Dr Garba Yahaya, Directeur Général de l’Agriculture : « Au 20 juillet 2021, ce sont 12.531 villages qui ont semé, soit un taux de 96% »

Monsieur le directeur général, la campagne agricole 2021-2022 s’installe timidement sur toute l’étendue du territoire national, quelles sont les dispositions qui ont été prises par l’Etat pour accompagner les producteurs ?

Comme les années précédentes, le Ministère de l’Agriculture élabore un plan pour la campagne agricole qui s’articule sur les activités suivantes : le renforcement du dispositif d’encadrement des producteurs ; le renforcement et la mise en état du parc  auto/moto pour améliorer les prestations de services des agents d’appui conseil ; le renforcement de la capacité des producteurs par la mise en place de  semences de variétés améliorées ; la disponibilité des engrais en quantité et en qualité dans le cadre de l’intensification des productions végétales ; l’appui à l’opérationnalisation de la Maison du Paysan ;  la protection des cultures ; la mise en œuvre du programme annuel de vulgarisation pour renforcer les capacités techniques des producteurs ; le suivi et évaluation de la campagne agricole (notamment l’exécution de l’EPER, des missions de suivi et supervision ainsi que la production des bulletins décadaires).

La mise en œuvre effective de ces activités permettra de produire de 6. 227. 768 tonnes de céréales et 3.785. 729 tonnes de cultures de rente, projection issue du plan d’actions de l’initiative « 3N » qui prévoit un taux d’accroissement de 10,5 % pour les céréales sous pluie et de 4,1 % pour les cultures de rente.

Je peux vous rassurer que d’importants appuis en semences de variétés améliorées certifiées ont été mis à la disposition des populations vulnérables, les engrais sont disponibles et accessibles, les pesticides et les équipements de traitement sont placés dans l’ensemble des régions pour faire face à toute infestation de ravageurs de cultures,  les maisons de paysan sont ravitaillées en intrants divers, le renforcement du dispositif d’encadrement et des capacités des producteurs sur les techniques de production résilientes au changement climatique à travers les champs écoles producteurs se poursuivent, etc…

Pour revenir à l’installation de la campagne d’hivernage 2021, elle a effectivement démarré à partir de la première décade du mois de mai, occasionnant des semis partiels de mil au niveau de 17 villages du département de Falmey dans la région de Dosso. Malheureusement, ces semis ont souffert d’une longue rupture de pluie provoquant la perte des semis. A la suite des précipitations enregistrées entre la 2e décade de mai et la 3e décade de juin 2021 et les 2 décades de juillet, les semis se sont poursuivis au niveau de l’ensemble des régions.  Au 20 juillet 2021, ce sont 12 531 villages qui ont semé soit un taux de 96%. Ce pourcentage est identique à celui enregistré en 2020 à la même période. L’installation de la campagne n’a pas été timide, nous assistons juste à un décalage de la saison.

Certes des progrès ont été enregistrés dans la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le domaine de l’Agriculture, mais l’insécurité alimentaire et nutritionnelle est toujours d’actualité au Niger. Quelles sont les grandes actions contenues dans la Déclaration de Politique Générale du Premier ministre ?

Dans la déclaration de Politique Générale de SEM le Premier Ministre Chef de Gouvernement, les grandes actions dans le domaine de l’agriculture ont été développées au niveau de l’axe 4. Il s’agit de la modernisation du monde rural. Avec un RETEX de la mise en œuvre de l’I3N des défis majeurs au niveau de différents segments des filières agro-sylvo-pastorales à travers la chaine de production, de conservation, de transformation, de commercialisation et la mobilisation du financement seront relevés.

Relativement à la production, les principaux défis à relever sous-tendent l’amélioration de la productivité des terres et du cheptel ainsi que la résilience des systèmes de production.

