modèle étranger n’est pas forcément adaptée à nos réalités. En effet chaque pays étant différent par sa propre histoire politique et territoriale, sa gouvernance doit en tenir compte.
Il me semble qu’on a fait preuve de précipitation pour mettre en place ce modèle de gouvernance alors qu’on n’était pas prêt. En effet le principe de la libre administration suppose le principe d’autonomie financière et de compétence.
Or si les compétences sont transférées, soit ce n’est pas le cas des moyens financiers où dans tous les cas ils ont insuffisants et soit le cadre réglementaire de référence est absent, soit il n’est pas appliqué.
Et si vous ajoutez à tout cela des élus mal préparés pour assumer leurs charges, non conscients de leurs responsabilités qui en plus n’ont pas des services compétents, il ne faut pas que l’échec nous surprenne.
Par ailleurs l’urbanisme requiert une volonté politique ferme pour pouvoir mettre en œuvre des projets qui, même s’ils sont revêtus d’un intérêt indéniable s’opposent à des intérêts privés et suscitent des réactions négatives au vu des changements qu’ils entrainent.
C’est pourquoi, il me semble difficile pour les collectivités territoriales nigériennes d’assumer objectivement leurs responsabilités en matière de développement urbain. D’ailleurs la réalité du terrain nous démontre très clairement ce fait.

Que pensez-vous du projet Niamey Nyala ?
Le projet Niamey Nyala est assurément une bonne initiative et il était temps qu’une ambition urbaine soit affichée et mise en œuvre pour la ville de Niamey. Le chantier est trop vaste il faut le reconnaître. Les investissements déjà réalisés étaient nécessaires et attendus par les populations de Niamey.
Mais beaucoup reste encore à faire. Tous les secteurs urbains sont prioritaires et on besoin d’investissements massifs : assainissement, gestion des déchets, transports, infrastructures routières etc.
A mon avis le projet de Niamey Nyala doit avoir comme socle le logement. Pourquoi ? D’abord parce que chaque année pour répondre aux besoins de la ville de Niamey il faudrait en construire plusieurs milliers.
D’autre part, comme on le dit chez nous, si tu n’as pas de toit tout le monde le sait alors que si tu n’as rien à manger, tu peux donner le change. Le logement préserve la dignité humaine.
Ensuite, par des opérations d’envergure de production de logement, sous la maitrise des pouvoirs publics on arrive à contrôler l’aménagement urbain et par gérer et organiser tout ce qui s’ensuit : liaisons routières, localisations d’équipements publics etc.
Et pour y arriver il faudra renforcer les structures de production de logements et de terrains à bâtir et apporter des solutions aux carences au niveau du financement. Il faudra que l’Etat, en lien avec les banques, mette en place des mécanismes pour faciliter un meilleur accès aux crédits pour les populations. Au Niger aujourd’hui le taux planché des banques est de 10 %.
Ce qui signifie que les banques elles – mêmes en prêtant de l’argent ne commencent à gagner de l’argent qu’en accordant un crédit au-delà de ce taux plancher de 10 %. Ce qui rapproche dans nos pays le banquier de l’usurier. Et on est d’accord qu’à ce taux il est impossible d’emprunter sur une longue durée. Et c’est ubuesque car dans toute économie, le crédit responsable la mamelle de l’activité économique et commerciale.
Sur un plan strictement opérationnel afin d’inverser la tendance urbaine actuelle la situation il est impératif de déterminer ou d’appliquer une stratégie de planification pour stopper l’étalement urbain. En effet avant de s’étaler, consommer l’espace naturel et agricole, la ville doit se reconstruire sur elle-même. Créer de nouveaux quartiers éloignés des centres-urbaines génère des conséquences désastreuses et qui peuvent être irrémédiables :

  • la consommation des terres agricoles alors qu’il faut les protéger
  • l’expansion de la ville et le besoin généré des services urbains alors même que les moyens pour cela sont manquants
  • un éloignement des populations vers les centres urbains et administratifs ; Une mobilité générée et le besoin sans cesse de routes qui se conjuguent au manque de transports en commun efficace.

Et au lieu de s’étaler il faudrait plutôt s’attaquer à la rénovation ainsi qu’au réinvestissement des anciens quartiers de la ville, qui non seulement ne présentent aucun intérêt patrimonial mais se trouvent dans état délabré.
Le réinvestissement de nos centres villes conjugué à une réflexion approfondie quant à la localisation des activités et une offre de transports en commun efficace auront plusieurs avantages : permettre l’accès à des logements confortables, améliorer les quartiers anciens, limiter l’étalement urbain et faciliter les déplacements en ramenant les populations au plus près des centres villes et administratifs.
Aujourd’hui cet éloignement des centres a entrainé des déplacements pendulaires : le matin au même moment les populations migrent vers les mêmes lieux (domicile-travail) en empruntant les mêmes voies et en fin de de journée, font le chemin inverse (travail-domicile).
Cette situation qui occasionne au quotidien plusieurs désagréments aux habitants de Niamey : temps perdu, coût élevés de transports avec pour conséquence d’aggraver la précarité des plus faibles, générer de la pollution etc.


