Discours prononcé par le Président Mohamed Bazoum à l’ouverture du symposium pour la mobilisation des leaders traditionnels autour de la transition démographique au Niger 

 

  • Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions de la République,
  • Mesdames et Messieurs les Députés,
  • Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
  • Monsieur le Gouverneur de la Région de Niamey,
  • Madame la Directrice Exécutive Adjointe du Fonds des Nations Unies pour la Population,
  • Madame la Coordonnatrice du Système des Nations Unies au Niger,
  • Mesdames et Messieurs les Représentants des Agences du Système des Nations Unies au Niger,
  • Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants du Corps Diplomatique,
  • Honorables Chefs traditionnels,
  • Distingués leaders religieux,
  • Chers experts internationaux, chefs religieux et traditionnels venus de l’Indonésie, de l’université Al Azhar, du Tchad et du Sénégal,
  • Chers Invités,

 

Je suis heureux de prendre la parole en cette importante rencontre d’échanges autour du thème de ce symposium intitulé : mobilisation des leaders traditionnels autour de la transition démographique au Niger : les leaders traditionnels comme Agents de changement.

 

Le Niger comme vous le savez, se caractérise par un taux de croissance démographique de plus de 3% par an, une population dont la moitié est âgée de moins de 15 ans et qui double tous les 18 ans. C’est donc à juste titre que les différentes thématiques que vous aborderez aujourd’hui notamment sur le mariage des enfants, la scolarisation des filles vont nécessiter une forte implication des leaders traditionnels qui doivent accompagner et soutenir les politiques publiques allant dans le sens des efforts pour la capture du dividende démographique.

 

Mesdames et Messieurs

 

Le poids démographique, il faut le dire, nous empêche de renforcer le développement de notre capital humain en assurant l’accès de nos compatriotes aux services sociaux (éducation, santé...) et en facilitant l’accès de chacun à un emploi décent. Tenant compte de cette situation, je relevais dans mon discours d’investiture, que notre plus grand défi réside dans les faiblesses de notre système éducatif parce que le faible taux de scolarisation et le taux élevé des échecs scolaires ont pour effet de priver des contingents d'enfants et de jeunes, de réelles chances d'éducation. La pression démographique qui s’exerce sur notre système éducatif est aussi nourrie par le mariage précoce des filles. Au Niger, près de huit filles sur dix se marient (77%) avant 18 ans et se retrouvent ainsi, pour l’essentiel, hors du système éducatif.

 

Une telle situation concourt à entretenir notre élan démographique et à freiner notre capacité à prendre convenablement en charge les besoins des populations. Ce symposium est aussi une occasion pour moi de vous écouter et de vous entendre. Avec cet auditoire de haute facture, j’espère que nous allons partager les bonnes, voire les meilleures pratiques au niveau national et international sur la thématique de la transition démographique qui est au cœur des politiques publiques au Niger. Depuis la période précoloniale et jusqu’à nos jours, la chefferie traditionnelle reste un témoignage vibrant de l’ancrage de l’autorité coutumière dans nos terroirs et l’expression la plus achevée de la décentralisation à l’Africaine.

 

Ce symposium doit donc être l’occasion de méditer ensemble sur les actions urgentes à entreprendre et la contribution des chefs traditionnels dans la réalisation de la transition démographique et du renforcement de la cohésion sociale. Ce symposium permettra je l’espère, de sentir l’impérative nécessité de permettre aux femmes de mieux maîtriser leur vie génésique dans l’intérêt exclusif des enfants et de leur propre bien-être. Car comme je le disais dans un de mes précédents discours «plus nous faisons d'enfants, moins nous sommes capables de les éduquer ; et moins nous les éduquons, plus ils feront des enfants à leur tour, facteurs dans notre contexte socio -économique de retard de développement et de croissance».

 

Honorables chefs traditionnels,

 

Toutes les recherches sur l’expérience des différents pays montrent que les retombées positives de l’éducation des filles sont plus significatives pour elles-mêmes, pour leurs familles, pour leurs communautés et pour leurs pays, lorsque les filles terminent au moins le premier cycle du secondaire. C’est pourquoi, s’agissant de la scolarisation et du maintien des filles à l’école jusqu’à la fin du collège, l’Etat construira et assurera le fonctionnement, sur ressources propres, mais aussi avec les moyens qu’il mobilisera auprès de ses Partenaires Techniques et Financiers, autant d’internats pour jeunes filles et aussi rapidement que possible. II faudra bien sûr couvrir d’abord les zones de chaque région où la scolarisation des jeunes filles est faible, les distances vers les collèges d’enseignement secondaire longues, les abandons en cours de scolarisation plus fréquents etc. en un mot là où les besoins sont les plus pressants.

 

Je voudrais insister ici qu’une offre même massive de bâtiment, d’équipement et une affectation de personnel ne pourra améliorer l’éducation de nos filles que si elles fréquentent effectivement ces infrastructures. Je veux pouvoir compter sur vous pour mobiliser vos communautés, afin qu’elles autorisent leurs filles à profiter de ces internats. Notre but est qu’aucune fille ne renonce à fréquenter le collège, faute d’hébergement. Personne ne peut mieux que vous rassurer les parents et les mobiliser à s’approprier ce qui est fait pour leurs enfants, pour nos enfants.

 

Honorables chefs

 

Un internat construit en matériaux modernes, aussi beau soit-il, reste d’abord et avant tout un hébergement. Gardiens de nos traditions, vous connaissez mieux que quiconque combien celles-ci sont riches de modalités d’accueil, d’hébergement et de protection du voyageur, des personnes déplacées, des familles en détresse ou simplement en visite. Ces trésors de notre culture, nous pouvons, vous pouvez d’ores et déjà les utiliser pour lever l’obstacle que peut constituer l’hébergement pour une fille qui doit fréquenter un collège dans un village qui n’est pas le sien.

 

Je voudrais pouvoir compter sur votre engagement de chef traditionnel pour organiser, parrainer, ou soutenir toutes les formes d’hébergement qui peuvent permettre à une jeune fille d’un autre village de fréquenter un collège. L’état et ses PTF rechercheront les voies et moyens pour vous aider à cet effet, partout où un internat formel n’est pas viable ou n’est pas encore justifiable, par exemple à cause du nombre de filles à accueillir. Sous votre protection, les jeunes filles seront à l’abri des risques qui font hésiter les parents. Un père qui sait que sa fille est la protégée du Chef est assurément plus confiant pour la laisser fréquenter un collège.

 

Comme vous le voyez, votre rôle dans cet effort national est grand, votre responsabilité irremplaçable. Je sais, vous connaissant, que l’Etat peut compter sur vous pour le bien de nos enfants et de nos communautés.

 

Honorables Chefs traditionnels, Chers Invités,

 

Permettez-moi de remercier tous les partenaires techniques et financiers et particulièrement le FNUAP pour ce soutien incommensurable à l’organisation de ce symposium des chefferies traditionnelles sur la transition démographique et d’exprimer ma gratitude à la chefferie traditionnelle qui a accompli un travail appréciable.

Madame la Directrice adjointe du FNUAP, je voudrais exprimer ma satisfaction de l’appui de votre agence pour le modèle innovant et structurant du développement à la base que vous soutenez au Niger.

 

Sur ces mots je vous remercie de votre aimable attention et déclare ouvert le symposium.

22 novembre 2021
Source : http://www.lesahel.org/