Plus spécifiquement pour la production agricole, les actions vont porter sur : l’appui à la production par la mise à disposition d’intrants de qualité et de matériels adaptés ; la réalisation et la réhabilitation des aménagements hydro-agricoles et périmètres irrigués ; l’adoption d’une politique appropriée pour renforcer la sécurisation foncière ; la réhabilitation des terres dégradées pour accroitre la disponibilité des terres exploitables; le financement de l’entreprenariat agricole.

La campagne agricole 2021-2022 intervient dans un contexte où le pays fait face à des multiples crises : sécuritaire, alimentaire, sanitaire et le choc climatique. Comment le gouvernement compte s’y prendre pour juguler toutes ces crises qui pourraient impacter les activités pluviales ?

Pour ce qui est des crises alimentaires et les chocs climatiques, toutes les dispositions ont été prises par le Gouvernement pour les juguler. Comme vous le savez, la pandémie COVID 19 a limité les échanges commerciaux avec la longue période de fermeture des frontières. La migration de fin de campagne d’hivernage qui permet aux bras valides de pratiquer des activités diverses pendant la saison sèche s’est estompée privant ainsi beaucoup de ménages des ressources complémentaires pour faire face à la campagne d’hivernage et à la période de soudure.

Le gouvernement a solutionné ce manque à gagner des ressources générées par la migration à travers l’intensification des cultures irriguées, les cultures de décrue, la promotion de l’entreprenariat des jeunes et évidemment les appuis multiformes (intrants agricoles, vente à prix modéré, cash for work, cash for food, distribution gratuite de vivres, etc.).

Toutes ces interventions vont permettre à nos vaillantes populations de mener à bien les travaux champêtres.

Dans un passé récent, le gouvernement avait introduit une réforme dans le domaine de l’engrais qui place désormais le secteur privé au cœur de cette réforme, est-ce que l’engrais sera disponible partout au Niger à un prix raisonnable pour les producteurs ?

La réforme du secteur des engrais a été introduite pour la principale raison que la subvention des engrais réalisée pendant plus d’une décennie ne profitait pas aux véritables bénéficiaires. En plus, le monopole de la vente d’engrais était détenu par l’état. Les quantités importées ne couvraient pas les besoins du pays. La réforme initiée a pour objectif de : accroître la disponibilité des engrais au Niger ; améliorer l’accès des producteurs et le niveau d’utilisation des engrais pour accroître la productivité agricole ; libéraliser l’importation et la distribution des engrais en passant du système étatique de la CAIMA à un système plus efficace et plus efficient animé par le secteur privé; proposer un nouveau mécanisme de distribution des engrais subventionné ciblant les agriculteurs à faibles revenus et leur permettant d’avoir les engrais à moindres coûts et au bon moment ; rendre plus performant les secteurs privés.

Comme toute réforme, le début n’est pas facile, mais je peux vous rassurer que les engrais sont disponibles au Niger, et ils le seront davantage car chaque jour nous enregistrons des demandes d’agréments d’importation d’engrais ainsi que les demandes d’autorisation y afférentes. L’Etat est également en train de prendre les dispositions à très court terme pour que le Niger produise des engrais pour couvrir les besoins nationaux et même exporter car vous n’êtes pas sans savoir que le Niger dispose de toutes les matières premières requises pour fabriquer tous les types d’engrais.

Les organes de la réforme ont été mis en place pour également veiller sur les prix pratiqués des engrais.

C’est une bonne chose de mettre le secteur privé au cœur des initiatives pareilles, mais le risque, c’est qu’il faut craindre l’entrée dans le pays de toute sorte d’engrais, quelles sont les dispositions prises par l’Etat pour assurer le contrôle de la qualité de ce produit chimique ?

Le commerce des engrais est régi à travers la règlementation harmonisée de la CEDEAO relative au contrôle de qualité des engrais dans l’espace communautaire (Règlement C/REG.13/12/12 et ses règlements d’application).

Au Niger, tous les textes règlementaires et les lois nécessaires pour l’instauration d’un environnement juridique et institutionnel favorable au commerce et contrôle des engrais, ont été élaborés et adoptés.

Réalisée par  Hassane Daouda

30 juillet  2021
Source : http://www.lesahel.org/