Avez-vous des solutions, des plans pour le développement urbain et politique au Niger ?
En sachant que même dans les pays développés où la gouvernance, les instruments et mécanismes juridiques financiers et opérationnels sont strictement encadrés et fonctionnent normalement, la construction de la ville est très difficile. Alors au Niger bien sûr que c’est extrêmement compliqué car notre pays fait face à plusieurs défis et ce dans tous les domaines tout aussi prioritaires les uns que les autres. Mais la particularité de l’urbanisme, c’est son échelle d’intervention. Son importance réside dans le fait que cette discipline englobe pratiquement tout.
Pour moi, l’urbaniste est pour la ville, ce qu’un médecin est pour le corps humain.
Dans ce sens je me permets de faire référence au corps humain. En effet en urbanisme, quand on parle des différentes composantes de la ville, on parle de tissu urbain. Le tissu urbain est une métaphore qui fait référence au tissage que l'on retrouve dans le textile ou à la biologie.
Et comme le corps humain, la ville un ensemble constitué de différents organes eux-mêmes composés de cellules (parcelles). Le cœur est le centre. Les veines sont les routes qui irriguent la ville. Par comparaison, vous verrez que chaque organe a un rôle précis et chaque organe est dépendant de l’autre. Quand l’un est malade l’autre risque à terme de l’être aussi.
Et pour pouvoir rester en forme et en bonne santé il faudrait s’imposer à un moment donné un régime strict. C’est ce que les médecins appellent un corps sain dans un esprit sain. Manger sainement et pouvoir se soigner. Ainsi pour que l’ensemble reste sain il faut, au niveau du tout regarder de près les organes et les cellules. Mais parce qu’il y a toujours un MAIS, il faut les moyens.
Ainsi pour le développement urbain et sa maitrise il y a le besoin de nouveaux instruments règlementaires, techniques et juridiques. Il faudra aussi adapter et organiser la gouvernance politique du développement urbain et je pense que l’Etat doit directement avoir cette compétence au regard de la difficulté des collectivités territoriale à faire aux défis. Et pour surmonter les obstacles la puissance publique qui doit, à un moment donné s’imposer pour faire avancer les choses.
Enfin il y a nécessité de trouver les outils du financement du développement urbain.
Pendant des décennies les pouvoirs publics ont laissé des propriétaires fonciers procéder à la création de lotissements qui tout en répondant aux besoins de la population qui abandonnée à son sort devait se débrouiller pour se loger. Ce qui a entrainé la situation que nous avons aujourd’hui.
Mais ce que je trouve ahurissant c’est qu’on ait laissé des gens s’enrichir sans pourtant leur imposer une fiscalité contributive qui aurait pu permettre aux collectivités de pouvoir financer les services urbains provoqués par ces nouveaux lotissements.
Je pense aussi qu’en réunissant une multiplié d’acteurs (société civile -élus – architectes – urbanistes – sociologues – paysagistes – agronomes – environnementalistes etc..) nous pourrons inventer le cadre et le schéma propre à nos besoins pour l’émergence d’une cité et de formes urbaines adaptées à nos réalités.
C’est rassurant de voir la prise de conscience la société civile qui tout en s’impliquant activement dans la gestion de la cité demande légitimement des comptes aux autorités.
Les politiques devraient saisir la balle au bond et en concertation avec tous les acteurs concernés ou définir de de nouvelles règles de gouvernance et de nouveaux instruments juridiques et opérationnels pour la gestion de la ville.
Récemment je regardais le témoignage des acteurs de la SAMARIYA sur tout ce qui a été réalisé, par les habitants et pour eux-mêmes à travers cette structure et avec peu de moyens.
Je reste convaincu que les meilleurs experts demeurent les citoyens parce que mieux quiconque ils connaissent les réalités et ont souvent les réponses.


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes nigériens qui aimeraient se lancer dans des études en urbanisme ?
Je les encourage fortement à se lancer d’autant plus que c’est une formation de second et troisième cycle qui est ouverte à de nombreuses disciplines. C’est pourquoi vous trouvez des architectes-urbanistes, des sociologues-urbanistes, des géographes- urbanistes etc. Les regards croisés permettent de trouver ensemble des solutions idoines. Aujourd’hui le Niger a besoin de spécialistes de la ville au regard de l’évolution de notre pays vers la citadinité qui est de plus en plus forte.
Aussi ce seront les urbanistes qui permettront de protéger les espaces agricoles et naturels.


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Nigériens qui voient en vous un modèle ?
Personnellement je ne me considère pas comme un modèle. Mais je leur dirai de croire en leurs rêves, que les seules limites sont celles à l’intérieur desquelles on s’enferme soi-même.

Votre mot de fin.
Je vous remercie profondément de m’avoir donné l’occasion de donner un avis sur un sujet très complexe. Mon propos, qui a été construit uniquement sur ma perception et mes impressions du développement urbain nigérien n’est pas forcément un diagnostic objectif. Il n’est qu’une modeste contribution sur un sujet très complexe et difficile pour les acteurs qui s’en occupent. Et je sais de quoi je parle.
En effet comme un médecin à l’égard d’un patient, l’avis d’un urbaniste sur un lieu doit s’appuyer sur un diagnostic territorial basé sur des études précises. C’est seulement par ce biais qu’on peut identifier les maux dont souffre une ville et trouver les bons remèdes adaptés.
Mais comme un médecin avec son malade, même si le remède est trouvé et qu’un régime strict est prescrit, pour qu’il soit guéri, il revient au malade d’appliquer rigoureusement ce régime.
Aussi j’espère que les pouvoirs publics nigériens sauront trouver les maux et apporter les remèdes. Mais pour que ce processus de soin fonctionne il faudrait que les pouvoirs publics et les citoyens les appliquent.
En effet le citoyen, pour ne pas dire le citadin demeure l’acteur principal de sa cité.