MRN : Les malaises des alliés

Djermakoye Albade Tchiana Ibrahim MoctarHier c’était les partis de l’opposition que l’on vilipendait, que l’on cherchait à saccager, à concasser, à détruire avec le calcul égoïste d’annihiler toute opposition et pourvoir gouverner, en imposant l’unanimisme et le culte de la personnalité très fort au PNDS, sans être contrarié, sans adversité oubliant que les Nigériens tiennent à la démocratie vivante, pluraliste, animée dans la contradiction et le fair-play ainsi que le conçoit à juste titre nos valeurs culturelles, précisément à travers la parenté à plaisanterie. Sauf que chez les socialistes, adversité est synonyme d’inimitié. Ce vent des concassages a passé. Il n’en reste qu’une petite brise qui souffle sur l’UDR Tabatt d’Amadou Boubacar Cissé, qu’un intrus, un anonyme en mission commandée, qui cherche, alors que personne ne le connait sur l’échiquier politique, à arracher le parti qui ne lui appartient pas, venant dire qu’il a repris le parti à son fondateur, que des milliers de militants à travers le pays l’aurait appelé pour lui témoigner leur adhésion. Ridicule. Cette brise fantoche se cassera d’elle même car il suffit ainsi que l’a compris Cissé à ignorer le minable frondeur puisqu’en répondant à ses élucubrations, on ne fait que lui donner de l’importance qu’il ne devait pas avoir.

Depuis des mois, et depuis l’arrivée d’un pique-assiette – chez nous on dira d’un ″balseur″ –, nous voulons parler du MNSD de Seini Oumarou à la mangeoire de la renaissance, le malaise à gagné les partis de la MRN. Peut-être d’ailleurs que l’allié encombrant de la dernière heure s’en est rendu compte, pour, non pas quitter l’alliance car il tenait bien à manger aussi, mais à sortir de la MRN pour créer l’APR qui l’en éloigne, tout en gardant un pied dans le territoire du partage que gère le président Issoufou lui même. Et depuis cette aventure mal négociée tant à l’intérieur du parti qu’avec le nouveau partenaire, le Baobab perd de ses forces, tombant lâchement dans la turpitude. Il se raconte qu’une crise profonde couve à l’intérieur du parti pour certainement éclater d’ici peu. Mangeant et léchant ses mains huileuses, Seini a oublié qu’au-delà de sa personne, c’est une structure qu’il gère et dont les intérêts doivent le plus guider ses choix. Il a aujourd’hui de la sauce sur les mains, et des interrogations sur la conscience. Par sa faute, le MNSD risque d’éclater et le PNDS aura réussi, l’un des vieux objectifs qu’il poursuivait vainement depuis la conférence nationale. Quand des hommes font l’histoire, d’autres la subissent. Selon des informations concordantes, il y a près de trois fronts à l’intérieur du parti qui peuvent dans la perspective d’un congrès annoncer le grand déballage et une lutte féroce des clans pour libérer le MNSD de ces nouvelles ambitions tristement alimentaires que lui insuffle son nouveau maître, commerçant de son Etat. Combien sont-ils d’ailleurs, ces militants de ce grand parti qui ne ressentent que honte et humiliation face à ce qui arrive aujourd’hui à leur parti ? Tamboura, Foukori devenu invisible, doivent certainement se plaindre pour le sort de leur parti.

Mais le malaise n’est pas que là. Jamhuriya souffre lui-aussi d’une ″crise pulmonaire″ depuis quelques temps, peut-être asphyxié par l’entrée tonitruante du MNSD qui apparait pour lui, une coépouse encombrante dans le mariage qui le lie au PNDS, mariage qui, faut-il le rappeler, aurait permis au régime de s’éviter une cohabitation dont il avait trop peur. ATillabéri, Dosso et Niamey l’on avait vu des crises agiter les structures régionales du parti. Albadé doit être un homme heureux. On aura remarqué que dans la guéguerre que tous les clans en lutte se revendiquent du président du parti dont ils ne cessent de chanter la grandeur, toutes les valeurs. Albadé trouvait dans ses régions de grands griots qui ne défendent aucun idéal, aucune valeur, que d’être de sa proximité pour trouver à manger, pour être nommé ou pour trouver quelques marchés. Les gens, petitement ″se mangent″ pour trouver à manger. C’est triste. Aujourd’hui encore, l’on entend, après que la tempête se soit estompée, un autre revenir pour rallumer le front, boxant sur le ring, presque sans adversaire si ce n’est peut-être pour rappeler qu’il existe et qu’on l’aurait peut-être oublié. Mais, tout ce qui pourrit finit par exploser tôt ou tard. On a beau colmaté, le navire, finira par exhiber ses trous béants par lesquels il se remplit d’eau pour chavirer infailliblement.

Il y a également le MPN Kissinkassa qui respire douloureusement, depuis le feuilleton Atiya exclu avec d’autres membres du parti, non des moindres. Il est même menacé de ce fait de disparition depuis que, pour des calculs dont il est le seul à avoir les secrets, il avait choisi de pactiser avec bourreaux. Au lieu de chercher à se réconcilier avec des militants, il a préféré la solution brutale, pour les en sortir. Par ce geste hâtif, mal calculé, le parti s’est mis du sable dans les yeux, créant ainsi par cette imprudence, les conditions pouvant faire le vide autour de lui. Et l’on entend plus parler du parti d’Ibrahim Yacoubou qui a choisi, après l’ascension, de divorcer avec tous ses lieutenants, conduisant au laisse-guidon un parti promis pourtant à un bel avenir mais qui sombre aujourd’hui. C’est d’ailleurs un autre parti de la MNR, le parti de Ladan Tchana qui absorbe ses militants mécontents ou exclus. Une situation qui a fini par réveiller le parti pour sortir une déclaration par laquelle il minimise l’exode qui lui prend des militants mais qui ne peut qu’impacter les relations entre partis d’un même rassemblement politique. On se souvient d’ailleurs qu’à une époque, ceux qui, de la majorité, partaient pour rejoindre le parti présidentiel, avaient fini par en être excédés et les alliés ont fini par dénoncer finalement la conduite inamicale de leur partenaire. Aujourd’hui, la MRN traine ces partis douloureux, condamnés à applaudir le désastre qui gagne le pays, condamnés à applaudir même quand ça ne va pas ainsi qu’on l’a vu le faire à travers sa dernière déclaration, alors qu’il y a mort d’homme, elle vient justifier que c’est d’une chute qu’un « enfant » est mort. Peut-on soutenir si aveuglément ? Mais ; jusqu’à quand, la MRN peut-elle tenir dans la douleur ?

Isak 
20 mai 2017 
Source : Le Nouveau Républicain